juillet 2009



Le jour où le président est (re)devenu Noir
(Mais est-il revenu à lui même?)

[Greg Palast – The Huffington Post – 29 juillet 2009 – Trad. Gregor Seither]

Aille ! Aille ! Aille ! Il s’est fourré dans de beaux draps ! Pendant un bref instant, devant les caméras de télévision, le Président des Etats-unis est devenu Noir !

La semaine dernière, quand son pote « Skip » Gates s’est fait embarquer par les flics pour avoir osé être Noir dans un quartier huppé de Boston, Barack Obama a oublié son rôle officiel: celui du pacificateur des consciences américaines qui leur raconte la belle histoire comme quoi son élection marque la fin du racisme aux USA.

Au lieu de cela, Obama, ce Président qui se donne un mal énorme pour toujours paraître ne pas choisir de camp, s’est effacé devant Barack, le sénateur radical du ghetto de South Side à Chicago, qui nous a rappelé que les flics embarquent tout le temps des Négros, juste pour les faire chier et leur montrer qui est le « mac » dans la rue.

Je me souviens soudain qu’il n’y a pas si longtemps [NdT. en 1992] que nous avons vu une bande de petites frappes en uniforme de police de Los Angeles s’acharner avec une violence inouïe sur un homme à terre, les mains menotées dans le dos: Rodney King, un Noir, un « Africain-Américain » si vous préférez. La seule chose inhabituelle dans le passage à tabac de Rodney King est que – cette fois là – il s’est trouvé quelqu’un pour le filmer et montrer la vidéo au monde. Des violences policières comme celles-là, il s’en produit des milliers, chaque nuit, à travers le pays.

Oui, je sais: nous avons parcouru un sacré chemin depuis. Les choses ont changé. Obama a gagné, Jessie a pleuré [NdT. Jesse Jackson – président du lobby antiraciste NAACP], Beyoncé a lancé sa propre marque de parfum et Tiger Woods joue dans des clubs où, il y a encore 30 ans, on aurait refusé de le servir.

Je suis content pour eux.

Mais que pensez vous du cas de Robert Pratt, M. le Président?

Pratt, travailleur dans l’industrie automobile, est père de cinq enfants et paye chaque mois 1 100 US$ en traites pour rembourser sa maison de Detroit – alors que celle-ci ne vaut même plus 40 000 US$. Si ses traites sont astronomiques, c’est parce qu’il paye 11% de taux d’intérêt, soit le double de la moyenne nationale. Avec un plan de financement pareil, il est quasiment certain de ne pas pouvoir rembourser et de bientôt se retrouver à la rue.

Comment en est-on arrivé là ? Pratt, dont nous avons suivi le cas dans le cadre d’une étude, a été « orienté » vers un prêt immobilier à taux « subprime » par la banque Countrywide Financial. « Orienté » est une façon polie de dire qu’on force les gens à accepter des prêts à des conditions usuraires. Et quand je dis « des gens », je ne dis pas n’importe quels gens : je dis des Noirs, comme M. Pratt. Plus de 60% des personnes Noires qui on déposé ou déposent un dossier de crédit ont été (et le sont encore) orientés vers des contrats « subprime » aux taux prédateurs.

Selon une étude exhaustive menée par le « Federal Reserve Board » et le « Center for Responsible Lending » (CRL), les Africains-Américains sont 250 plus susceptibles d’obtenir un crédit doté d’un taux « explosivement variable » que des emprunteurs à la peau blanche. Et ne venez pas nous dire que c’est parce que les Noirs sont généralement plus pauvres que les Blancs : l’étude à montré que plus on monte dans l’échelle des revenus et plus le « credit rating » est élevé, plus la discrimination devient marquante.

[NdT. Selon une étude de l’Université de Tufts, basée sur l’analyse de 28 000 dossiers dans les grandes et moyennes villes U.S., il apparaît que, à revenu et notation égales, un cadre supérieur Noir qui demande un crédit immobilier à sa banque a 250 fois plus de chances de se retrouver avec un crédit « subprime » à taux usuraire « explosif » qu’un cadre supérieur Blanc tout aussi riche et bien noté.]

En tant qu’économise, je peux vous dire sans la moindre exagération que l’échec d’Obama de se confronter à la question du racisme endémique au sein du système financier est entrain de tuer tout espoir dans le redressement économique de ce pays. Selon les études de la CLR, les « crédits à taux explosifs » qui ont majoritairement touché les communautés Noires et Hispaniques, sont à l’origine de la dévaluation de 40,2 millions d’autres propriétés, qui ont perdu leur valeur commerciale à cause de leur proximité avec des maisons qui ont été saisies et vendues aux enchères, saturant le marché immobilier.

Et malgré cela, nous n’avons pas entendu le moindre commentaire de la part de l’Administration Obama visant à mettre fin à ces pratiques de crédit dignes du Ku Klux Klan, des pratiques ciblées qui ont dévasté les quartier Noirs et ont emporté une grosse partie des valeurs immobilières de l’Amérique Blanche avec elles.

[NdT. Selon l’observatoire des prix immobiliers, dans les grandes villes comme Detroit et Chicago, dans certains quartiers, 3 maisons sur 5 sont abandonnées et ont perdu 90 à 95% de leur valeur y compris foncière. Cela dépasse les dommages causés par le cyclone Katrina à une ville comme New Orleans]

Au lieu de cela, le directeur de cabinet d’Obama, Rahm Emanuel, a été l’invité d’honneur du Directoire de JP Morgan, groupe bancaire propriétaire d’un des pires prédateurs financiers à l’origine de la crise, Washington Mutual. Comparé à Morgan/WaMu, et ses magouilles de crédit fortement teintées de racisme, le commissariat de police de Cambridge [NdT. Où a été arrêté le professeur Gates] pourrait passer pour une annexe de SOS Racisme [NdT. aux USA, le NAACP est une puissante association de lobbying anti-raciste et anti-discriminatoire].

