Un lecteur nous a envoyés ceci, c’est vieux de dix ans mais toujours aussi instructif…`

ALAIN BAUER, DE LA SAIC AU GODF
(Réseau Voltaire 01.10.2000)

En 1993, Alain Bauer a séjourné sept mois au siège de la SAIC à San Diego (Californie). A l’issue de ce stage, il est devenu vice-président pour l’Europe de la SAIC. En 1994, il a créé sa propre société de conseil et de formation en sécurité, AB Associates (http://www.cnit.fr/abassoc), qu’il a domicilié à proximité des locaux de la SAIC-Europe au CNIT-La Défense. Il a alors abandonné ses fonctions de vice-président de la SAIC-Europe pour celles de senior consultant. Au tour de table constitutif du capital d’AB Associates, on trouve la SOCADIF, la société d’investissements de l’ex-journaliste d’extrême droite Patrick Grumelart (qui tenta de racheter Minute en 1985).

Science Application International Corporation (http://www.saic.com) est une firme privée crée à San Diego (Californie) en 1969. Fournisseur d’infrastructures technologiques pour les administrations fédérales américaines, la compagnie s’est rapidement développée jusqu’à atteindre un chiffre d’affaires de 5,5 milliards de dollars et un bénéfice net de 619 millions de dollars, en 1999. Elle emploie 41 000 personnes, dispose de 350 bureaux dans le monde, dont une quarantaine en Europe, souvent situés dans des bases militaires américaines. En 1996, les contrats du gouvernement fédéral représentaient 79 % de son chiffre d’affaires, dont plus de la moitié pour le Pentagone (http://www.redherring.com/mag/digital/science.html).

La SAIC est aujourd’hui considérée comme la  » vitrine des services spéciaux américains  » dont elle sous-traite l’ensemble des besoins industriels. En 1995, la SAIC a absorbé Network Solutions Inc.(http://www.nsol.com/corporate/index.html), la principale société qui gère les noms de domaines sur l’Internet. En 1997, la SAIC a racheté l’opérateur de télécommunications Telcordia (http://www.telcordia.com/). En 2000, lors d’une offre publique d’échange, la SAIC a diminué sa participation dans Network Solutions pour acquérir des parts de VeriSign (http://www.VeriSign.com).

Dans la seule période 1992-1995, la SAIC a engagé 198 anciens colonels et généraux de l’armée des Etats-Unis (http://www.motherjones.com/mother_jones/ND98/heavymetal.html). La SAIC a compté parmi ses administrateurs les anciens secrétaires à la Défense William Perry et Melvin Laird, et les anciens directeurs de la CIA John Deutch (http://www.cia.gov/csi/books/dddcia/deutch.html) et Robert Gates (http://www.cia.gov/csi/books/dddcia/gates.html). Elle compte actuellement comme administrateurs le général Wayne A. Downing (ancien commandant en chef des forces spéciales) (http://www.specialoperations.com/focus/Official/Commanders/downing.html), le général Jasper Welch (ancien coordinateur du National Security Council) (http://www.af.mil/news/biographies/welch_ja.html), et l’amiral Bobby Ray Inman, (ancien directeur de la NSA et ancien directeur adjoint de la CIA) (http://www.cia.gov/csi/books/dddcia/inman.html).

Le président de la SAIC, J.R. Bayster, siège ès qualité au National Security Telecommunication Advisory Committee, la clef de voûte du système de renseignement américain. Cet organisme transversal de trente membres réunit les directeurs des différents services secrets US et les patrons des sociétés privées de haute technologie liées à la communauté du renseignement (http://envirotext.eh.doe.gov/data/eos/reagan/19820913.html).

Le président-fondateur, J. R. Beyster, docteur en physique nucléaire, est devenu une personnalité américaine de premier plan. Il préside également la National Commission on Entrepreneurship (http://www.ncoe.org) et la Foundation for Entreprise Development (http://www.fed.org) qui promeuvent la libre entreprise et l’usage des stock-options. Il a participé à la rencontre du groupe de Bilderberg, en 1999 .

Parmi les réalisations de la SAIC : la cartographie numérique des Etats-Unis et le système de veille informatique des données environnementales ; la sécurisation du système informatique du Département de la Défense ; l’installation informatique des centres de décision et de transmission de groupes pétroliers comme BP Amoco ; le système de commandement de la Maison-Blanche pour faire face au bug de l’an 2000 ; l’informatisation du système de mobilisation des réservistes de l’armée des Etats-Unis ; la conception et l’installation des systèmes de transmission entre les états-majors et les combattants (Defense Information Systems Network) ; la conception des centres de commandement C4I de guerre navale et spatiale ; la modernisation du système de cartographie depuis l’espace de la National Imagery and Mapping Agency ; la surveillance de l’exécution des traités de non-prolifération nucléaire ; la conception des matériels d’entraînement et de simulation pour les pilotes de F-15 et F-16 ; la conception de capteurs et de matériels d’observation par satellite pour la NASA ; la création de la plus importante banque de données criminelles pour le FBI (38 millions de suspects fichés) ; etc.

