Personne ne ment aussi obstinément qu’un flic, un juge ou un militaire… c’est le sentiment d’impunité et l’esprit de caste de l’appareil judiciaire et d’Etat qui veut cela. Même s’il devait s’avérer un jour que F. Cassez est innocente, la police et la justice continueront à dire le contraire, pour ne pas perdre la face.

En France, nous avons la même chose avec les inculpés de Tarnac ou la bavure du Thanis…

Et quand on connait les méthodes expéditives utilisées par la police mexicaine, le danger est grand en effet qu’une « rixe » opportune entre détenues, ou bien « le geste d’un déséquilibré » règle la question et débarrasse la justice mexicaine de cette prisonnière embarrassante…

[Libération – 21/04/2010]

Soulagée, Florence Cassez? Non, répond depuis sa prison, au téléphone, la jeune femme détenue depuis 2005 pour enlèvements au Mexique. La nuit dernière à Mexico, l’AFP a révélé que le Parquet général de la République du Mexique avait reconnu dès 2007 ce que Florence Cassez dit depuis le départ: la police a menti sur les circonstances de l’arrestation télévisée de la jeune femme. Celle que les journalistes pensaient couvrir en direct n’était pas la vraie.

Au bout du fil, Florence Cassez parle depuis un couloir de sa prison de Tepepan, au Mexique. On perçoit derrière elle les éclats de voix de la prison. Autour de la table à Lille, une vingtaine de journalistes écoutent. C’est Lionel Gougelot, d’Europe 1, qui parle à la jeune femme.

Soulagée? «Je ne sais pas si ça me soulage. Cette décision date de mars 2007. Elle aurait dû être ajoutée à mon dossier en appel (elle a été rejugée en 2009, ndlr). Ça m’énerve plus qu’autre chose. Depuis le début je crie mon innocence. Je suis la seule à avoir dit la vérité depuis le départ. On est en 2010, on se rend compte que cette lettre où ils reconnaissent que ça a été un montage a été cachée. Je trouve ça incroyable qu’il ait fallu attendre pour ça une réponse de Pablo Reinah (le journaliste de Televisa qui a filmé l’arrestation, ndlr) qui voulait se défendre. Je sais bien que le temps va passer, que des mensonges, des nouvelles contradictions vont arriver. Je perds mon temps.»

«Je ne suis pas en train de sauter de joie. J’en suis au stade de dire: «Il en faut combien des preuves comme ça?» J’ai besoin que ça avance. Que ça ne soit pas un mensonge de plus qu’on va essuyer avec le temps.»

La plainte contre Genaro Garcia Luna -secrétaire d’Etat à  la Sécurité publique, et ancien directeur de l’Agence fédérale d’investigation- lancée en France par son avocat, Franck Berton, pour «faux en écriture». «Je suis complètement pour. Je n’ai plus envie d’être en situation de défense. Il faut être en situation d’attaque. Foncer pour se défendre. Pendant qu’on va s’occuper de porter plainte, ça va m’occuper l’esprit.»

«Garcia Luna, il a «monté» sur ça, il a «monté» sur tout. C’est très grave d’avoir caché un document officiel dans un procès aussi compliqué, aussi médiatique, avec autant de contradictions dès le départ. Ça ne va pas leur plaire. Je m’attends à tout»

Elle va faire appel à la Cour suprême. La procédure risque d’être longue. «Oui, je le sais. C’est pour ça que je ne suis pas soulagée. Je ne sais pas ce qu’ils vont inventer derrière».

http://www.liberation.fr/monde/0101631361-florence-cassez-je-ne-suis-pas-soulagee-ca-m-enerve-plus-qu-autre-chose?xtor=EPR-450206