Tout ce débat sur l’électrosensibilité et les antennes relais a un défaut majeur : l’absence d’études scientifiques véritables et indépendantes. On ne peut pas faire confiance ni aux mystiques écolos qui réagissent de manière irrationnelle sans souvent savoir de quoi ils parlent, ni aux industriels des télécoms qui se contentent de hausser les épaules et balaient toute critique en traitant les gens de cinglés ou de technophobes…  et PRIARTEM n’est pas vraiment neutre non plus.

Il y a vraiment besoin d’une analyse neutre et fiable, une étude épidémiologique cohérente pour répondre à cette question. Les symptomes présentés par certains montrent qu’il y a un problème, mais en même temps ces symptomes sont trop incohérents pour que cela suffise a semer le doute sur la réalité physiologique de ce phénomène. En même temps, il y a 80 ans, personne ne croyait ceux qui disaient que l’amiante était nocive…

[Clavardage Libération – 24/04/2009]

Daniel Oberhausen, physicien et expert à la cour d’appel de Bordeaux sur l’exposition aux ondes électromagnétiques, a répondu à vos questions. Il est également délégué aux informations scientifiques pour l’association Priartem qui milite pour une réglementation des antennes relais.

Laszlo: Bonjour, quels dangers présentent les antennes pour l’organisme et y a-t-il plus de dangers pour les plus jeunes?

C’est une réponse qui ne peut pas être simple dès lors que nous ne pouvons avoir de travaux scientifiques indiscutables pour établir un lien entre l’exposition aux antennes relais et les pathologies envisagées
Nous demandons dans cette perspective que de véritables études épidémiologique sur les riverains d’antennes relais soient entreprises.

Abdelmajid: Est ce qu’on doit quitter notre appartement s’il y a une antenne au dessus de l’immeuble.

Si vous établissez un lien clair entre certaines souffrances et l’exposition au champ électromagnétrique de l’antenne. Et si d’autre part, vous avez fait effectuer des mesures par un cabinet agréé et que celles-ci révèlent un niveau d’exposition élevé (supérieur a 0,6 volt/m pour l’ensemble des fréquences téléphoniques). Alors dans ce cas, il faut envisager éventuellement de déménager ou de blinder l’appartement.

Todal: Bonjour comment peut-on simple particulier mesurer le niveau de radio-émissions dans notre quotidien? Et enfin je suis consterné par la prolifération des réseaux ouverts WIFI ceux-ci sont-ils aussi néfastes? Merci.

Un citoyen peut se procurer un appareil appelé polluomètre haute fréquence. Ce petit appareil donne simplement une estimation. Seul un cabinet agréé peut indiquer l’exposition réelle.
Nous demandons (l’association Priartem) que les modems soient, par défaut, désactivés du mode wi-fi. De nombreuses personnes sont en effet exposées à leur insu, parfois contre leur gré, à la nuisance wi-fi.

Kondest: Bonjour, j’aimerais connaître les effets que pourraient avoir le wi-fi sur le corps humain. Vivant en région parisienne, j’y suis fortement exposé.

Ce sont a priori les mêmes que ceux constatés depuis plus de 10 ans du fait de l’exposition aux rayonnements de la téléphonie. Exemple: des migraines, des insomnies et des nausées.

Wifi: Dans quelle mesure la superposition et l’interférence éventuelle des ondes peut-elle être plus dangereuse que chaque onde pris séparemment?

C’est un problème encore mal connu, les nuisances se superposent, et on additionne les densités de puissance. La seule chose que l’on puisse dire c’est que l’accumulation des expositions augmente les risques.

BobLof: Est-il exact que les opérateurs Telecom sont prévenus à l’avance des contrôles faits sur les émissions d’ondes et ont la possibilité de moduler la puissance d’un émetteur à distance?

Ceci n’est pas exact. Car le protocole de l’Agence nationale des fréquences prévoit une extrapolation au maximum d’exposition à partir d’un signal balise, dont la puissance doit être constante. En outre, les cabinets de mesure ne doivent pas tenir informés les opérateurs des dates de leurs missions.

mattcadam : Bonjour, pourquoi les antennes relais seraient elles plus «dangeureuses» que les antennes TV ou radio avec lesquelles nous vivont depuis des dizaines d’années?

Il y a deux éléments de réponse. L’un concerne la fréquence de la porteuse et l’autre le type de modulation utilisée. Pour la porteuse, les fréquences utilisées en téléphonie mobile sont les plus rares dans l’environnement naturel. Le vivant n’est pas adapté au niveau apparu avec les techniques de téléphonie hertzienne.

