HSBC, L’ÉPOUVANTABLE SAC DE NOEUDS

[Claude LeGrand – Siné Hebdo n°83 – 07/04/2010]

En s’appropriant les listings de cette banque, Éric Woerth, alors ministre du Budget, n’ennuyait pas seulement 3000 contribuables français. L’affaire risque de provoquer des règlements de comptes au Proche-Orient.

Ministre du Travail en période de crise, ce n’est pas la joie. Mais Éric Woerth n’est pas trop mécontent d’avoir troqué ce maroquin contre celui du Budget. D’une part, les caisses sont vides. D’autre part, il s’est retrouvé, bien malgré lui, dans un invraisemblable sac de noeuds.

Souvenez-vous: l’été dernier, tout fier, Éric Woerth annonce qu’il détient la liste de 3 000 contribuables français qui planquent leurs économies en Suisse. Il n’a pas eu beaucoup de mal pour l’obtenir. Elle lui a été livrée clés en main par Hervé Falciani, informaticien à la Hong-Kong & Shanghai Banking Corporation (HSBC), le quatrième groupe bancaire du monde. En poste d’abord à Monaco, puis à Genève, Hervé Falciani s’est réfugié dans la région de Nice, emmenant avec lui dans son ordinateur 127 000 comptes.

Ce que les autorités françaises n’ont pas tout de suite remarqué, c’est que HSBC Suisse a racheté en 1999 la Republic National Bank of New York du banquier syrien Edmond Safra. Un personnage haut en couleur, que les mauvaises langues accusaient d’innombrables turpitudes. Il est mort mystérieusement dans un incendie d’origine criminelle à Monaco, en 1999. Un feu allumé par son infirmier-garde du corps, un honorable correspondant du Mossad, les services secrets israéliens.

Bref, Edmond Safra a eu une vie mouvementée. Ses ancêtres finançaient les caravanes de chameaux. Lui a commencé à 16 ans dans la banque de papa, à Beyrouth, en vendant des métaux précieux. Avant de se lancer dans le négoce à Milan, de fonder la Banco Safra au Brésil, puis la Trade Development Bank à Genève. Et enfin la Republic National Bank of New York. Un sympathique et discret établissement qui accueillait beaucoup de riches ressortissants du Proche-Orient: des Israéliens, des Libanais, des Égyptiens, des Syriens et des Iraniens.

On imagine facilement qu’un habitant de Damas ou de Téhéran, qui a soustrait des millions au nez et à la barbe des autorités, ne risque pas seulement de se faire bousculer par le fisc. C’est peut-être pour lui la prison, la torture, la mort. Sans oublier le chantage ou l’enlèvement pour récupérer le pactole planqué à Genève.

« Ajoutez le Mossad, qui n’est pas indifférent aux comptes de HSBC Suisse. De tels documents peuvent lui servir de moyens de pression », raconte un proche du dossier.

C’est maintenant au jeune François Baroin, le nouveau ministre du Budget, de tenter de dénouer cet épouvantable sac de noeuds, en évitant qu’il ne devienne sanglant.

De son côté, la HSBC Suisse a été contrainte d’adresser une discrète missive à tous ses clients en leur proposant de les « aider à revoir leur situation patrimoniale ». Une façon délicate de leur dire: « Fuyez. Tout est découvert. »