Et puis… avec le flicage par RFID, le pass NAVIGO, la carte médicale, les réseaux sociaux, les fichiers de police consultables par quiconque sait à qui s’adresser… ça va être un jeu d’enfant pour les sociétés d’assurance d’établir des profils de chaque client et de le virer (ou bien de lui refuser des remboursements) sur la base des infos collectées. « On vous voit entrain de picoler sur votre photo Facebook, allez hop, augmentation de 30% de la prime de risque cardio-vasculaire et de 50% du malus de votre voiture »

Quand les assureurs virent leurs clients

[Kitetoa – 24/03/2010]

Sociétaire depuis neuf ans à la MACIF, Gérard reçois une lettre recommandée : « notre rôle d’assureur est bien sûr de tenir nos engagements en réglant les sinistres. Cependant, nous devons aussi veiller à offrir le meilleur tarif et préserver l’équilibre de la mutuelle dans l’intérêt de l’ensemble de ses sociétaires ». Du coup, lui explique sa mutuelle, il ne sera plus assuré pour ses deux voitures d’ici trois mois.

En fait, en tant que patron de la MACIF, ce que Robert ne sait pas, c’est qu’il s’est viré lui-même. La MACIF se définit en effet comme ceci: « les adhérents de la Mutuelle sont à la fois individuellement ses clients et collectivement ses patrons ».

On pourrait penser que Robert est une plaie en matière de sinistres. En fait, il n’est responsable que de 3 sinistres sur deux ans. Dont un qui est une perte de contrôle sur la glace lorsqu’il a neigé ces derniers mois.

Le président de la MACIF (celui qui a le titre, pas Robert), Gérard Andreck, a du oublier ce qu’il a écrit dans son message aux mutualistes sur son site Web : « Tout ce chemin, la Macif l’a fait en préservant son modèle d’origine, celui de l’économie sociale. Un modèle qui, dans un monde où le profit est souvent mauvais conseiller, démontre plus que jamais sa pertinence ». Le profit est peut-être mauvais conseiller, mais la MACIF n’oublie pas de proposer à Robert un nouveau contrat avec une filiale pour mauvais clients. Un contrat beaucoup plus cher, bien sûr.

Les banquiers, cousins des assureurs… ou l’inverse

Avec la crise des subprimes, la presse a beaucoup gaussé sur les banquiers, qui gagneraient à tous les coups. Ils gagneraient tant que la bulle croît. Mais aussi après son éclatement, en faisant payer à leurs clients et aux Etats leurs propres erreurs. Que dire des assureurs ? Robert paye plein pot une assurance tous risques et lorsque qu’il a trois sinistres en deux ans sur un véhicule, on le jette. Lui, sa conjointe et son deuxième véhicule pour lequel il n’y a aucun sinistre dont il serait résponsable.

C’est ce que l’on appelle un contrat « gagnant-gagnant ». Pour l’assureur bien entendu. Bêtement, on pourrait penser que le métier des assureurs, est de prendre un risque. En fait, le code des assurances leur permet d’échapper à ce risque. Un client devient une source de dépenses trop importantes ? Ou bien risque de le devenir ? Simple : on résilie son contrat. Et si l’on est concurrents entre sociétés d’assurances, on sait partager les bonnes infos. Impossible de trouver un autre assureur à un coût normal après avoir été éjecté de chez l’un d’entre eux.

Curiosité déplacée

Bien entendu, étant par nature curieux et – c’est bien connu – ayant mauvais esprit, Kitetoa.com a contacté le service de presse de la MACIF, histoire de savoir quels étaient leurs critères pour éjecter leurs sociétaires. Est-ce le nombre de sinistres, leur coût, cela est-il pondéré par le nombre d’années sans sinistres, etc.

Réponse de la dame ? Hum… Je ne saurais dire combien de coups de fil de relance il aura fallu pour obtenir un laconique : « ce n’est pas public, je ne peux pas vous donner ces informations ». Près de deux semaines de relances permanentes pour aboutir à cela. Et à chaque fois, un énigmatique « je recherche les informations que vous nous avez demandées ». Ca avait l’air très compliqué. Tout ça pour ça…

Selon un autre assureur consulté, ces procédures sont informatiques et il n’y a pas de cerveau humain pour les pondérer.