(Et de fait, les hôtes de Rahm Emmanuel, la banque JP Morgan a été trainée devant les tribunaux la semaine dernière par le NAACP qui l’accuse de « racisme systématique et institutionnalisé dans l’attribution de ses crédits immobiliers »).

La vérité toute nue est que les attaques financières contre la communauté Noire se poursuivent, avec la même intensité, sous Obama comme sous Bush, malgré le pouvoir dont dispose Obama qui lui permettrait d’interdire la pratique des taux usuraires aux banques recevant des fonds de soutien de la part du gouvernement. Obama a ordonné à la FDIC de garantir les emprunts de JP Morgan, permettant à la banque d’économiser 3,1 milliards US$. Obama a également ordonné à la FDIC de garantir à M. Pratt… euh… de « ne pas perdre espoir ».

Et qu’en est-il de Thomas Johnson, M. le Président?

Johnson est un pasteur de l’église protestante qui vit en Floride. En 2000 il a été privé de son droit de vote, en même temps que 94 000 autres électeurs – tous accusés à tort d’être des délinquants privés de leurs droits civiques. La plupart de ces innocents victimes d’un déni de justice sont Noirs, y compris notre pasteur. Comment je sais cela ? Parce que j’ai vu la liste de ces « délinquants interdits de vote » établie par les autorités de l’Etat de Floride, et que à côté de leurs noms, une main zélée avait pris la peine de noter « BLA » [NdT. pour « Black », Noir, la communauté Noire étant un réservoir de votes traditionnel du Parti Démocrate, les Républicains ont tout fait pour purger au maximum les listes électorales dans les districts traditionnellement acquis aux candidats démocrates – voir les extraits de « Armed Madhouse » sur ce site (liens en bas de page)]

Quand j’ai enquêté sur cette affaire, un de mes journalistes – je ne le nommerais pas parce que sa réaction est tellement typique d’une certaine mentalité – m’a demandé pourquoi le pasteur Johnson, qui, je vous le rappelle, est Noir, n’a pas tapé du poing sur la table et EXIGE qu’on lui restitue son droit de vote injustement privé. Johnson n’est pas professeur à Harvard, il n’a pas la ligne directe du Président dans les favoris de son téléphone portable.

Mon journaliste, à la peau très blanche, fraichement émoulu de l’université de Yale, assis dans son bureau de San Francisco, n’arrivait pas à imaginer ce qui risquerait d’arriver si un pasteur Johnson, à la peau noire, s’était permis de faire un scandale dans un bureau de vote du Conté d’Alachua, au plus profond du Sud Profond. Notre pasteur a eu l’intelligence de ne pas prendre modèle sur « Skippy Gates » et s’est bien gardé de se montrer défiant envers les autorités locales: après tout, il y a seulement quelques mois, les flics d’Alachua ont déchargé leurs Tasers sur un homme Noir désarmé, « qui troublait l’ordre public », avant de lui loger sept balles dans la peau et de le tuer.

Bien sûr, vous allez me dire que la privation inique du droit de vote de M. Johnson est « une histoire qui date de l’An 2000. » Aujourd’hui c’est différent, nous sommes en 2009, nous sommes entrés dans l’ère « post-raciale ».

Mon cul, oui.

Lors des élections de l’an dernier, la Floride ne s’est pas privée de pratiquer la purge des liste électorales sur des critères racistes et électoralistes, interdisant à des milliers d’électeurs Noirs et Hispaniques de se rendre aux urnes à travers l’instauration d’une nouvelle loi limitant les documents d’identité valables pour pouvoir voter [cf Real ID].

Rien que cette nouvelle loi aura permis d’écarter tellement de Noirs et de Bronzés des urnes que les ségrégationnistes « Jim Crow » des années 1950 auraient applaudi des deux mains. (Je vous renvois à l’enquête, « Block the Vote » que j’ai réalisé avec Bobby Kennedy, paru dans l’édition d’octobre 2008 de Rolling Stone – [NdT : disponible sur L&I : COMMENT VOLER UNE ÉLECTION ?
https://libertesinternets.wordpress.com/2008/10/27/comment-voler-une-election/]

Et pourtant, l’Administration Obama ne semble pas être très pressée à invalider ces pratiques électorales dignes d’un Bull Connors [NdT : chef raciste de la police de Birmingham lors de la campagne pour les droits civiques de Noirs en 1963  – également membre important du Ku Klux Klan et responsable local du Parti Démocrate (sic)].

POISON
Ce que je veux dire c’est que le poison du racisme structurel en Amérique continue à nous rendre tous malades, dans notre économie, dans nos bureaux électoraux, dans nos écoles (ne me lancez pas sur ce sujet…), dans notre système de sante, dans… choisissez un domaine au hasard, ils sont tous affectés.

Oui, bien sûr, moi aussi je me suis joint à la Parade de l’Espoir, moi aussi j’ai voté pour Obama, en espérant qu’il y aurait au moins ce changement là : une attaque directe contre les derniers bastions de politiques et pratiques racistes qui subsistent encore dans nos administrations et autorités tant locales que nationales. J’attends encore.

