Apple, trop big pour être cool
[ Martin Kirsch – Bakchich n°22 – 30/04/2010]
Les Américains appellent ça une cash machine. Apple, l’entreprise « la plus cool du monde » a la santé d’un champion olympique d’athlétisme. Financière, s’entend. Un chiffre d’affaires en hausse de 49 % par rapport à celui de 2009 (qui n’était déjà pas dégueu), une rentabilité qui grimpe de 86 % et des ventes d’iPhone multipliées par deux, passant à 8,5 millions d’exemplaires entre janvier et mars 2010 (soit plus d’un téléphone vendu chaque seconde). Et encore, ces résultats ne prennent pas en compte le lancement tonitruant de l’iPad (450 000 exemplaires écoulés en une semaine aux États-Unis), cette tablette tactile qui serait au livre ce que le moteur à explosion a été à la diligence à la fin du XIXe siècle… Bref, nous vivons dans un monde « apple-isé » de haut en bas, de Sacramento à Shanghai en passant par Pretoria.

Tout le monde s’en satisfait ? Pas vraiment. Les partenaires commerciaux d’Apple n’apprécient guère cette quasihégémonie de la marque. « Nous n’avons aucune marge de négociation avec eux, déplore le patron d’une enseigne qui distribue la marque. Ils nous imposent le prix, les quantités, le marketing en magasin… Et, évidemment, nos marges sont extrêmement faibles. » Plus gênant encore, les positions dominantes d’Apple sur la distribution de certains contenus (musique, médias) inquiètent.

Sur son App Store, qui fournit les contenus à télécharger, Apple agit en monarque absolu. Un peu comme si, dans la presse, Presstalis (ex-NM PP) décidait de façon arbitraire de publier tel journal et pas tel autre. Ainsi, Apple refuse catégoriquement les contenus érotiques sur son iPhone. Un auteur, David Carnoy, s’est vu interdire l’entrée de l’App Store pour son roman Knife Music au motif qu’il contenait des « obscénités ».

Le caricaturiste américain Mark Fiore, créateur d’animations satiriques sur le Web, s’est vu à son tour refuser l’accès pour son NewsToon. Fiore a, entre-temps, reçu le prix Pulitzer. Interdit levé et excuses de Steve Jobs, big boss d’Apple…

Mais tous ne vont pas bénéficier d’un tel coup de projecteur pour éviter la censure. D’autant qu’avec l’iPad Apple va se transformer en vendeur de livres numériques. Le monde de la culture est partagé entre optimisme (l’iPad va faire vendre livres et journaux) et inquiétude de ce petit monopole à la pomme. Et si la culture était trop importante pour être laissée aux mains d’un vendeur de téléphone portable ?

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