A la fédération française des assurances (FFSA), pas plus d’informations… Si la FFSA martèle qu’il y a des règles pour la résiliation d’un contrat par un assureur (envoi de lettre recommandée plusieurs mois à l’avance, etc.), elle est incapable d’énoncer une grille ou une recommandation quelconque à propos des motifs utilisés par les assureurs pour résilier. On pourrait penser qu’il existe une telle grille, prenant en compte le nombre de sinistres, leur gravité, leur coût, etc. Non. Chaque assureur est libre.

Quoi qu’il en soit ce système qui permet de booster de manière plus que drastique la prime des assurés est une bénédiction pour le secteur. Dans l’absolu, on peut imaginer que si le bilan d’un assureur s’effrite (pour des lignes sur lesquelles il n’a pas de prise, comme par exemple l’épargne des ménages), il lui suffit de resserrer un peu plus ses conditions d’éjection pour faire remonter les bénéfices de la ligne « assurés auto ». Mais tout le monde sait que les assureurs comme les banquiers sont des gens qui ne veulent que le bonheur de leurs clients et qu’ils ne feraient jamais une telle chose.

En décembre 2009, l’AFP livrait cette dépêche :

« Le secteur de l’assurance en France a bien traversé la crise, mais il pourrait souffrir en 2010-2011 en raison d’une demande en baisse, d’une « rentabilité opérationnelle sous pression » et d’une exposition aux risques toujours importante, a expliqué lundi l’agence Moody’s.

La demande d’assurance non-vie risque de pâtir de la baisse probable du pouvoir d’achat des ménages et de la diminution du chiffre d’affaires des entreprises, a expliqué Benjamin Serra, analyste au sein de l’agence de notation Moody’s, au cours d’une conférence organisée par l’agence.

Moody’s voit aussi la demande pour l’assurance vie décliner à long terme, surtout sur le segment des placements dits en « unité de compte », les plus risqués. « La chômage va affecter la capacité d’épargne » des Français, a précisé M. Serra.

Cette baisse de la demande va contribuer parmi d’autres éléments à mettre la rentabilité opérationnelle « sous pression ».

En vie comme en non-vie, la concurrence accrue entre les établissements et la dégradation du rendement des produits financiers vont raboter les marges.

Le secteur « vie » va de plus pâtir d’un engouement plus grand pour les contrats « en euros », aux détriments des contrats « en unités de compte » (ces derniers étant plus rentables). En non-vie, la sinistralité va augmenter du fait d’une hausse des fraudes, des catastrophes naturelles, et des montants de plus en plus importants accordés par les tribunaux en cas d’accidents corporels automobiles.

Cette détérioration de la rentabilité opérationnelle des assureurs va peser sur leur capacité à reconstituer leur capital, souligne Moody’s.

Leur exposition aux risques reste dans le même temps élevée, particulièrement le risque de dévalorisation des portefeuilles d’action ».

Etonnant, non ?

Le secteur de l’assurance a engrangé 200 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2009. La MACIF, 4, 964 milliards de CA en 2008 pour un résultat net de 100 millions d’euros. Un peu moins qu’en 2007 (-2,7% pour le résultat net). Dans le détail, le chiffre d’affaires de l’assurance vie a baissé de 8,6% sur un an tandis que le chiffre d’affaires dommages a progressé de 2,3%. L’assurance auto était quant à elle la première source de chiffre d’affaires de la MACIF en 2008.

Une chose est certaine, on attend avec impatience le moment où Nicolas Sarkozy et ses amis du Medef et du secteur des assurances feront voter une loi pour que l’assurance santé soit gérée par des assureurs privés… Il faudra faire attention à ne pas être malade plus de deux fois dans l’année, mais à part ça, ce sera surement fantastique…

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