Même les plus libéraux des capitalistes (comme ici la Bible des Investisseurs) ne croient plus à  la Grèce, à l’Espagne, au Portugal ou aux Pays Baltes. Ils vont se faire un max de blé possible sur la victime du « plan d’ajustement » et se tirer en laissant les os du cadavre….Cela s’appelle « mettre son portefeuille à l’abri ».

Et si vous croyez que cela ne peut arriver qu’aux bougnoules… vous risquez un réveil brutal. Si vous avez des chasseurs dans votre famille, il est grand temps d’aller cambrioler leur armoire à fusil et de réviser vos recettes de cocktail Molotov. Trouvez vous un correspondant argentin et faites vous expliquer les « piqueteros »… et allez voir le film de Fernando Solanas « Memoria del Saqueo ».

Parce que le capitalisme ne vous fera pas de cadeaux quand il s’agira de « rembourser la dette ». Demandez aux pays du Sud, eux cela fait 50 ans qu’on leur fait le coup… La prochaine fois que vous croisez un banquier dans la rue, pendez-le  à un réverbère, ça sera toujours ça de gagné…

CE QUI ATTEND LA GRECE

[Cécile Chevré – La Quotidienne de MoneyWeek – 29/04/2010]

Ce que nous apprennent la Lettonie et l’Argentine sur l’avenir de la Grèce…

« Athènes vers une nouvelle cure d’austérité, les marchés soulagés« , nous apprend Reuters. Le plan d’aide à la Grèce devrait être annoncé avant la fin de la semaine. La Grèce n’est pas le premier pays – et de loin – à être mis au régime sec par le FMI. Par le passé, l’Argentine (en 2000) et la Lettonie (en 2008) avaient déjà découvert le menu « pain sec et eau fraîche » imposé par le Fonds en échange de son aide financière. Deux précédents dont la Grèce pourrait tirer quelques – inquiétants – enseignements…

L’Argentine, moins malade et toujours pas en convalescence…
Au début des années 2000, l’Argentine va mal, très mal même. Sa dette publique atteint 62% du PIB et son déficit public se chiffre à 6,4%. Le pays est en faillite et demande l’aide du FMI. En échange de plusieurs milliards de dollars d’aide, le FMI impose une réduction drastique des dépenses publiques.

La situation argentine de l’époque nous paraît presque brillante comparée à celle de la Grèce aujourd’hui. La Grèce affiche une dette publique atteignant les 114% du PIB et un déficit révisé à 13,6% du PIB. Soit une situation deux fois plus inquiétante que celle de l’Argentine au début des années 2000.

L’Argentine tout comme la Grèce ne sont pas libres de manipuler à leur gré leur monnaie. L’Argentine à cause de la parité fixe entre le peso et le dollar, et la Grèce à cause de l’euro.

Crise politique et morne plaine

La politique de rigueur a entraîné une récession, avec une chute vertigineuse du PIB de 4% en 1999. En 2002, l’Argentine s’est même retrouvée en situation de défaut de paiement. Conséquence immédiate de cette politique, le pays est entré dans une quasi-révolte. En 2001, quatre présidents se sont succédé à la tête du pays en moins de deux semaines… Depuis, l’économie argentine ne s’est jamais vraiment remise.

La Lettonie, un pays trop petit, un régime sans effet

Fin 2008, la Lettonie a fait appel au FMI pour faire face aux conséquences de la crise financière. Le FMI, qui a décidément ses petites marottes, lui a imposé une politique de rigueur particulièrement sévère. Le Fonds, lui-même, a reconnu que ces mesures constituaient la plus sévère politique de rigueur imposée depuis les années 70. Réduction de 20 à 40% des salaires du secteur public, augmentation vertigineuse des impôts, réduction drastique des aides aux chômeurs et suppression des budgets de la défense. Evidemment, les troubles sociaux se sont multipliés et le Premier ministre y a perdu son poste. Malgré tous ces efforts, le déficit letton ne s’est pas vraiment résorbé et continue de frôler les 8% du PIB.

Pourquoi ? Parce que l’économie lettone est trop petite pour pouvoir se sortir toute seule de la récession. Pour qu’elle sorte la tête de l’eau, il faudrait que l’Europe en entier reprenne fermement le chemin de la croissance. Ce qui n’est pas pour tout de suite…

L’équation à laquelle est confrontée la Lettonie est la suivante : effondrement de la production de richesse, donc baisse des rentrées fiscales, donc maintien du déficit à un niveau record. La Lettonie reste donc, de fait, sous le contrôle du FMI.

Et pour la Grèce ?
En acceptant l’aide de l’UE et du FMI, la Grèce fait un choix. Celui de perdre une grande partie son indépendance.

Dans tous les cas, qu’elle accepte ou pas de mettre en oeuvre les réformes voulues par le FMI, le risque de défaut de paiement sera toujours présent. Et, comme pour la Lettonie, rien ne dit qu’une politique d’austérité suffira à résorber le déficit. Certes, l’économie grecque est plus importante que celle de la Lettonie mais, comme elle, elle est extrêmement dépendante de l’étranger – via les exportations et le tourisme… Deux pans de l’économie qui souffrent d’une récession aggravée et prolongée au niveau européen et mondial.

La seule solution pour la Grèce : espérer que l’Europe continuera à fournir des aides. Mais nous savons tous que cette manne ne sera pas éternelle… Je suis prête à prendre le pari que nous n’avons pas fini d’entendre parler de défaut de paiement, de déficit ou de krach obligataire dans les mois qui viennent. N’attendez plus pour mettre votre portefeuille à l’abri.

http://www.moneyweek.fr/20100429111/actualites/actu-economie/grece-plan-sauvetage-euro/

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