Le Département de la Justice a sous-traité à la SAIC le programme de formation et d’assistance technique aux polices étrangères (International Criminal Investigate Training Assitance Programm – ICITAP) (http://www.usdoj.gov/criminal/icitap.html). En février 1999, sa directrice, Janice Stromsem, a été relevée de ses fonctions après s’être plainte que la CIA utilisait ce programme pour recruter des policiers étrangers (http://www.americas.org/news/nir/19990316_cia_infiltrates_police_training.a sp).

En 1993, Alain Bauer a séjourné sept mois au siège de la SAIC à San Diego (Californie). A l’issue de ce stage, il est devenu vice-président pour l’Europe de la SAIC. En 1994, il a créé sa propre société de conseil et de formation en sécurité, AB Associates (http://www.cnit.fr/abassoc), qu’il a domicilié à proximité des locaux de la SAIC-Europe au CNIT-La Défense. Il a alors abandonné ses fonctions de vice-président de la SAIC-Europe pour celles de senior consultant. Au tour de table constitutif du capital d’AB Associates, on trouve la SOCADIF, la société d’investissements de l’ex-journaliste d’extrême droite Patrick Grumelart (qui tenta de racheter Minute en 1985).

Compte tenu de l’absence de l’ICITAP en France, et de la rivalité qui oppose l’ICITAP américain au SCTIP français, certains officiers s’interrogent sur une possible utilisation d’AB Associates comme cheval de Troie dans les milieux policiers français. Cette interrogation est renforcée par les liens qui unissent Alain Bauer à Emile Perez (figure emblématique du SCTIP, ancien secrétaire général du syndicat des commissaires et co-auteur avec Alain Bauer d’un ouvrage sur le crime en Amérique) (http://www.puf.com/presse/22416049_ap.htm). Cette interrogation se poursuit avec la tentative de déstabilisation du directeur central des Renseignement généraux, Yves Bertrand, par Alain Bauer, et la candidature évoquée d’Emile Perez à la DCRG. Ce questionnement est à rapprocher des critiques émises par diverses organisations (Syndicat de la Magistrature, Ligue des Droits de l’homme, CESDIP, etc… http://www.amnistia.net/news/articles/insecur/expertis.htm à l’encontre des théories policières et pénales que les Etats-Unis tentent d’imposer comme normes internationales, et que tentent de populariser en France Alain Bauer et Xavier Raufer (http://web.senat.fr/commission/missions/Decentralisation/decent000404.html) .. Or, Xavier Raufer (de son vrai nom Christian de Bongain), éditeur et collaborateur d’Alain Bauer, est lui-même connu pour sa proximité avec les services américains. Il a en effet été recruté par  Georges Albertini dans les années soixante-dix et a assuré la liaison entre les autorités taïwanaises et le patronat français. Par la suite, dans les années quatre-vingt, il fut membre du National Strategy Information Centre de Washington, une structure privée créée par l’ex-directeur de la CIA William Casey et alors présidée par Roy Godson (http://www.pir.org/gw/iyc.txt).

AB Associates propose notamment des audits en sécurité pour les collectivités locales. Ils sont facturés 100 000 à 900 000 F. On peut s’interroger sur les motivations exactes des collectivités qui souscrivent un tel service alors que l’Institut des Hautes Etudes de la Sécurité Intérieure (IHESI) réalise des audits de qualité à 35 000 F. On remarque, qu’à la différence de l’IHESI qui préconise des réorganisations pour créer des synergies entre services, AB Associates recommande parfois aux communes clientes de résoudre leurs problèmes en acquérant des matériels de sécurité, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives commerciales. Il a par exemple conseillé la mairie de Vitrolles en matière d’acquisition de système de vidéo-surveillance et d’armes de guerre (pistolets Glock 17), nous confirme l’ancien maire Jean-Luc Anglade.

Alain Bauer a choisi Nathalie Soulié comme secrétaire d’AB Associates, de 1994 à 1997. Mme Soulié est l’épouse de Manuel Valls, actuel porte-parole du Premier ministre. Alain Bauer et Manuel Valls ont été tous deux cités dans l’affaire de la MNEF, dont ils furent administrateurs sous le premier septennat de François Mitterrand. Leurs noms, ainsi que celui du journaliste Guy Benhamou, ont également été cités dans l’affaire corse, alors que les trois hommes fréquentent la même loge du GOdF, L’Infini maçonnique.

Hadi Bozorgmanesh, qui a développé le procédé TNA de détection d’explosifs pour la SAIC et qui préside la SAIC-Europe Limited a ouvert en juin 1992 un bureau au CNIT-La Défense. Ce bureau a curieusement été déclaré sous la forme d’une société en nom unipersonnel, néanmoins dotée d’un capital d’un million de francs, ayant pour objet  » le conseil pour les affaires et la gestion « . En mai 1995, la SAIC a conclu un accord avec France-Télécom pour prendre le contrôle d’une petite SSII française, Tecsi (http://www.tecsi.com/indexFR.htm). SAIC-Tecsi assure aujourd’hui la sécurité des systèmes et des transactions des principales banques françaises.

