Joli coup de pub pour Google… et initiative louable si elle est sincère. Mais cela contrevient tellement à leur business model basé sur le profilage intégral, qu’on peut se permettre d’avoir des doutes. Et quand ils disent « nous ne conservons aucun document… », cela veut-il dire qu’ils effacent même les donnés se trouvant sur les sauvegardes ? Ou bien ils ne font pas de sauvegardes ?

[Anouch Seydtaghia – Le Temps – 19/04/2010]

Lancés fin 2009, les services de l’équipe «Data Liberation Group» permettent à l’internaute de récupérer e-mails, photos et documents stockés chez Google, avant de le quitter. Facebook est nettement moins ouvert

Importer ses contacts au sein de Facebook, Gmail ou Hotmail, rien de plus facile. Avides de nouveaux utilisateurs, ces services font tout pour permettre à leurs utilisateurs d’en gagner de nouveaux. Idem pour le chargement de photos et de vidéos sur les sites de socialisation, pour qui davantage de contenu publié signifie plus de pages vues – et davantage de publicités affichées. Les choses se corsent lorsque l’internaute souhaite quitter ces services et emporter avec lui non seulement le contenu autrefois chargé, mais aussi créé en ligne. Ainsi, sur Facebook, il faut utiliser des applications tierces pour tenter d’arriver à ses fins. De plus en plus soucieux de soigner son image, Google tente, depuis septembre 2009, d’améliorer ses pratiques. La firme américaine a ainsi lancé son «Data Liberation Group», avec pour mission de faciliter la vie aux internautes. Rencontré la semaine passée à Zurich, son responsable, Brian Fitzpatrick, le reconnaît facilement: Google ne fait en aucun cas preuve d’angélisme.

Le Temps: Pourquoi avez-vous créé le Data Liberation Group?

Brian Fitzpatrick: Google ne cesse d’innover en lançant de nouveaux services et en les améliorant. C’est très bien. Mais ce n’est pas suffisant. Car il nous faut en parallèle renforcer la confiance que nous portent nos utilisateurs existants. Nous savons qu’ils sont prêts à passer à la concurrence si un meilleur service est lancé. Du coup, autant leur permettre de partir facilement. Nous aidons nos clients à quitter Google car nous voulons leur donner le contrôle sur leurs données. Si nos clients savent que c’est aisé de partir, ils seront enclins à rester longtemps… Et s’ils partent, ils savent qu’ils pourront revenir rapidement. Nous n’agissons ainsi pas par charité: Google sait qu’avec un Web très ouvert et libre, les internautes ont de fortes chances d’utiliser ses services.

– Concrètement, comment travaille votre équipe?

– Nous sommes six ingénieurs basés à Chicago. Notre équipe a été constituée il y a deux ans et demi. Depuis, nous discutons avec les responsables de chaque service pour voir comment libérer au mieux les données. Certains responsables prennent aussi l’initiative de nous contacter.

– De quelle manière sont utilisés vos services?

– En fait, surtout pour faire des backups. Et rarement pour abandonner définitivement l’utilisation de Gmail ou de Picasa Web, par exemple. Nous constatons que plusieurs utilisateurs de notre plateforme de blogs effectuent régulièrement des sauvegardes de leurs sites. De même, nous avons facilité le téléchargement, en quelques clics, de tous les documents en ligne sur Google Docs, qui vont sont envoyés par e-mail dans un fichier compressé. Je pense que les internautes aiment bien avoir des copies de fichiers sur le disque dur de leur ordinateur. Et ce alors même qu’ils sont beaucoup plus en sécurité dans nos centres de données. Mais libre à chacun de faire comme il le souhaite.

– Garantissez-vous que les données effacées en ligne par l’internaute le sont définitivement?

– Absolument. Nous ne conservons aucun document effacé par nos utilisateurs.

– L’on peut avoir l’impression que le Data Liberation Group a aussi été créé pour amadouer les autorités de la concurrence, soucieuses de voir Google prendre trop d’importance…

– Pas du tout. Nous ne pensons qu’aux utilisateurs.

– Pour aller jusqu’au bout du processus, discutez vous avec Facebook ou Yahoo!, par exemple, pour faciliter l’importation de vos données chez eux?

– Non, nous ne nous concentrons que sur nos services. Notre équipe ne teste pas l’importation de données ailleurs, mais uniquement l’exportation depuis les services de Google. Mais nous permettons d’exporter les données dans des formats ouverts, ce qui facilite leur importation ailleurs.

– Souhaitez-vous permettre de libérer des données de davantage de services de Google?

– Des blogs aux données des campagnes publicitaires, en passant par les alertes, nous couvrons déjà les domaines principaux. Mais nous avons des projets. On ne peut télécharger ainsi pour l’instant ses vidéos de YouTube que une à une.

Plus d’informations sur www.dataliberation.org