[Philippe Randa – 22/08/2009]

On le sait, l’Afghanistan a été « libéré » voilà 8 ans par les États-Unis d’Amérique et leurs alliés, à tel point que 100 000 militaires y sont encore stationnés sous la bannière de l’Otan. Mais quelle idée saugrenue a-t-on eu d’y imposer une élection présidentielle quelques semaines à peine après celle organisée dans l’Iran voisin, pays opprimé par les mollahs et leur extrémiste de président Mahmoud Ahmadinejad ?

De mauvais esprits ne pourraient en effet que comparer le déroulement de ces deux élections ainsi que leur traitement par la presse occidentale. Et de se demander de façon fort inopportune pour quelle étrange espèce de canards sauvages certains prendraient ainsi les enfants du suffrage universel que nous sommes.

En Iran, on n’a cessé de nous l’expliquer en long, en large et en CNN, les élections ont été truquées. Forcément truquées. La preuve par la défaite avec avec 13 216 411 voix (33,75 %) d’Hossein Moussavi, candidat choisi par les Occidentaux face au président sortant. Sortant et donc réélu sur fond de trucage électoral portant sur quelques 24 527 516 (62,63 %) des suffrages exprimés (dont seulement 409 389 ont été invalidés).

Près de onze millions de voix d’écart, ça fait tout de même une sacrée fraude à organiser et beaucoup de paire de chaussettes où dissimuler des bulletins si les Mollahs se sont inspirées pour l’occasion de la « french touch perpignanaise ».

Quoiqu’il en soit, Mahmoud Ahmadinejad est un tricheur et son opposant une victime, c’est entendu et honni soit qui en douterait. D’où l’organisation de manifestations des partisans d’Hossein Moussavi dans les rues de Téhéran, ce qui est tout de même la preuve d’un terrible courage… ou d’une inconscience rare… sous un régime présenté comme une terrible dictature.

Bien sûr, les manifestants ont été quelque peu malmenés par ce régime honni de tout démocrate qui se respecte. Et les médias de dénoncer des semaines durant cette parodie de démocratie qui a culminé non pas avec les arrestations et les victimes des émeutes, mais avec le procès de la française Clotilde Reiss obligée désormais de croupir dans les infâmes salons feutrés de notre ambassade à Téhéran.
Dont acte.

En Afghanistan, c’est tout le contraire. La récente élection présidentielle sous protection militaire et policière a été présentée comme un succès démocratique sans précédent. Le président Obama a salué comme il se doit « cette élection (…) conduite sous la direction du peuple afghan » (Sic !) « En fait, il s’agissait de la première élection organisée par les Afghans en plus de trois décennies » (re-sic !)… et d’ajouter : « Nous avons hâte de renouveler notre partenariat avec le peuple afghan sous le nouveau gouvernement. »

Un partenariat fort de quelques 68 000 soldats à la bannière étoilée qui stationneront dans cette « démoyankeecratie » d’ici la fin de l’année « pour aider le gouvernement afghan à faire face à l’insurrection des talibans et pour continuer à chasser les membres du réseau Al-Qaïda. »
Il faut dire que depuis la chute du régime taliban fin 2001, « les violences liées à l’insurrection ont atteint un niveau sans précédent » (www.france24.com). Huit ans d’échecs notoires, dans ce cas.

Car tout ne va décidément pas au mieux dans ce pays où les droits américains de l’homme ne rencontrent pas tout l’engouement espéré ; d’abord, si les talibans ont « échoué à torpiller les élections (et malgré le) provisoire succès sécuritaire de l’Otan, la participation semble avoir été très faible, en contraste avec celle des élections de 2004» (Le Figaro/ du 21 août).

Faible est un euphémisme, puisque l’on compte près de 2 millions d’électeurs en moins (5 millions contre 7) ; on atteindrait ainsi péniblement 50 % de participation avec presque un tiers d’électeurs en moins.

Mais le plus cocasse reste néanmoins que la victoire est revendiquée par les deux principaux candidats, soit le président sortant Hamid Karzaï et l’ancien ministre des Affaires étrangères Abdullah Abdullah qui assurent chacun être en tête de l’élection présidentielle !

Tout en revendiquant la victoire, Abdullah Abdullah parle toutefois de « bourrage des urnes », de « menaces contre les organisateurs et les observateurs des élections », de « représentants gouvernementaux usant et abusant de leur pouvoir contre les autres candidats » que Karzaï. Ces irrégularités ont touché diverses provinces de l’arc sud-est, mais « cela a été surtout évident à Kandahar, plus que nulle part ailleurs », affirme-t-il.
À l’entendre, on se croirait… en Iran !

On attend avec inquiétude maintenant les réactions après la proclamation officielle des résultats. Gageons, toutefois qu’il y a peu de risques qu’on assiste à la moindre manifestation de colère des partisans du perdant dans les rues de Kaboul. Les GI’s y veilleront.
C’est que l’Afghanistan libéré n’est pas l’Iran opprimé, cela va s’en dire et même sans voter !

http://www.philipperanda.com