Cela a été un moment fort de voir apparaître – même brièvement – un homme Noir derrière le pupitre marqué du sceau présidentiel.

Malheureusement, si Obama s’est faché et a exigé que la loi s’applique à tous, sans distinction, il lne l’a pas fait pour défendre un Noir. Non, il l’a fait parce que cette fois ci le fouet s’était abattu sur une personne comme lui, quelqu’un de son milieu, quelqu’un dont le statut professionnel et la classe sociale leur faisait croire qu’ils étaient désormais à l’abri des insultes et vicissitudes quotidiennes que doivent affronter leurs « frères » moins privilégiés.

On a tellement insisté sur le fait que Gates était professeur à Harvard qu’à la fin on avait l’impression que la raison du scandale était que « il n’est pas admissible de menotter un homme Noir QUI EST PROFESSEUR A HARVARD ».
Il ne s’agissait pas d’une violence raciste, il s’agissait d’une violation des règles du privilège de classe, qui ne connait pas de distinction raciale.

On ne ressent pas en Amérique – et tout particulièrement dans le Bureau Ovale de la Maison Blanche – le moindre frémissement de colère ou d’indignation face aux cruautés endémiques et systématiques, qui sont infligées chaque jour à des citoyens Noirs comme Pratt and Johnson, des citoyens qui ont le malheur de ne pas être membres du Club des anciens élèves de Harvard.


Greg Palast, expert financier et en règlementation, est l’auteur de « Armed Madhouse: Strange Tales and Sordid Secrets of a White House Gone Wild » – dont de larges pans ont été traduits ici [voir ci-dessous]. Ses documentaires d’investigation réalisés pour BBC Television et Democracy Now viennent de paraître en DVD sous le titre: Palast Investigates : From 8-Mile to the Amazon, on the Trail of the Financial Marauders.
Visitez son site pour recevoir ses enquêtes (en anglais) : http://www.GregPalast.com

Textes de Greg Palast sur Libertes & Internets :

Sur la question des élections : extraits traduits de « Armed Madhouse »

COMMENT LE PARTI RÉPUBLICAIN VA TRUQUER LES ÉLECTIONS DE 2008…
https://libertesinternets.wordpress.com/2008/01/08/greg_palast_the_theft_of_2008/

U.S.A. : COMMENT EMPÉCHER LES ÉLECTEURS DU PARTI DÉMOCRATE DE VOTER ?
https://libertesinternets.wordpress.com/2008/01/09/usa-comment-empecher-les-electeurs-du-parti-democrate-de-voter/

ELECTIONS USA : COMMENT FAIRE DISPARAÎTRE SIX MILLIONS D’ÉLECTEURS… SURTOUT LES BASANÉS
https://libertesinternets.wordpress.com/2008/01/13/elections-usa-comment-faire-disparaitre-6-millions-delecteurs/

COMMENT VOLER UNE ÉLECTION ?
https://libertesinternets.wordpress.com/2008/10/27/comment-voler-une-election/

GREG PALAST : EN MATIÈRE D’ÉLECTIONS LES ETATS-UNIS SONT UNE RÉPUBLIQUE BANANIÈRE
https://libertesinternets.wordpress.com/2008/10/16/greg-palast-en-matiere-delections-les-etats-unis-sont-une-republique-bananiere/

Sur le Vénézuéla

L’ASSASSINAT DE HUGO CHAVEZ : CLÉS POUR COMPRENDRE
https://libertesinternets.wordpress.com/2007/11/23/lassassinat-de-hugo-chavez-cles-pour-comprendre/

VENEZUELA : L’ASSASSINAT D’HUGO CHÁVEZ, PAR GREG PALAST.
https://libertesinternets.wordpress.com/2008/01/04/venezuela-l%e2%80%99assassinat-d%e2%80%99hugo-chavez-par-greg-palast/

Autres textes :

VOLER LES RETRAITES DES OUVRIERS POUR RENFLOUER LES BANQUES ? AVEC OBAMA C’EST POSSIBLE !
https://libertesinternets.wordpress.com/2009/06/03/voler-les-retraites-des-ouvriers-pour-renflouer-les-banques-avec-obama-cest-possible/

EXXON VALDEZ : JOHN MCCAIN SE COUCHE DEVANT LES PÉTROLIERS, AU POINT D’EN TRAHIR SES PROPRES LOIS QU’IL A FAIT VOTER…
https://libertesinternets.wordpress.com/2008/03/23/exxon-valdez-john-mccain-se-couche-devant-les-petroliers-au-point-den-trahir-ses-propres-lois-quil-a-fait-voter/

GREG PALAST : COMMENT WALL STREET A LIQUIDÉ ELIOT SPITZER POUR POUVOIR CONTINUER SES PETITS BIZNESS
https://libertesinternets.wordpress.com/2008/03/17/greg-palast-comment-wall-street-a-liquide-eliot-spitzer-pour-pouvoir-continuer-ses-petits-bizness/

L’ORDINATEUR MAGIQUE DE RAUL REYES, NUMÉRO DEUX DES FARC
https://libertesinternets.wordpress.com/2008/03/11/lordinateur-magique-de-raul-reyes-numero-deux-des-farc/

L’HISTOIRE D’AMOUR OUBLIEE ENTRE HILLARY CLINTON ET PERVEZ MUSHARRAF
https://libertesinternets.wordpress.com/2007/11/22/lhistoire-damour-oubliee-entre-hillary-clinton-et-pervez-musharraf/

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[Gregor Seither – IES News Service – 26/07/2009]
Il y a environ deux semaines, l’Administration Obama a rendues publiques environ 1 000 photos prises par les satellites espions de l’Armée U.S. au-dessus de l’Arctique et jusqu’ici censurées par l’Administration précédente.