Le 11 septembre 2000, les bureaux de la SAIC-Europe ont été transférés à Londres, C’était le premier jour ouvrable après qu’Alain Bauer a été élu à la présidence du Grand Orient de France (http://www.godf.org). Interrogé par notre consœur du Point, Sophie Coignard, Alain Bauer a indiqué avoir été approché et recruté par la SAIC. A Judith Perrignon de Libération, il a assuré qu’il n’avait pas le droit de parler du sujet sur lequel il avait travaillé à la SAIC (http://www.liberation.fr/quotidien/portrait/port20000914.html). A Ghislaine Ottenheimer de France-Soir, il a déclaré avoir cessé toute collaboration avec la SAIC depuis 1994 et ignorer que la société américaine ait eu un bureau au CNIT-La Défense, à proximité de celui d’AB Associates. Enfin, Alain Bauer a refusé nos demandes réitérées d’interviews et a souhaité avoir connaissance avant publication de nos articles le concernant, ce à quoi nous n’avons pas donné de suite.

(00/0329) ALAIN BAUER, REPERES BIOGRAPHIQUES

— 8 mai 1962 : Naissance d’Alain Bauer à Paris 13e.
— 1980 : Forme une  » troïka  » avec ses amis Manuel Valls et Stéphane Fouks.
— 1982-85 : Délégué étudiant de l’UNEF-ID, administrateur de l’Institut national supérieur d’études de défense et de l’Institut d’études judiciaires
de Paris.
— 1982-88 : Administrateur de la MNEF, vice-président puis président de la commission de contrôle de l’UNEF-ID.
— 1982-89 : Vice-président, chargé des affaires générales, administratives et financières, de l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne. Il est alors présenté comme très proche du président de l’université, Jacques Soppelsa.
— 1985 : Fonde les clubs rocardiens  » Forum XXI  » avec Manuel Valls, Stéphane Fouks et Christian Pouge, dont il est président puis président d’honneur.
— 1985-87 : Membre de la Commission de contrôle de Force Ouvrière.
— 1987-88 : Directeur conseil de la Centrale d’échanges et de communication (CECOM).
— 1988 : Conseil à la direction générale de l’entreprise britannique Groupe d’études pour la construction (GEC).
— 1988 : Trésorier de la pré-campagne présidentielle de Michel Rocard.
— 1988-91 : Chargé de mission auprès de Jean-Paul Huchon, directeur de cabinet du Premier ministre, Michel Rocard, pour  » les affaires réservées « . Participe aux négociations sur le statut de la Nouvelle-Calédonie.
— 1989 : Conseiller à la direction générale d’Air France (DPGZ).
— 1990 : Conseiller du directeur général du groupe SARI.
— 1991-93 : Secrétaire général du World Trade Centre Paris-La Défense.
— 1991 : Conseiller de Christian Pellerin (président du groupe SARI, filiale de la Générale des eaux) et directeur du département contrôle financier du groupe SARI. Pendant cette période Alain Bauer assure notamment les relations avec la presse de Christian Pellerin, mis en cause dans l’affaire de la Tour BP.
— 1992-93 : Membre de la commission juridique internationale de la World Trade Center Association. Administrateur de SARI Services, et de CNIT Com.
— 1993 : Effectue un stage de sept mois au siège californien de Science Application International Corporation (SAIC). Devient vice-président pour
l’Europe de la SAIC.
— 1994 : Consultant senior de la SAIC et Pdg d’Alain Bauer Associates.
— 1996 : Conseil pour la CGIS, filiale immobilière de la Générale des eaux (aujourd’hui Vivendi), qui abrite les nouvelles activités de Christian Pellerin après la chute de sa société.
— 1995-98 : Administrateur de Stentofon France SA., une des sociétés leaders en matière de matériels d’interception.
— 1997 : Premières collaborations publiques avec Xavier Raufer.
— 1998 : Président du directoire du groupe Cartes jeunes (groupe MNEF).
— 1998 : Administrateur de Versant SA.
— 1999 : Publie aux PUF avec Xavier Raufer Violences et insécurités
urbaines.
— 1999 : Publie une note d’études Où sont les policiers ?, rédigée avec l’amical soutien de Philippe Barret (conseiller de Jean-Pierre Chevènement).
— 1999 : Chargé de cours à l’Institut des hautes études de la sécurité intérieure (IHESI).
— 2000 : Publie L’Amérique, la violence, le crime : les réalités et les mythes (Puf éd.) dans la collection dirigée par Xavier Raufer. Ouvrage rédigé en collaboration avec Emile Perez, ancien secrétaire général du syndicat des commissaires.
— 2000 : Membre du groupe de travail  » Prevention of crime by urban planning » du Comité européen de normalisation.
— 2000 : Elu Grand-maître du Grand Orient de France. Il met en cause les Renseignements généraux qu’il accuse d’avoir voulu déstabiliser le gouvernement Jospin à travers  » l’affaire corse « .