Pour la modulation, les technologies numériques font naître des basses fréquences et d’extrêmement basses fréquence (ELF) qui interfèrent avec des fréquences identiques du métabolisme.

ol : Bonjour, des bandes de fréquences actuellement utilisées par la TV, et pour lesquelles aucun «foin» n’est fait, seront bientôt utilisées par la téléphonie mobile. Doit-on s’attendre à ce moment là, à voir tout le monde s’exciter alors que ça fait des dizaines d’années qu’on vit avec ces ondes ?

Comme je le disais, on aura moins à craindre du côté de la porteuse, si le niveau d’exposition reste le même. Mais la modulation numérique posera des problèmes.

Yoyo: Bonjour, suis-je moins exposé si je débranche mon ordinateur à coté duquel je dors?

Plutôt que l’ordinateur c’est le modem qu’il faut débrancher mais le mieux est de tout débrancher avant de dormir. (Le téléphone portable et le télé phone DECT (téléphone sans fil)).

Ramones: Que pensez-vous du courant porteur en ligne (CPL) ? Doit-on se méfier aussi de cette technologie ?

A priori, cette technologie est nettement moins nocive que le wi-fi. Elle peut présenter certains inconvénients malgré tout.

Wifi: Avec l’avénement du 3G+ augmentant la bande de fréquence et donc la longueur d’onde, peut-on redouter, même marginalement, des modifications génétiques de cellules dans le corps animal?

Oui, simplement parce que quand on augmente la fréquence, on diminue la longueur d’onde. Mais bien entendu les effets génotoxiques observés par exemple dans le cadre du rapport REFLEX sont à craindre.
C’est une étude menée par 12 laboratoires européens dans les années 2004 (durée quatre ans) et qui a conclu de manière claire à la génotoxicité des rayonnements de la téléphonie.

Fredinfo : Des études (scandinaves) tendent à montrer que certaines pathologies cérébrales sont plus fréquentes chez les habitants de zones rurales (moins bonne couverture donc émission/réception à pleine puissance) que chez les citadins. N’est-ce pas une preuve de la nocivité de ce type d’ondes?

Il est difficile d’évoquer une preuve car la méthodologie scientifique n’est pas mise en oeuvre dans un tel constat. Cependant, il est vrai qu’en zone rurale les stations de base sont nettement plus puissantes qu’en ville et que les personnes habitant au voisinage sont exposées de manière préoccupante.

korrig : Bonjour, quelles pourraient être les mesures à prendre pour limiter voire mettre un terme aux possibles effets des antennes relais? Réduire leur nombre? Les modifier dans leur fonctionnement?

La solution est connue. Il s’agit du redéploiement du réseau. Certaines stations de base installées à la hâte dans le passé près des écoles, sur des châteaux d’eau, sur des terrasses d’immeubles d’habitation et émettant à grande puissance devront être démontées.

Des stations plus nombreuses nettement moins puissantes devront être distribuées sur le territoire avec la contrainte de limiter les expositions résidentes à une valeur aussi faible que possible.

k : Les associations réclament un seuil d’exposition maximal de 0,6 v/m. A quoi correspond ce chiffre?

C’est une valeur résultant d’un cas concret. Dans la ville de Salzbourg (en Autriche), on a constaté qu’avec une densité de puissance n’excédant pas 1 milliwatt/m2 (chiffre rond) la téléphonie mobile fonctionnait et les souffrances des riverains étaient réduites.

En France, la nuisance téléphonique est évaluée à l’aide de la grandeur champ électrique (donc en v/m). Et 1 milliwatt/m2 correspond tout simplement à 0,6 volt/m.

Il faut remarquer que cette valeur de 0,6 v/m n’est pas une valeur d’inocuité: les personnes électrohypersensibles continuent de souffrir au dessous de cette valeur. C’est cependant l’objectif de toutes les associations de remplacer les normes actuelles par cette valeur. Pour rappel, les normes actuelles sont de 41v/m en GSM900; 58v/m en GSM1800 et 61v/m en UMTS.

René80 : Sérieusement, peut-on imaginer aujourd’hui une étude scientifique non partisane quand on voit les enjeux économiques de ces technologies? Ou comment éviter les études et contre-études qui laisse le problème au statuquo et nous laissent assister à des querelles d’experts?