Ces photos avaient été prises dans le cadre d’un programme de recherche scientifique qui permet aux chercheurs de demander et d’obtenir des prises de vues faites par les satellites de surveillance militaire. L’Administration Bush avait autorisé les chercheurs à consulter les photos mais avait interdit leur publication.

Pour Jeff Huber, de l’Académie Nationale des Sciences, « il est probable que ces photos allaient trop à l’encontre de la vulgate préchée par les lobbies industriels à Washington, qui veut que rien n’est certain en termes de réchauffement climatique et qu’il est urgent d’attendre avant de faire quoi que ce soit qui puisse déranger les industriels… ou les frapper au portefeuille. »

L’Administration Bush est déjà accusée d’avoir fait disparaître plusieurs rapports scientifiques dénonçant l’impact environnemental d’une exploitation pétrolière et minière dans les zones du Grand Nord… une exploitation que les lobbies et amis du président Bush ne cessent de réclammer. « Ne rien faire qui pourrait facher les amis industriels et financiers qui forment l’équipe de Bush » précise Jeff Huber.

Au début du mois, la National Academy of Science a conseillé à la nouvelle administration de « déclassifier » ces photos, ce qui a été fait le jour même. L’attention de la presse a été attirée sur ces documents à cause de la publication, hier, par le Guardian, de la photo suivante, qui est assez frappante. Il s’agit des glaces au large de la ville de Barrow, en Alaska, prises lors de l’été 2006 et l’été 2007 :

Photo censurée par l'Administration Bush montrant le recul des glaces arctiques

Photo censurée par l'Administration Bush montrant le recul des glaces arctiques

Mais bien d’autres images tout aussi dérangeantes sont désormais consultables sur le site de la « Global Fiducials Library » de l’institut de recherche géologique U.S. <http://gfl.usgs.gov/ArcticSeaIce.shtml>.

Voici , par exemple, l’évolution, sur six ans, des glaces dans la Mer de Beaufort :

Photo censurée par l'Administration Bush montrant le recul des glaces arctiques

Photo censurée par l'Administration Bush montrant le recul des glaces arctiques

Ou encore, la preuve du recul important du Glacier de Béring (dont le lobby industriel veut nous faire croire qu’il avance en fait) :

Recul du Glacier de Béring

Recul du Glacier de Béring


[Maria Carmen Sarmiento – Ligue des Droits de l’Homme d’Amérique centrale – 18/07/09 – Trad. Gregor Seither]

Le 10 juillet, dans un article du Los Angeles Times se voulant « raisonnable et raisonné » Miguel A. Estrada parle d’un « non-coup d’état » au Honduras, et justifie le renversement militaire du président Zelaya par des arguments constitutionnels. Cet avis « informé » a été repris par de très nombreuses publications favorables aux putchistes et est depuis systématiquement citée comme étant « la preuve » ou « la référence » que le coup d’état était légal. Il a encore été cité hier soir par un commentateur de droite sur la chaine de télévision MSNBC afin de clouer le bec à une personne soulignant le caractère antidémocratique du coup d’état.

Estrada s’abrite derrière le paravent linguistique en conseillant aux détracteurs des putschistes de lire la Constitution du Honduras ainsi que d’autres textes légaux avant de juger la situation. L’intelligentsia U.S. (et les contributeurs aux forums de droite aux U.S.) n’étant pas très versée dans la langue espagnole, personne n’a pris la peine de se coltiner ces textes difficiles et préfère s’appuyer sur l’avis « informé » d’Estrada. Après tout, s’il le dit, c’est que ça doit être vrai, non ? Inutile d’aller vérifier.

Pour notre part, dans notre équipe, nous sommes hispanophones et avons fait des études de droit. Alors nous sommes allés consulter les documents de la Cour Suprême justifiant le coup d’état, la constitution du Honduras ainsi que les articles du code pénal et de la législation traitant des référendums et autres consultations populaires. Nous nous sommes également mis en contact avec plusieurs experts latino-américains sur la question ainsi que des collègues journalistes.

La conclusion qui s’impose est que, sur la base des informations publiées par la Cour Suprême elle même, l’argument légal justifiant le renversement de Zelaya est si tenu, tellement basé sur une manipulation linguistique, qu’il ne résiste pas à une étude approfondie.

Sur la base légale, ni la Cour Suprême ni le Congrès hondurien n’avaient le pouvoir de renverser le président élu, par contre ils auraient eu le pouvoir d’ordonner son arrestation pour conduite criminelle et de le juger par une cour spéciale composée de magistrats de la Cour Suprême. Au lieu de cela, les juges ont autorisé les putschistes à mettre Zelaya dans un avion et à le déporter, en contradiction avec le mandat d’amener qu’ils avaient eux-mêmes édictés. De toute évidence, la Cour Suprême n’avait aucune envie de juger Zelaya, elle voulait simplement qu’il débarrasse le plancher, au mépris du droit le plus basique.

MAIS VOYONS LES ARGUMENTS EN DÉTAIL :

Pour commencer, le président Zelaya n’a pas, comme l’affirme un peu partout la presse, convoqué un référendum. Il a ordonné une « encuesta« , une « enquête d’opinion publique » en vue de savoir si la population était d’accord pour qu’une convention constitutionnelle soit convoquée. Le titre officiel de cette consultation était d’ailleurs « Encuesta de Opinión Pública Convocatoria Asamblea Nacional Consituyente » et elle avait été confiée à l’Institut National de la Statistique par le biais d’un questionnaire. Il ne s’agissait donc pas d’un référendum avec urnes et bulletins de vote.

