[Mecanopolis – 12/05/2009]

Source: PrisonPlanet, traduit de l’anglais par Régis Mex, pour Mecanopolis.

En dépit de nombreux questionnements sur l’authenticité d’un rapport qui affirmait que les FAI s’étaient décidés à restreindre l’Internet à une sorte de modèle d’abonnement TV, où les utilisateurs seraint forcés de payer pour visiter des sites sélectionnés d’ici 2012, alors que les autres seraient bloqués, la marche vers la régulation du web est claire et documentée.

Nous avons été prévenus du plan qui consiste à laisser le vieil Internet mourir et le remplacer par Internet 2, restreint et contrôlé. En 2006, nous avons publié un article à propos de comment le RIAA était en train d’essayer d’élargir les distinctions de propriété intellectuelle jusqu’à un point où celles qui sont liées à un certain contenu extérieur seront jugées comme une infraction des droits de copyright.

À l’époque, l’article rencontrait des réponses partagées. Beaucoup étaient conscients des dangers imminents qui menacent de changer la face de l’Internet mais d’autres étaient plus hostiles à la possibilité que le World Wide Web (WWW) puisse être dévasté par un cas d’extension des bornes du copyright, aidant les plans de développement d’un « Internet 2 ».

Ce danger était aussi reporté par l’un des plus grands sites anglais de nouvelles sur la technologie, « The Inquirer », qui a surligné l’inquiétant développement de ces plans dans un article intitulé « Le RIAA veut la fermeture d’Internet.».

L’argument du RIAA était Tenise Barker, inculpé pour avoir téléchargé des fichiers musicaux et les avoir rendu disponibles à la distribution en les plaçant dans un fichier partagé. Malgré le fait que Barker avait payé pour ces fichiers et les avait donc téléchargé légalement, de même que les fichiers n’avaient été copiés par personne, les conditions du RIAA stipulaient que le simple fait de rendre ces fichiers disponibles au téléchargement gratuit constituait une infraction du copyright.

Comme Beckerman l’a fait remarquer, Internet entier n’est rien de plus qu’un réseau géant d’hyperliens rendant les fichiers “disponibles” pour les autres personnes. Si nous redirigeons nos lecteurs vers CNN.com, nous faisons que le fichier qui constitue la page d’accueil de CNN soit “disponible” pour d’autres internautes. Nous ne possédons pas le copyright pour un quelconque matériel de CNN que ce soit, donc si l’argument de la RIAA est accepté, en faisant simplement apparaître un lien de redirection vers CNN depuis notre site, même si personne ne clique dessus, nous commettons une entorse au copyright.

Dans aucun point de notre article nous ne suggérons que le jugement définitif détruirait l’Internet; soulignons en effet que ce serait un meurtre sanglant pour des centaines d’entreprises internationales comme Amazon.com qui se fient exclusivement au commerce par l’Internet. Mais le dérapage le plus probable serait le passage à un Internet strictement régulé où la permission du gouvernement serait nécessaire pour ouvrir un site web, et où ce site web serait sujet à la censure et à la suppression si il violait les “termes d’utilisation”.

Cela ne devrait causer aucun problème aux géantes entreprises transnationales, car leurs sites webs resteraient accessibles pour tout le monde. Mais pour des milliers de sites et blogs politiques, la prise pourrait effectivement être débranchée.

Après un long combat légal, Elektra vs Barker a été tranché largement en la faveur d’Elektra, après qu’un juge fédéral ait essentiellement validé la position du RIAA, comme quoi avoir des chansons disponibles dans un dossier de partage KaZaA violait le droit de distribution sous la loi du copyright.

L’exemple que nous pourrions donner ce que serait la vie sous “Internet 2″ serait qu’ouvrir un blog serait comme avoir un compte YouTube: toute connotation politique ou information controversée que les propriétaires n’apprécieraient pas serait immédiatement supprimée comme cela arrive fréquemment sur YouTube.

De plus, le dérapage vers un Internet sous licence qui sera vendu en jouant sur la peur de l’identification et de la fraude sur les cartes de crédit pourrait mener à un scan biométrique obligatoire d’un pouce ou d’un doigt pour accéder au web.

C’est à peine une production de l’imagination, depuis que de nombreux services publics et fonctions de notre société ne sont de plus en plus accessibles qu’à condition de fournir une certaine forme d’information biométrique. Les “Credit passes” pour les voyages, les “ATM terminals” et l’accès à des parks à thème comme Disneyland sont quelques exemples des nombreux services que nous utilisons et qui se déplacent vers une identification biométrique obligatoire.

