[Frédéric Mouchon – Le Parisien –  02.02.2009]
Les puces RFID, qui envahissent peu à peu notre quotidien, sont-elles dangereuses pour notre santé ? Un rapport que nous dévoilons recommande la prudence.

Elles se sont déjà immiscées au coeur de votre passe Navigo et dans votre boîtier de télépéage. Les compagnies aériennes les collent sur les étiquettes de vos valises pour mieux les pister et la grande distribution les utilise pour assurer la traçabilité des produits, de leur production à leur mise en rayon. Les « étiquettes intelligentes », capables de stocker cent fois plus d’informations que les bons vieux codes-barres, envahissent progressivement notre quotidien et pourraient à terme menacer notre santé.

Un peu à la manière des téléphones portables, ces puces sont en effet équipées d’une antenne miniature et utilisent un système d’identification par radiofréquence, dit RFID, qui permet de les détecter à distance. Il n’en fallait pas plus pour que l’association France Nature Environnement (FNE) s’inquiète de l’impact sanitaire de cette technologie révolutionnaire. Saisie par FNE en 2005, l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) rend ce matin un rapport que nous nous sommes procuré. S’il se veut plutôt rassurant, il recommande toutefois de poursuivre la « recherche sur les effets biologiques des rayonnements aux fréquences spécifiques des RFID ».

« C’est très préoccupant en termes de protection de la vie privée »

Dans ce document, l’Afsset reconnaît que les « systèmes RFID engendrent la plupart du temps une exposition très faible des personnes au champ électromagnétique ». L’agence demande cependant aux fabricants de ces puces de contrôler davantage l’innocuité de leurs produits et met en garde contre certains risques pour les employés soumis à des expositions en continu. « Qu’en est-il par exemple des salariés d’une blanchisserie chargés de trier quotidiennement du linge équipé de puces RFID et soumis toute la journée à ces ondes ? » s’interroge ainsi Josée Cambou, chargée du suivi de ce dossier à France Nature Environnement. En écho, l’Afsset conseille aux entreprises de limiter « les expositions inutiles » et de veiller à respecter « les valeurs limites recommandées ». « Certaines maternités équipent déjà les nouveau-nés de bracelets dotés d’une puce RFID, s’alarme José Cambou. On en parle aussi pour suivre à la trace les prisonniers en liberté surveillée et les entreprises pourraient y avoir recours pour remplacer les pointeuses. Au-delà des incertitudes sanitaires, c’est très préoccupant en termes d’éthique et de protection de la vie privée. » En 2006, la Commission nationale informatique et libertés (Cnil) estimait que les technologies de radio-identification faisaient peser sur la population un risque particulier « en raison notamment du maillage dense qu’elles constitueront autour des individus ». On estime que près d’un milliard et demi de puces RFID ont été vendues dans le monde en 2006 et que… 600 milliards pourraient être en circulation d’ici à 2016 !

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