Dans son article souvent cité, M.A.Estrada prétend que le décret instituant ce « referendum » était illégal étant donné qu’il faut « une majorité des deux tiers du congrès pour convoquer un référendum« . Cet argument est faux, le congrès n’a pas autorité sur la convocation d’un référendum, uniquement sur les modalités de son organisation. La règle des deux tiers ne s’applique qu’à certains amendements « protégés » par la Constitution et qui ne peuvent être changés autrement.

La « Loi de Participation Citoyenne » votée en 2006 (entre autres par le putschiste Micheletti) donne tout pouvoir au président Zelaya avait tout pouvoir pour convoquer un référendum. L’opposition au Congrès en était d’ailleurs pleinement consciente : moins d’une semaine avant le démarrage de l’enquête d’opinion publique, le Congrès a passé une loi interdisant les référendums et plébiscites dans une période de 180 jours précédant une élection. Mais la loi ne mentionne nulle part les enquêtes d’opinion (« encuestas ») et pour cause, étant donné qu’une telle interdiction violerait la liberté de la recherche scientifique, qui fait partie des secteurs protégés dans la Constitution. Zelaya n’était donc nullement dans l’illégalité.

M.A. Estrada poursuit en affirmant que “l’article 239 stipule clairement que tout président qui entreprend une action pour assurer sa réélection doit immédiatement cesser ses fonctions« . Cet argument est tellement fantaisiste que les documents de la Cour Suprême en faveur du putsch ne mentionnent nulle part l’article 239… et à aucun moment dans le débat politique qui a précédé le putsch le président Zelaya n’a fait référence à sa réélection.

Saisissant la faiblesse de son argumentation, le camp des « pro putschistes », y compris certains grand quotidiens occidentaux, affirme que “la motivation probable derrière ce référendum était de modifier la constitution et donc de s’en prendre aux libertés du peuple hondurien.” Si le fait de vouloir modifier la constitution est attentatoire aux libertés, comment se fait il que ce document ait été modifié plus de 150 fois ces 22 dernières années, la dernière version officielle datant de 1982. Parmi les supporters de Micheletti, nombreux sont ceux qui ont voté ces modifications.

De toute façon, la question de l’extension de la durée du mandat présidentiel et de la réélection n’aurait pu être soulevée lors de la convention constitutionnelle éventuellement convoquée, étant donné que – au moment de la convocation – l’ancienne constitution aurait toujours été en vigueur.

Par ailleurs – et encore une fois, la presse occidentale fait systématiquement l’impasse sur ce point – le président Zelaya n’aurait même plus été en fonction au moment de la convention, étant donné que son mandat s’achève en Novembre 2009.

Dans le cas où le referendum proposé aurait exclu les articles qui – comme le souligne correctement M.A. Estrada – ne peuvent être modifiés, alors ce referendum aurait été parfaitement légal. Or rien dans le documents et déclarations de Zelaya ne laisse penser le contraire.

Il est intellectuellement malhonnête de justifier le coup d’état en accusant Zelaya d’actions qu’il n’a jamais engagées et dont il n’existe aucune preuve qu’il les ait même seulement envisagées.

Qu’un propagandiste partisan se permette ce genre de pirouette n’est pas surprenant, mais quand il s’agit de juristes et des garants des libertés constitutionnelles, la chose est plus grave. On s’interroge sur les motivations véritables derrière ce genre d’arguments fallacieux.

Ainsi, à la page 80-81 du dossier de la Cour Suprême on lit une argumentation assez hallucinante. Sans proposer la moindre référence constitutionnelle, la Cour affirme que – au moment de son arrestation par les militaires putschistes encagoulés, il était « communément admis » que Zelaya avait forfait son titre de Président et qu’il ne pouvait donc prétendre à la protection que lui confère ce titre. L’article 416 du code pénal hondurien prévoit en effet que, en cas de « conduite criminelle », le président de l’état peut être arrêté et amené devant une cour spéciale, composée de magistrats de la Cour Suprême, où il pourra défendre son cas avec toutes les protections légales requises. Aucune de ces garanties légales ne sera accordée à Zelaya étant donné que – par ses actions supposées – il se serait lui même « auto-destitué »… on croit réver !

Se débarrassant de leur responsabilité par une pirouette digne du meilleur casuiste, les magistrats de la Cour Suprême ont ordonné son arrestation secrète et ont confié son cas à un tribunal pénal courant, l’accusant de trahison, usurpation de pouvoirs, non-respect des décisions de la cour ainsi que d’autres crimes. L’armée a ensuite violé le mandat d’amener du tribunal et – au lieu de le livrer à un juge –  a fourré Zelaya dans un avion, le forçant à l’exil – et l’aidant en quelque sorte à fuir la justice. Cette dernière action est en elle-même déjà un crime. L’un des généraux putschistes l’a reconnu plus tard mais a expliqué que « l’urgence du moment le commandait ». L’urgence du moment ? Le but n’était donc pas de « sauver l’ordre constitutionnel » mais tout simplement de se débarrasser de Zelaya au plus vite.

