[Gregor Seither – IES News Service – 12/09/2009]
Nick George, étudie l’Arabe au Pomona College (Californie). Au retour des grandes vacances il s’apprêtait à rejoindre son université quand les haut-parleurs externes de son ordinateur, qu’il transportait dans son sac à dos, ont déclenché un contrôle lors de l’embarquement. En fouillant son sac, les contrôleurs sont tombés sur ses notes de cours… rédigées en Anglais et en Arabe. Cela lui a valu de passer un journée en prison et la remarque, par un agent du TSA, que « avoir des textes en Arabe dans un aéroport (la veille du 11 septembre), c’est vraiment de la provocation« . . .

Nick George reconnaît qu’il avait tout pour plaire au contrôleur de la Transport Safety Authority. Non seulement ses notes de cours étaient en Arabe, mais en plus il avait des tampons jordaniens dans son passeport, étant donné qu’il avait étudié un semestre à Amman. « Et comme je me sers d’Al-Jazira pour réviser mon vocabulaire, parmi mes 200 fiches de notes figuraient des mots comme « terrorisme » et « explosion »

« Je comprends bien que je puisse être remarqué lors d’un contrôle. Ils auraient du me faire passer dans une salle, me fouiller, vérifier que je suis un étudiant légitime, que je ne transportais rien d’illégal et me laisser repartir. » Mais ce n’est pas ce qu’à fait TSA, initiant au contraire une spirale kafkaienne d’hystérie sécuritaire.

Après avoir été retenu trois-quart-d’heures dans une pièce, une agente TSA est venu l’interroger. Sa première question a été de savoir ce que Nick pensait des évènements du 9/11.

« Est-ce que vous savez qui a organisé les attentats du 9/11? » a demandé la femme.

Nick lui a répondu que c’était Osama ben Laden. La femme lui a alors répondu d’un air arrogant : « Et quelle langue parle-t’il, Osama Ben Laden ? »

Peu de temps après, des agents de police sont arrivés et ont ordonné à Nick de se tourner afin qu’ils lui passent les menottes. « Je leur ai demandé à plusieurs reprises pourquoi on m’arrêtait, on ne m’a jamais répondu« . Il a été enfermé – toujours menotté – dans une cellule du poste de police.

« J’avais lu plusieurs articles de gens qui – arrêtés sans raison – avaient aggravé leur cas à cause de leurs protestations. J’ai donc décidé d’être un prisonnier modèle et d’attendre sagement qu’on vienne s’occuper de moi. »

Après plusieurs heures d’attente, toujours menotté, deux agents du FBI sont venus le chercher et l’ont fait asseoir dans une salle d’interrogation. « Ils étaient très polis. Ils voulaient savoir pourquoi j’apprenais l’Arabe alors que ma spécialité d’études était la physique. Pourquoi je m’intéressais au Moyen-Orient, pourquoi j’étais allé y vivre. Est-ce que quelqu’un m’avait proposé de rejoindre un groupe terroriste. Est-ce que j’étais « islamique » ou bien est-ce que, dans le cadre de mes études, j’avais rejoint des groupes « islamiques » ou bien « communistes » (sic).

Le FBI a également expliqué plus tard, interrogé par la presse, que ce qui avait attiré l’attention des « filtreurs » était le « comportement suspect » de Nick George. Les notes en Arabe, sa carte d’étudiant de l’université d’Amman avec son nom écrit en Arabe et en Anglais… tout cela le rendait suspect.

Mais aussi le fait que, sur la photo de son permis de conduire, il avait les cheveux longs alors que maintenant il les portait courts. Pour le Lieutenant Louis Liberati, du FBI, « Ca c’est un indicateur d’une personne qui a pu passer par une phase de radicalisation et qui tente de le dissimuler« . Un autre élément suspect : « il était trop poli, il ne s’est pas énervé, il n’a presque pas protesté » a expliqué Liberati. « Comme s’il ne voulait pas attirer l’attention. C’est louche« .

« Ils m’ont expliqué que leur travail était plus intuitif que scientifique. » raconte Nick George. « Que leur travail était d’évaluer si je posais un danger ou pas et que, dans mon cas, il avaient finalement décidé que je ne posais pas de danger« .

C’est ainsi que, plusieurs heures après avoir voulu prendre son avion, Nick George a été libéré. En repartant, il a croisé la femme agente du TSA qui l’avait interrogé au départ. « Elle m’a dit, d’un air réprobateur, que je n’avais qu’à m’en prendre à moi-même. Venir dans un aéroport, avec des papiers écrits en Arabe, c’était une provocation… »