[La Quotidienne de Moneyweek – 16/03/2010]

Moody’s prévoit des défis quant à leur notation pour les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne, nous apprend le Wall Street Journal. Des défis donc mais pas de dégradation immédiate. Pauvre Cassandre. Elle avait prédit la chute de Troie, mais en vain, car personne ne l’avait jamais cru. Même avec les armées de Ménélas et d’Agamemnon sous les murailles de la cité.

Les Cassandres sont de moins en moins nombreux ces derniers temps. Il y a nous, bien entendu, mais aussi Nouriel Roubini, comme nous l’apprend Le Monde : « A Wall Street, l’économiste vedette Nouriel Roubini – l’un des rares à avoir vu venir la crise – se trouve affublé du surnom de ‘Dr Doom’ (Dr Fatalis), un personnage de « super-vilain » des comics de Marvel. De fait, M. Roubini n’annonce que très rarement des bonnes nouvelles aux Américains. »

« Cette semaine encore son cabinet d’experts, Roubini Global Economics (RGE), indique que ‘l’économie américaine va s’affaiblir’. Que les ménages vont rester déprimés. Bref, que la reprise attendue et espérée prendra inévitablement la forme d’un W et non d’un V. Et qu’elle entraînera ainsi toute l’économie mondiale dans une grande apathie. »

Moody’s se place clairement dans le camp des optimistes – ou des aveugles. A vrai dire, l’agence de notation n’a pas beaucoup de mérite : c’est elle qui fait les notations. Dans la suite de ce que nous vous disions hier dans la Quotidienne, le rapport publié par Moody’s démontre une fois de plus l’inutilité totale des agences de notation. Que le bon peuple se rassure, Moody’s accorde sa confiance aux quatre grands Etats dotés du fameux AAA.

Pour ne pas paraître complètement à côté de la plaque, Moody’s admet bien que les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne vont être confrontés à la délicate nécessité de réduire leurs dépenses pour réduire les déficits et ne pas voir leur notation se faire dégrader.

Sans vouloir tomber dans le complot anglo-saxon à toutes les sauces, la conclusion de Moody’s nous laisse assez sceptique : parmi les quatre principaux Etats AAA, la France est celui qui a le plus de risque de se voir dégrader dans les années qui viennent… A MoneyWeek, nous aurions mis notre main à couper que les Etats-Unis auraient dû se voir décerner ce prix peu envié – d’autant plus que le pays accumule déficit record sur déficit record.

Mais après tout, la France sera peut-être le prochain à faire faillite…

Voici ce qu’en dit Philippe Béchade dans La Chronique Agora : « Le service de notre dette nous coûte actuellement 3,1 points de PIB : c’est peut-être beaucoup mais cela pourrait être bien pire… et Fitch ou Moody’s n’auront pas manqué de relever que ce taux est déjà deux fois plus élevé que la croissance attendue en 2010 dans l’Hexagone (1,5% à 1,6%).

« Autrement dit, à moins d’alourdir sensiblement la pression fiscale et de diminuer fortement les dépenses sociales (comme en Grèce ou en Espagne), la situation budgétaire française va continuer de se détériorer d’ici la fin de l’année« . Vous êtes prévenu !

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