De plus, Pay By Touch Online et d’autres compagnies ont déjà développé et lancé un clavier biométrique qui requiert que les utilisateurs soumettent leur marque biométrique (par le scan des empreintes digitales des doigts) avant de pouvoir accéder à l’Internet ou acheter en ligne.

Occultant le débat à propos de la neutralité du net, il est prévu que l’Internet 2 remplace l’ancien, ce qui sera permis par l’auto-destruction de ce dernier par un ralentissement exponentiel de l’Internet par les FAI, de sorte à ce que les utilisateurs migrent vers les seuls services convenables qu’on leur propose, que ces derniers soient rendus disponibles par le même FAI ou par un autre avec lequel il aurait des intérêts communs. Une loi définissant la neutralité du net pourrait éviter cela, mais le Congrès américain n’a pas estimé que cette notion était suffisamment importante pour qu’elle soit légalisée.

Il y a plus de deux ans, dans un article intitulé “La fin de l’Internet ?”, “The Nation Magazine” reportait:

Les plus grandes compagnies de cable et de téléphone de la nation sont en train de fabriquer un inquiétant nombre de stratégies qui transformerait le libre, l’ouvert et le non-discriminatoire Internet d’aujourd’hui en un service privatisé et flétri qui impliquerait une taxe pour tout ce que nous faisons virtuellement.”

Verizon, Comcast, Bell South et d’autres géants de la communication développent des stratégies qui traqueraient et stockeraient les informations sur nos moindres actes dans le monde virtuel dans une vaste collection de données faisant le jeu du système de marketing; de quoi rivaliser d’envergure avec la National Security Agency. D’après les journaux non-alignés circulant sur le cable, les industries de téléphone et de télécommunications et les entreprises qui ont les poches les plus remplies – corporations, groupes aux intérêts spécifiques et annonceurs majeurs – obtiendraient un traitement de faveur. Le contenu venant de ces fournisseurs aurait la priorité sur nos écrans d’ordinateurs et de télévisions, pendant que l’information considérée comme indésirable, comme les communications de peer-to-peer, pourrait être ralentie ou tout simplement détruite.”

Internet 2 est présenté comme la prochaine génération du “World Wide Web”, et a déjà à son actif des records de vitesse globale en termes de transfert de données, dépassant de loin le vieux Internet. (Informations complémentaires à ce sujet ici Réseaux-Télécoms et là InternetNews)

Un des pères de l’Internet, David Clarck, qui servit d’architecte principal du protocole pour l’initiative du développement de l’Internet par le gouvernement américain dans les années 1980, a reçu 200.000$ par la Nation Science Foundation pour travailler sur une “infrastructure entièrement nouvelle pour remplacer le réseau global d’aujourd’hui”, d’après le Wired Magazine.

Clark a prêté serment de créer un “nouveau monde valeureux”, ce de quoi il qualifie le nouvel Internet, précisant que ce qu’il voulait pour le nouveau réseau est “une architecture cohérente de sécurité”.

Concordant avec la mise en place d’Internet 2, les campagnes de propagande gouvernementales pour démoniser l’Internet existant comme un encouragement sauvage pour le crime haineux, la pornographie infantile et le recrutement de terroristes se font de plus en plus présentes.

La stratégie déclassifiée récemment de la Maison Blanche pour “gagner la guerre contre la terreur” cible les théories de conspiration venant d’Internet comme un terreau fertile pour le recrutement de terroristes et menace de “diminuer” leur influence.

En plus, le Pentagon a annoncé récemment son effort d’infiltrer l’Internet et de faire de la propagande pour la “guerre contre la terreur”.

Dans un discours d’octobre 2006, le directeur du Homeland Security, Michael Chertoff, identifiait le web comme un “camp d’entraînement de terroristes”, à travers lequel “divers gens vivant aux États-Unis” développent “des idéologies radicales et potentiellement des actes violents”.

L’Union Européenne a elle aussi promis de faire taire les “terroristes” qui utilisent l’Internet pour répandre leur propagande.

Les dangers pour la liberté et l’existence de l’Internet tel que nous le connaissons ne sont tous que trop réels, et le seul moyen de contrer ces développements est d’agir et de faire circuler le mot. Cacher simplement nos têtes dans le sable et être lâches et naïfs par rapport à la menace ne fera qu’aider ceux qui espèrent voir le dernier rempart de la liberté d’expression s’écrouler pour toujours.

Cet article est à mettre en rapport avec l’analyse sur la loi Hadopi que nous avons publié récemment, notamment avec le fait que la liberté qui règne sur Internet cause des millions de dollars de pertes par an aux médias alignés.