Les sociologues de la science ont clairement montré le lien entre les conclusions rassurantes de certaines études et le fait qu’elles soient financées par l’industrie. Il est indispensable sur ce dossier comme sur beaucoup d’autres de disposer d’une recherche totalement indépendante des lobbies industriels.

k : Il semble y avoir une multitudes d’études sur la question. Lesquelles sont fiables, à vos yeux?
Deux critères essentiels assurent la fiabilité d’un résultat scientifique:
1) la qualité du travail lui même (La compétence reconnue de l’équipe de chercheurs, équipement du labo etc.)
2) l’indépendance totale des chercheurs vis-à-vis de l’industrie.
C’est délicat de citer des études, mais le rapport Bioinitiative par exemple, cite des travaux répondants à ces deux critères.

Ockham: Peut-on attendre qu’une étude confirme ou infirme l’inocuité de ce type d’ondes à une puissance donnée, autrement que par l’observation de populations exposées et une étude statistique?

Non, il ne faut pas attendre. Le principe de précaution qui figure dans la Constitution française permet des actions de prévention sans avoir à attendre des catastrophes sanitaires.

Grom: Est-ce que la privatisation de France Telecom et la multiplication des opérateurs concurrents a été un facteur aggravant concernant les risques liés aux ondes?

Dans une certaine mesure, oui. Car la concurrence amène l’optimisation de la recherche du profit et donc dans certains cas la négligence de contraintes environnementales.

Corsica: quelles solutions alternatives aux antennes relais?

D’abord, le choix systématique des liaisons filaires quand c’est possible. Ensuite, la mise en oeuvre de technologies d’avenir telle la fibre optique ou plus tard la mise en oeuvre de bandes de fréquences nouvelles.

Mais ce qui est sûr, c’est que la téléphonie mobile exigera toujours la mise en place d’antennes relais.

Ockham : Le Wimax, en plein essor dans les campagnes, se situe à quel niveau dans les risques de nocivité?

Pour rappel, le Wimax est un dispositif hertzien permettant de disposer du haut débit Internet. En France, il utilise la fréquence porteuse de 3,5 gigahertz. Les clients disposent d’une antenne sur leur toiture, qui est aussi une source de nuisance.

En général, le niveau Wimax est inférieur au niveau de la téléphonie mais la nuisance vient s’ajouter en supplément.

Le niveau de nocivité du Wimax est comparable au Wi-fi, donc pas négligeable, mais en dessous de la téléphonie mobile.

Celegorm: les solutions RF qui sont utilisées par les souris et les claviers d’ordinateurs, sont-elles aussi source de danger ?

Oui. Les souris et les claviers sans fil utilisent la fréquence de 2,5 gigahertz, commune au wi-fi et au bluetooth (et au micro-onde). Ce sont autant de sources pathogènes. Le filaire est préférable.

Choles marrons: ces ondes sont-elles présentes sur des équipements tels que les tables à induction dans les cuisines & les chargeurs ou autres appareils bourrés de condensateurs? On étend également parler de l’arrivée de puces rfid un peu partout ds quelques années, ce sera pire non?

Les plaques à induction utilisent d’autres fréquences, moins pathogènes que celles de la téléphonie. Mais la encore, il faut préférer des dispositifs traditionnels de chauffage culinaire (gaz ou plaques électriques classiques).

Pour les chargeurs ne pas s’inquiéter: ils n’émettent pas de rayonnement dans les bandes pathogènes (entre 1 et 10 gh).

Les puces RFID (Radio frequency identification) peuvent être sur des fréquences dangereuses: 860 à 960 MégaHertz; 2,45 GigaHertz et 5,8 GigaHertz. Toutes ces fréquences sont pathogènes.

Ockham : Un petit « patch » est vendu pour être collé sur un mobile afin de réduire l’exposition de l’utilisateur. Est-ce un gadget inutile ou est-ce que ça a une efficacité mesurée scientifiquement ?

A ma connaissance, c’est un gadget inutile et dangereux. En effet se croyant protégées les personnes téléphonent sans retenue.

grom : Que pensez-vous, sur le fond, du «Grenelle des Ondes», est-ce que vous ne craignez pas que cela débouche sur beaucoup de discours et peu d’actes, comme le Grenelle de l’Environnement?

J’ai eu des nouvelles de la réunion de ce matin. Un point très positif apparaît avec la prise de conscience de certains élus qui sont intervenus (le sénateur des Alpes-Maritimes Louis Nègre par exemple).

En revanche, au niveau des pouvoirs publics, on retrouve le discours habituel selon lequel une attention doit être accordée à d’éventuels problèmes liés aux portables mais que les antennes relais ne présentent aucun danger. cette persistance est très regrettable.

Mais le redéploiement du réseau (avec le démantèlement de 15 à 20% des installations) que nous réclamons, n’est pas encore à l’ordre du jour.

http://www.liberation.fr/terre/1201134-faut-il-avoir-peur-des-antennes-relais?xtor=EPR-450206