Ca ne sert à rien, le livre est probablement déjà sur Wikileaks…

[Gregor Seither – IES News Service – 10/09/2010]

Le Département de la Défense aux Etats-unis a contacté l’éditeur St. Martin’s Press afin de racheter l’intégralité du premier tirage – soit 10 000 exemplaires – d’une ouvrage qui lui déplait : « Operation Dark Heart » écrit par un ancien officier du renseignement en Afghanistan. Les livres seront alors détruits pour empêcher qu’ils ne tombent entre les mains du public.

« Operation Dark Heart » raconte le parcours du Lieutenant-Colonel Anthony Shaffer, envoyé en Afghanistan en 2003 pour lutter contre les réseaux Al-Qaïda et qui voit ses efforts réduits à néant par l’incurie du Pentagone et de la Maison Blanche, qui se désintéresse de l’Afghanistan, obsédés qu’ils sont par la préparation de l’invasion de l’Irak. Un certain nombre d’opération secrètes qui auraient permis d’arrêter des cadres d’Al-Qaïda dans la zone frontalière avec le Pakistan sont ainsi annulées à la dernière minute parce que la Maison Blanche ne veut pas se fâcher avec l’ISI Pakistanais, son allié dans la campagne de propagande contre Saddam Hussein  et parce que les moyens de l’armée sont mobilisés pour la préparation de l’attaque de l’Irak.

Le manuscrit avait été soumis aux autorités militaires et à la CIA avant publication, qui avaient critiqué la mention d’un certain nombre de cadres du renseignement militaire dans la zone. La CIA a donc fait pression sur l’auteur et l’éditeur pour éditer une version expurgée du livre, les deux ont cédé et accepté de censurer l’ouvrage. Reste la question de quoi faire des 10 000 exemplaires déjà publiés: le Pentagone a donc proposé à l’éditeur de lui racheter l’intégralité du tirage et de détruire les livres, selon un article publié mardi dans le New York Times.

A noter que Anthony Schaffer n’est pas un inconnu dans le monde de la controverse autour des activités de la CIA et du renseignement militaire: il avait déjà témoigné par le passé devant la « 9/11 Commission » (Commission d’enquête sur le 11 Septembre 2001) et devant le Congrès des Etats-unis, affirmant qu’un groupe de travail interne au Pentagone, portant le nom de « Able Danger » avait identifié et surveillé de près Mohamed Atta, le chef des pilotes suicide du 11 Septembre, longtemps avant les attentats contre les tous du WTC de New-York. La commission n’avait pas tenu compte de son témoignage, qui est répété dans l’ouvrage « Operation Dark Heart » et qui se recoupe avec un certain nombre d’autres témoignages de personnes internes au renseignement aux Etats-unis et en Allemagne – (ref. en anglais sur Sourcewatch : http://www.sourcewatch.org/index.php?title=Able_Danger )