Inutile de jouer avec les mots, le putsch n’a pas d’autres motivations que politiques. Manuel Zelaya est devenu un troublion dans le jeu politique Hondurien. Il a augmenté le salaire minimum contre l’avis de l’oligarchie qui l’a mis au pouvoir. Il est allé faire ami-ami avec Hugo Chàvez et Rafael Correa, deux noms qui sont vomis par la bourgeoisie latina de son pays. Et quand il est entré en conflit avec l’armée – qui est totalement sous l’influence du « Southern Command » de l’Armée U.S. – il a osé les remettre à leur place et envoyer le chef d’état major à la retraite. Enfin il a fait un doigt d’honneur à l’armée U.S elle même en insistant pour réaliser son projet d’aéroport civil sur la base militaire de Soto Cano, une base qui est une des pièces maitresses du dispositif d’intervention militaire des Etats-unis dans la région. Tout cela en faisait un candidat au renversement. Quand on est président d’un pays qui vit à 80% de l’aide U.S. et des transferts de la diaspora du « Norte », on regarde où on met les pieds… c’est aussi cela l’erreur d’Hugo Chavez, que d’avoir poussé son « ami » Zelaya à y aller franchement. Un peu plus de tact aurait probablement été plus constructif… mais le tact et Hugo Chavez, cela fait deux.

La seule surprise provient pour une fois de Washington. Il est probable que le renversement de Zelaya a été envisagé par la bourgeoisie hondurienne au moins depuis 2006 et que les néo-conservateurs au pouvoir à Washington ont plus ou moins approuvé l’opération – obsédés qu’ils le sont par l’influence grandissante de Chavez dans la région et prêts à tout pour le stopper. Mais entre temps l’administration a changé, et Barack Obama n’est clairement pas ravi d’avoir à soutenir, tout de go, une opération politique qui va totalement à l’encontre de sa stratégie affichée. En même temps, il ne peut ignorer l’appareil politico-militaire qui l’entoure et son obsession anti-chaviste. Cela explique la timidité de sa réaction, alors que, en 2002, Washington avait été parmi les premiers à féliciter les putschistes qui avaient – brièvement – renversé Hugo Chavez.

Aujourd’hui le Honduras est au bord de la guerre civile. Seuls les Etats-unis peuvent trouver une issue à cette situation. En attendant, cessons de justifier l’injustifiable à l’aide de manipulations médiatiques et d’arguties juridiques.


Il faut bien désigner quelques « classes dangereuses » à la vindicte du populo, si on veut lui faire avaler la pilule des budgets sécuritaires… et quoi de mieux pour augmenter l’efficacité de la police que de se fabriquer ses propres criminels ?

[Anaëlle Verzaux – Bakchich – 17/07/2009]

La France a peur. Et la traque des anars ultra ne s’arrête pas à Julien Coupat. Trois tagueurs anti-fascistes ont eux aussi fait les frais d’une justice et d’une police en plein revival du terrorisme d’Action directe.

En 2008, la France a peur. Michèle Alliot-Marie, alors ministre de l’Intérieur, met le paquet sur la menace anarcho-autonome. Avec Julien Coupat et son « gang » de Tarnac en ligne de mire. Et autour, de petites affaires Coupat, passées à peu près inaperçues.

Dans la nuit du 22 au 23 mai 2008, alors que l’enquête préliminaire sur les « terroristes » de Tarnac est entamée, Jean, Emilie et Julien, trois anti-fascistes, taguent le mur de l’Asiem (Association immobilière de l’Ecole militaire), dans le 7e arrondissement de Paris, où le Bloc identitaire a prévu de se réunir. L’inscription : « Identitaires, hors de nos vies ! » De quoi faire frémir de terreur flics, militaires et ministère de l’Intérieur. Et il faut croire que la peur les a gagnés en effet. A cause de ce tag malheureux, nos trois anti-fascistes subissent tout un tintouin généralement réservé aux crimes plus graves.

Pour commencer, perquisition au domicile de chacun. Une perquisition originale, d’après Jean qui, professeur d’histoire géographie, exerce dans un lycée de la banlieue nord parisienne et habite la capitale. L’enseignant raconte :

« Un matin, dix policiers sont venus sonner chez moi. L’un d’eux s’est présenté comme étant des Renseignements Généraux (RG). Devant ma femme, Emmanuelle, et mes deux enfants, les policiers ont un peu fouillé la baraque. Ils m’ont demandé où étaient les tracts et les bombes de peinture. J’ai répondu j’en ai pas ici. Ils ont demandé où étaient les armes. J’en avais pas, des armes ! Ils n’ont pas pris l’ordinateur, pensant que c’était une télévision. Bizarre. Ils m’ont demandé où étaient rangés les livres anars. Ils ne trouvaient pas parce que la plupart de nos livres sont écrits en langue étrangère – ma femme est professeur d’allemand. C’était très clair, ils cherchaient des anarcho-autonomes ».

Les policiers repartent, Jean sous le bras. Comme ses amis Emilie et Julien (tous deux étudiants en histoire), Jean est gardé à vue 24 heures. Sa femme Emmanuelle sera interrogée quelques jours plus tard, durant 39 heures. « Sous pression », Emilie avoue des « trucs » qui, dit-elle, « n’ont rien à voir avec la réalité ». Mais pour les flics, c’est clair, la jeune Emilie est manipulée par Jean l’enseignant, et leader du groupe anarcho-autonome.

Garde à vue dans les locaux d’une unité anti-racolage

Sous pression, Emilie ? Il faut dire que les gardes à vue ne se font pas dans un commissariat ordinaire… Mais dans les locaux d’une unité spéciale choc de la police urbaine de proximité, créée en octobre 2003, dans le cadre des lois Sarkozy sur la sécurité. L’USIT (Unité de soutien et d’investigation territoriale), spécialement conçue pour renforcer la lutte contre la prostitution et le racolage. Et qui, depuis peu, s’occupe de toutes les formes de criminalité en réseau (trafic de métaux, etc.).

