L’Affaire de Tarnac et le battage médiatique qui l’a accompagné – en partie orchestré par les experts en comm’ du gouvernement et leurs fidèles caisses de résonance dans la presse – n’était qu’une opération d’intoxication visant à faire croire au populo que le gouvernement assure sa sécurité en temps de crise — mais aussi montrer aux éventuels dissidents qu’on avait les moyens de leur taper sur la gueule.

Au moment où des milliers de mécontents sont au chomage technique (ou bien licenciés économiques) et que même des aristos comme Villepin commencent à sentir le fumet révolutionnaire dans l’air, c’est toujours bon de faire des moulinets avec sa matraque, au cas où…

En ce sens, Tarnac est l’équivalent de la rafle de Besson à Calais, le jour où Sarko présente son plan de sécurité… un truc qui n’a aucune efficacité opérationnelle (l’arrestation de Tarnac n’a en rien fait reculer le terrorisme, la rafle de Calais n’a en rien résolu le problème des migrants), mais cela permet de brasser de l’air, faire croire qu’on agit, et ainsi gagner quelques points dans le petit jeu du « je fais semblant de gérer la crise »…

Pendant ce temps là, un jeune innocent, croupit en prison, depuis plus de 6 mois… Un de plus, me direz vous !

[Charlie Enchainé – 16/04/2009]

Surprise dans Charlie Hebdo du 15 avril 2009. Jusqu’à présent, l’hebdomadaire nous avait habitué au dessin, à la satire, au reportage, à la chronique ou encore la critique sociale ; voilà qu’il se lance dans l’investigation. Bandeau d’appel à la une — « Exclusif ! Ultragauche : comment MAM a bidonné le scoop de Tarnac » —, article en pages 2 et 3, fac-similé : un traitement digne d’une révélation du Canard enchaîné — l’ironie du « volatile » en moins. Pour l’occasion, Charlie s’est offert les services d’un spécialiste de l’investigation : le journaliste Guillaume Dasquié.

Julien Coupat, interpellé le 11 novembre 2008, était en fait suivi par les services de sécurité français depuis le 28 octobre 2005 suite à des heurts « lors des grandes manifestations antiglobalisation », comme l’atteste une fiche des Renseignements généraux consultée par le journal. En novembre 2005, Coupat est même soupçonné de blanchiment d’argent ; en réalité, ce sont ses parents qui l’aident financièrement…

La fausse piste new-yorkaise

La pression sur Julien Coupat retombe jusqu’au début de l’année 2008. Les policiers parisiens sont alors convaincus que « Julien Coupat et sa copine Yldune Lévy-Guéant sont impliqués dans l’explosion d’une bombe artisanale de faible intensité contre un centre de recrutement de l’armée américaine dans le quartier de Times Square, à New York, le 6 mars 2008 ». C’est le début des ennuis pour le couple.

À l’appui de nos fins limiers, les deux tourtereaux effectuent « des déplacements entre le Canada et les États-Unis (…) au mois de janvier » 2008. Pourtant, « les deux Français sont rentrés chez eux depuis plusieurs semaines » au moment de l’explosion. Mais les enquêteurs n’en démordent pas et, le 2 septembre 2008, la justice « se réfère à nouveau à l’attentat de Times Square pour motiver (…) une prolongation des écoutes téléphoniques de l’épicerie » de Julien Coupat.

« Il est recherché par le FBI ! »

Dessin de Luz (Charlie Hebdo, 15/04/09)

Julien Coupat et Yldune Lévy-Guéant sont-ils impliqués dans l’affaire de Times Square ? Pour en avoir le cœur net, Guillaume Dasquié a contacté le FBI. « Il n’existe pas à ce jour de mandat d’arrêt ou de demande officielle visant M. Coupat ou un autre Français », affirme l’agence américaine. Mieux : dans les 4000 pages du dossier pénal épluché par Charlie Hebdo, « nous n’avons pas trouvé le moindre trace d’échange de données » entre les services français et américain, écrit le journaliste.

C’est donc sur « la piste ferroviaire » que la section antiterroriste du parquet de Paris va jeter son dévolu. La nuit du 7 au 8 novembre 2008, « le véhicule de Julien Coupat est identifié par des policiers à un point de proximité du tracé » d’un convoi de déchets nucléaires retraités circulant entre la France et l’Allemagne. La « voie de TGV sera détériorée par l’installation de crochets métalliques ». Les charges sont dès lors suffisantes pour embastiller Julien Coupat.

Technique allemande

Problème, « les antinucléaires allemands utilisent depuis au moins 1995 » cette technique de sabotage. Toutefois, selon le procès-verbal, « les policiers français ont établi un lien entre une militante antinucléaire allemande (…) et julien Coupat ». Ce qui laisse supposer que les activistes allemands auraient pu « influencer le groupe de Tarnac ». Mais d’après des experts de la SNCF, consultés par Charlie Hebdo, la pose de crochets métalliques interrompent le trafic sans pour autant faire dérailler les trains. Conclusion de Guillaume Dasquié : il s’agirait, en tout état de cause, « de vandalisme, mais pas de terrorisme ».

Or, les dix membres de la communauté de Tarnac, dont Julien Coupat, toujours détenu à ce jour, ont justement été arrêtés pour « association de malfaiteurs en vue de la préparation d’acte de terrorisme ». L’enquête publiée dans Charlie Hebdo alimente la pile de contre-enquêtes qui montrent que cette accusation paraît loin d’être fondée. Mais, comme l’explique Michèle Alliot-Marie, « ce ne sont pas les journaux qui rendent la justice dans notre pays ».

P.-S.

Quelques mots sur Guillaume Dasquié. Le journaliste Guillaume Dasquié a lui-même connu les joies de l’antiterrorisme. Pour avoir publié dans Le Monde en avril 2007 des extraits d’un rapport classé confidentiel-défense, il fut prestement interrogé par la DST en décembre de la même année, comme nous le mentionnions dans « L’affaire Guillaume Dasquié ». Retrouver Guillaume Dasquié dans Charlie Hebdo plus d’un an après cet épisode constitue, comme nous l’écrivions au début de l’article, une certaine surprise. On ne sait pas, en revanche, si cette collaboration entre le journaliste d’investigation et l’hebdomadaire satirique est amenée à durer.

http://charlieenchaine.free.fr/?Charlie-Hebdo-decortique-l-arnaque