Commentaires : une minorité dangereuse rôde sur le Web

[François Krug | Eco89 | 07/10/2009 ]

Une tribune des Echos de ce mercredi matin m’a fait sursauter. Un pro de la communication de crise alerte les entreprises sur une nouvelle menace : les internautes qui laissent des commentaires sur le Web, des oisifs qui « peuvent consacrer un plein-temps au dénigrement d’une société ». Parmi eux peut-être, beaucoup de lecteurs de Rue89 et Eco89. Cela méritait de s’en expliquer avec l’auteur.

Samuel Morillon est le directeur général de Cybion, société spécialisée dans le conseil en communication de crise sur Internet. Son métier : surveiller la réputation de ses clients sur le Web et, le cas échéant, tenter de l’améliorer.

« Double personnalité » : Difficile de contester le point de départ de son analyse. Comme Rue89 a pu le constater chez ses riverains, les internautes publiant des commentaires restent minoritaires. Parmi eux, un noyau dur est particulièrement actif.

Actif et dangereux, avertit Samuel Morillon dans sa tribune :

« Les contenus générés par ces internautes surreprésentés sur la Toile influencent le lectorat général,  celui qui consomme de l’Internet, mais qui produit peu. Le positionnement idéologique souvent radical de ce noyau d’internautes, renforcé par la pratique courante de l’anonymat, représente une menace pour les entreprises. »

Cela ne manque pas forcément de bon sens. Ce qui étonne davantage, c’est ce portrait-robot dressé par Cybion à partir d’études maison :

« Ces internautes ont souvent une double personnalité “on line-off line”. S’ils sont principalement urbains, ils vivent au sein de leur communauté de pensée et ils utilisent en moyenne deux avatars, souvent de sexes différents (…).

Selon nos études, ces internautes sont souvent inactifs (sans emploi, étudiants…) et peuvent consacrer un plein-temps au dénigrement d’une société. »

C’est vrai qu’il y a de quoi avoir peur. Le couteau entre les dents, des milliers d’internautes schizophrènes et transexuels sèchent les cours à la fac et les rendez-vous à Pôle Emploi dans un seul but, nuire à la réputation immaculée de Total, France Télécom ou Areva.

100 000 internautes à suivre de près : Ne voulant pas rester sur cette impression caricaturale, j’ai contacté Samuel Morillon. Le directeur général de Cybion m’a assuré qu’il n’y avait « pas de jugement » dans cette description des internautes-commentateurs.  Mais il est resté très vague sur la méthodologie adoptée pour ces études. Cybion a fait appel à « plusieurs thésards qui travaillent sur le sujet » et a suivi « une démarche marketing classique, avec des études quantitatives et des étude qualitatives » (des statistiques et des entretiens avec des internautes).

Dans Les Echos, Samuel Morillon évalue cette minorité « qui fait l’opinion sur le Web » à 100 000 personnes. Au téléphone, il est moins catégorique : évidemment, « c’est un ordre de grandeur ».

En tout cas, avec une trentaine de millions d’internautes en France, cette minorité est extrêmement minoritaire. Et pourtant, son influence et son pouvoir de nuisance suffisent à faire trembler les entreprises. Les commentateurs réguliers de Rue89 et Eco89 peuvent donc être fiers.

Détail amusant : les fondateurs de Cybion, Carlo Revelli et Joël de Rosnay, sont aussi ceux de la fondation Agoravox, qui supervise le site du même nom. Un « média citoyen » qui a beaucoup contribué à l’émergence de cette dangereuse minorité qui inquiète tant Cybion.

http://eco.rue89.com/2009/10/07/attention-une-minorite-dangereuse-rode-sur-le-web