Dans le cadre de l’enquête policière qui s’ensuit, le père de Jean et le proviseur adjoint du lycée dans lequel Jean enseigne sont convoqués par les flics de l’USIT. Les conversations téléphoniques des trois terroristes supposés sont surveillées et on relève, sur les lieux du « crime », les empreintes ADN et digitales. Au total, un dossier de 600 pages ! Du lourd…

Il faut dire que le tag tombe au mauvais moment. Quelques mois seulement après le début de l’enquête sur Tarnac et la déclaration, dans les colonnes du Monde, de Michèle Alliot-Marie, encore ministre de l’Intérieur, sur les dangers de l’ultra : « L’affaiblissement à droite comme à gauche des partis politiques qui permettent d’exprimer les frustrations sociales se traduit, l’histoire de France et de ses voisins le montre, par l’apparition de mouvements radicaux et violents » . Une déclaration que ne reniera pas Rachida Dati qui, le 3 juin 2008, adressait une petite note aux procureurs de France, afin d’attirer l’attention sur « la multiplication d’actions violentes (…) susceptibles d’être attribuées à la mouvance anarcho-autonome ».

Le ridicule ne tue pas, mais l’amende peut être salée

En plus de l’enquête menée par l’USIT, le petit groupe de tagueurs est sous le coup d’une enquête judiciaire. A cause de la plainte, déposée par l’Asiem (l’Association immobilière de l’Ecole militaire), pour « dégradation ou détérioration de bien par inscription ou dessin sur le territoire national ».

Le procès, qui s’est tenu mercredi 1er juillet, inspirait bien plus le ridicule que la crainte de voir ressurgir Action Directe. Le ridicule de voir à quel point la vingtaine de jeunes du réseau No Pasaran, venus soutenir leurs amis, ne ressemblent pas aux terroristes de Michèle Alliot-Marie. S’ils luttent « contre le système capitaliste », le « fascisme » et « l’extrême droite » de façon « radicale », c’est toujours « sans violence ». Le ridicule, aussi, de voir le hiatus entre l’épaisseur de l’enquête et le verdict, presque mesquin : 250 euros d’amende par personne.

http://www.bakchich.info/Un-air-de-petit-Tarnac,08232.html


La décision du TC pose problème : le consommateur / l’internaute a le droit d’être informé. Or la fonction Google Suggest permet justement cette information en indiquant les mots clés / adjectifs les plus fréquemment associés au terme que l’on recherche.

Souvent, avant de répondre à une proposition commerciale, je fais précisément une recherche Google associant les termes « Société XXX » et « Arnaque »… si je tombe sur beaucoup de références de clients mécontents, cela influencera mon choix… et c’est précisément pour cela que Direct Energie veut faire supprimer Google Suggest

Si 18 000 personnes ont fait une recherche dans Google avec les termes « Direct Energie  » et « Arnaque » alors cette information est importante pour moi, client éventuel de « Direct Energie ». C’est dommage pour cette société d’être ainsi décriée, mais ce n’est pas en tuant le messager que l’on réglera la question.

[Legalis.net – 17/07/2009]

Configurée par défaut, la fonction Google Suggest apparue sur le moteur de recherche à l’été 2008 commence à susciter des contentieux de sociétés qui contestent le fait que leur nom soit associé à des termes désobligeants, dénigrants, de nature à induire en erreur, etc. La société Direct énergie a ainsi assigné Google devant le tribunal de commerce de Paris pour faire supprimer l’apparition de son appellation en association avec le terme « arnaque » dans les suggestions proposées par le moteur de recherche. Et elle a obtenu gain de cause.

Dans une ordonnance de référé du 7 mai 2009, le tribunal consulaire a considéré que la société Google « participe, fût-ce involontairement, à une campagne de dénigrement de Direct Energie à qui elle donne un écho particulièrement important vu le nombre considérable d’internautes utilisant ses services, ce qui entraîne un trouble manifestement illicite. ».

Lorsqu’un internaute introduit un terme dans la barre de requête de Google, le moteur de recherche lui propose en temps réel une liste de dix mots ou expressions se rapprochant de sa recherche. A côté de chaque terme suggéré apparaît parallèlement le nombre de fois que cette requête a été posée par les internautes.

Dans cette affaire, un constat d’huissier avait montré que « direct énergie arnaque » apparaissait en tête des suggestions, alors même que cette proposition n’arrivait pas en première position par rapport à l’ordre alphabétique ou en tête des demandes des internautes.

Google s’est défendu en expliquant que les suggestions n’étaient pas illicites mais représentaient en fait le reflet objectif des recherches des internautes qui sont statistiquement les plus fréquentes. Le tribunal de commerce n’a pas suivi le raisonnement du moteur de recherche et lui a ordonné de supprimer la suggestion litigieuse, sous astreinte de 1 000 euros par infraction constatée. Faute de justification d’un préjudice, aucun dommage-intérêt n’a cependant été alloué. Google a fait appel de la décision.

http://www.legalis.net/


A part ça, le nouveau régime à Tegucigalpa est en voie de « normalisation », comme l’écrit « Le Monde » ou le « New York Times »… c’est fou ce que nous savons être aveugles (« compréhensifs ») quand les criminels sont de notre côté… et quand le patronat et l’église applaudissent les putchistes.

