Tout cela vous a un petit parfum de Katrina et de G.W. Bush qui voulait nous faire croire que « personne ne pouvait imaginer ce que les digues cèderaient ». En attendant, le sous-ministre profite de la manne immobilière en bord de rivière, il sera toujours temps d’aviser quand l’inondation aura fait quelques morts. On dira alors « personne ne pouvait imaginer… »

[J.-F. J. – Le Canard Enchainé – 31/03/2010]

Il faisait figure de général en chef de la lutte anti-inondations, ce 29 mars, à France Info. Interrogé sur les suites de la tempête Xynthia, Benoist Apparu, le secrétaire d’Etat au Logement et à l’Urbanisme, n’a pas tortillé: la « zone noire », bannissant toute construction, sera définie « dans la semaine ». Exécution. Et même régime pour toute la France !

Alors que près de 900 communes doivent, depuis des mois, signer un Plan de prévention des risques d’inondation (PPRI), une cinquantaine seulement se sont exécutées. Ailleurs, les plans devront être « approuvés plus rapidement» par les préfets. Car les négociations entre élus et préfets « prennent trop de temps », s’est plaint le sous-ministre.

Une décision qui devrait intéresser un élu nommé Apparu Benoist. Depuis plusieurs mois, à Châlons-en-Champagne, dont il est conseiller municipal, ce sournois use de toute son influence pour retarder la signature et limiter la portée de ce désormais fameux Plan de prévention, dont la révision a été lancée, en 2007, par la préfecture.

Enjeu, deux projets situés en zone inondable : l’extension d’un camping et l’aménagement d’une zone d’échange entre route et chemin de fer. C’est en juillet 2009 que Benoist Apparu, qui venait de rejoindre le gouvernement Fillon II, a pris les choses en main et écrit au préfet pour lui demander de « retarder la phase d’enquête publique et de construire le PPRI dans un contexte de confiance ». Avant d’ajouter que ce plan, « à Châlons- en-Champagne, remettrait en cause les projets de développement logistique (la plate-forme rail-route) C.. ) ou les projets de développement du camping ».

Le 26 janvier dernier – un mois avant les inondations en Vendée -, Apparu n’a pas hésité à convoquer au ministère les fonctionnaires champenois concernés pour les « recadrer ». Ce que justifie ainsi un conseiller du ministre: « La préfecture s’appuyait sur des hypothèses de débit de la Marne excessives en cas de crue. » Réplique d’un fonctionnaire local: « Apparu et ses amis font le forcing pour sauver leurs projets. Ils vont jusqu’à écrire que les crues de la Marne sont lentes et qu’on aurait le temps d’évacuer les campeurs! Même la nuit ? » En cas de fortes pluies, mieux vaut éviter toute précipitation…