[Yves Eudes – Le Monde – 04.04.10]

Depuis 2007, le hacker américain George Hotz, âgé aujourd’hui de 20 ans, publie régulièrement sur Internet des logiciels dit de jail break (« évasion de prison ») permettant de débrider les iPhone, c’est-à-dire de faire sauter les restrictions imposées par Apple pour empêcher le chargement de logiciels non autorisés.

Le business model du groupe américain est en effet fondé sur des accords exclusifs signés avec des opérateurs de télécommunications et sur le monopole de la vente de logiciels, de musique et de vidéos sur ses boutiques en ligne iTunes et App-Store.

Le travail de George Hotz n’a pas de fin : chaque fois qu’Apple sort une nouvelle version de l’iPhone, ses ingénieurs installent des parades inédites empêchant le jailbreak, ce qui oblige le jeune homme à mettre à jour son logiciel. Le 25 mars, George Hotz a annoncé sur son blog la sortie imminente de la prochaine version de son programme, qui permettra le débridage définitif de n’importe quel iPhone en moins d’une minute. Incidemment, il affirme qu’il pourra aussi débrider la tablette iPad : elle n’est pas encore commercialisée, mais il sait que son système d’exploitation est assez semblable à celui de l’iPhone.

« Ecosystème » parallèle

George Hotz n’est pas le seul hacker spécialisé dans les produits Apple. En trois ans, une petite communauté de « jailbreakers » pros ou semi-pros a vu le jour. On s’attend donc à voir apparaître prochainement des solutions de déverrouillage spécifiques à l’iPad.

Une fois débridé, il deviendra une tablette générique, bonne à tout faire. D’emblée, on pourra y installer des copies pirates gratuites d’applications payantes conçues à l’origine pour l’iPhone, et vendues sur l’AppStore.

Il acceptera aussi les applications et les jeux vidéo créés pour l’iPhone par des développeurs indépendants, mais que l’AppStore a refusé. Il existe aujourd’hui sur Internet plusieurs sites spécialisés dans les applications rejetées par Apple. Le plus actif, et le plus prospère, est sans doute Cydia.com, qui a suscité l’apparition de tout un « écosystème » parallèle.

De nombreux développeurs ne prennent plus la peine de soumettre leurs applications à l’approbation de l’AppStore, qu’ils jugent trop tatillon techniquement, ou trop restrictif en matière de contenu. Ils en confient directement la distribution à Cydia, qui compte des millions de visiteurs.

Un iPad débridé pourra télécharger des fichiers lourds (films ou musique), quelles que soient leur origine… De même, les applications audio et vidéo à haut débit qui, sur la version légale de l’appareil, fonctionneront uniquement quand il sera connecté à un réseau Wi-Fi, pourront être déverrouillées par des logiciels de type Unrestrictor. Dès lors, elles fonctionneront aussi quand l’appareil sera connecté à un réseau de téléphonie 3G – tant pis pour les opérateurs, dont les réseaux sont déjà saturés à cause du nouveau trafic généré par les smartphones.

Par ailleurs, Apple a fait savoir qu’il sera impossible de brancher un iPhone sur un iPad, pour s’en servir comme modem pour accéder aux réseaux de troisième génération (3G). Le but étant d’obliger les clients à se payer un nouvel abonnement 3G. Avec un iPad débridé, ce problème devrait disparaître.

Enfin, dans certains pays où Apple n’a pas réussi à passer des accords avec les associations locales d’éditeurs de livres, la fonction e-book de l’iPad sera sans doute désactivée. Les amateurs de livres numériques devraient donc venir grossir les rangs des adeptes du jailbreaking.

http://www.lemonde.fr/technologies/article/2010/04/05/a-peine-sorti-l-ipad-deja-debride_1328833_651865.html