Mise à jour 16/07/2009 : Selon « La Prensa », la mère de M. Herrera nie avoir été agressée et affirme qu’il s’agissait d’une opération de police contre son fils Olvin, accusé de violences conjugales par sa femme : http://www.laprensa.hn/Pa%C3%ADs/Ediciones/2009/07/16/Noticias/Madre-de-Jari-Dixon-descarta-atentado

[Gregor Seither – IES News Service – 16/07/2009]

La famille du procureur général du Honduras violentée par la police après qu’il ait critiqué le coup d’état sur la chaine de télévision CNN

Peu de temps après que le procureur général hondurien Jari Dixon Herrera ait déclaré depuis Washington, devant les caméras de CNN et d’autres médias internationaux, que le coup d’état au Honduras était illégitime, la police hondurienne s’est rendue chez sa famille, a vandalisé sa maison, frappé sa mère et arrêté son frère.

La police a commencé par encercler la maison de Mme Ada Hernández, dans la ville de Talanga, et d’en arroser la facade avec des rafales d’armes automatiques. Les agents ont ensuite défoncé la porte d’entrée et saccagé la maison. La mère de M. Herrera a été frappée puis violentée par les agents de police. Son frère a été également frappé puis emmené dans un véhicule de la police.

Le procureur Jari Dixon se trouve en ce moment à Washington, DC, membre d’une délégation hondurienne qui a rencontré des députés du Congrès U.S., des délégués de la Banque Mondiale ainsi que des officiels du Département d’Etat et des représentants d’organisations de défense des droits de l’homme afin de leur exposer les violations de droits commis par les nouveaux hommes forts du Honduras.

L’attaque contre la famille de Jari Dixon n’est que le dernier épisode d’une répression sanglante qui s’est abattue sur les opposants au coup d’état. Samedi dernier, des hommes encagoulés et armés ont attaqué la maison de Roger Bados, leader du Parti Démocrate Unifié (opposition) à San Pedro Sula et l’ont abattu devant sa famille. La mème nuit, dans la ville de Santa Barbara, un autre leader de l’opposition, Ramon Garcia a été abattu par un commando masqué,  dans la rue devant sa maison. D’autres militants du Front du refus hondurien ont été agressés, menacés ou assassinés par des commandos anonymes.

Ces actions violentes – dont la presse internationale et notamment U.S. ne s’est guère fait écho , rappellent les violences civiles qui ont marqué la dernière dictature militaire au Honduras, quand des escadrons de la mort paramilitaires assassinaient sélectivement des militants démocrates ou luttant pour les droits de l’homme, afin de maintenir un climat de terreur dans la population.

Les organisations de défense des droits de l’homme dénoncent, depuis deux semaines, la violence exercée par le régime contre quiconque critique le coup d’état. Suite au coup d’état, les nouvelles autorités putchistes ont violemment réprimé les manifestations d’opposants et les rassemblements pacifiques. Elles ont interdit et fermé des stations de radio et de télévision et intimidé voire agressé les journalistes critiques. Plus de 600 personnes sont en prison pour avoir  contesté le oupc d’état.


Alors que les enquêtes judiciaires se poursuivent en Turquie pour faire toute la vérité sur l’Ergenekon, la presse atlantiste minimise le complot et tente de faire passer toute l’affaire pour une invention du parti islamique-démocrate au pouvoir. Pour Me Orhan Kemal Cengiz, il n’y a pourtant guerre de doute, Ergenekon est la version turque du Gladio, l’armée secrète de l’OTAN. Elle est toujours active et est responsable des attentats terroristes récents visant à déstabiliser le pays et à restaurer le pouvoir militaire.

Pour certaines personnes, en Turquie, le cas Ergenekon n’est qu’une fabrication du gouvernement pour saper la structure laïque de l’État.

Il y a beaucoup de similitudes entre l’assassinat du journaliste turc- arménien Hrant Dink en janvier 2007 [1], celui de trois missionnaires par cinq ultranationalistes à Malatya en avril 2007 et l’assassinat du père Andrea Santoro à Trébizonde en 2006.

Selon certains, le parti au pouvoir se venge parce que cette affaire se retourne contre lui. Pour quelques occidentaux, l’affaire Ergenekon n’est qu’un épisode de la sale guerre entre le Parti Justice et Développement (AKP) et ceux qui entendent maintenir le statu quo en Turquie. J’essaie de me mettre à la place de l’homme de la rue en Turquie. Si j’étais l’un d’entre eux, j’en arriverais probablement à la même conclusion et penserais qu’Ergenekon n’est qu’une affaire fabriquée par certains milieux en Turquie. Il est très facile de tirer ce genre de conclusion ne serait-ce qu’en lisant les articles de la presse traditionnelle. Certains groupes de presse ont activement diffusé cette propagande, et l’ont fait en usant de méthodes sophistiquées.

Mon point de vue, cependant, est complètement différent de celui dont ces groupes de presse ont essayé de nous convaincre. Je suis un avocat des droits de l’homme, et j’ai eu affaire aux réseaux de l’État profond depuis longtemps. En 1997 et 1998, je travaillais sur des affaires de destruction de villages et de meurtres extra-judiciaires dans le Sud-Est de la Turquie. Je représentais des villageois kurdes devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Depuis lors, j’ai appris l’existence de JITEM —une infâme organisation illégale de la gendarmerie— dont même l’existence a toujours été niée. Le JITEM a kidnappé et tué des milliers de Kurdes qui étaient soupçonnés d’être favorables ou membres du Parti des travailleurs kurdes, (PKK). (suite…)

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