Les photos sont magnifiques, extraordinaires, il faut les regarder en faisant abstraction du reste, ne rester que sur l’esthétique… car si on se met à réfléchir on est tout de suite rattrapé par un certain malaise, une vision esthétisante et romantique du « bon et beau sauvage » que l’on retrouve dans d’autres travaux de l’écologiste Hans Sylvester. Quelque chose de vaguement louche qui perturbe la vision de ces magnifiques oeuvres d’art…

Le texte du commentaire est à lui seul parlant : « à des siècles de la modernité », « aux confins de… » « art ancestral »…  toujours la même vision romantique d’un « avant » qui serait « pur » et non « pollué » par la modernité.

Une constante du discours colonial : « Les nègres/arabes d’aujourd’hui (ceux qui nous font chier avec leurs revendications), c’est des dégénérés pervertis par la modernité…. tandis que les nègres/arabes d’avant, ceux qui vient loin dans la jungle/désert (et ne viennent pas nous empécher d’exploiter le minerai, couper les arbres etc…) eux ce sont des « vrais », des « purs »…. on retrouve ce discours en Israel avec la distinction « Arabes » (mauvais) et « Bédouins » (bons) ou encore en Nouvelle-calédonie avec les Kanak des villes (dégénérés) et les Kanak des tribus (vieux de préférence, les bons)…

Mais encore une fois, les photos sont très belles ! (Dov)

[Un truc qui est tombé dans notre boite mail – Décembre 2009]

Texte accompagnant les photos :

Les tribus de l’Omo. Aux confins de l’Ethiopie, à des siècles de la modernité, Hans Sylvester a photographié pendant six ans des tribus où hommes, femmes, enfants, vieillards, sont des génies d’un art ancestral. A leurs pieds, le fleuve de l’Omo, à cheval sur un triangle Ethiopie-Soudan-Kenya, la grande vallée du Rift qui se sépare lentement de l’Afrique, une région volcanique qui fournit une immense palette de pigments, ocre rouge, kaolin blanc, vert cuivré, jaune lumineux ou gris de cendres. Ils ont le génie de la peinture, et leur corps de deux mètres de haut est une immense toile. La force de leur art tient en trois mots : les doigts, la vitesse et la liberté. Ils dessinent mains ouvertes, du bout des ongles, parfois avec un bout de bois, un roseau, une tige écrasée. Des gestes vifs, rapides, spontanés, au-delà de l’enfance, ce mouvement essentiel que recherchent les grands maîtres contemporains quand ils ont beaucoup appris et tentent de tout oublier. Seulement le désir de se décorer, de séduire, d’être beau, un jeu et un plaisir permanent. Il leur suffit de plonger les doigts dans la glaise et, en deux minutes, sur la poitrine, les seins, le pubis, les jambes, ne naît rien moins qu’un Miro, un Picasso, un Pollock, un Tàpies, un Klee…