[Gregor Seither – IES Media Cooperative – 07/02/2009]

La dernière édition de Drug War News du Drug Truth Network (http://www.drugtruth.net) consacre un article statistique très documenté  à la situation de la drogue au Mexique, un pays qui est en passe de dépasser la Colombie en matière de cartels et de violence liée au trafic.

Les données chiffrées sont intéressantes, voire hallucinantes  :

  • Est-ce que vous saviez que les profits engrangés par l’Etat Mexicain à travers son industrie pétrolière nationalisée s’élèvent à 10 milliards de dollars US, tandis que les gains réalisés par l’Etat grâce au trafic de drogue – à travers les salaires versés par les cartels, les investissements dans l’économie, les intérêts des sommes déposés dans les banques, les ‘projets philantropiques’ des seigneurs de la drogue…  sont estimés entre $27 et $60 milliards de dollars US (chiffres du fisc mexicain).
  • Est-ce que vous saviez que le système bancaire US reconnait lui même avoir, dans les années 1990, « traîté » (blanchi en injectant dans le circuit légal) plus de 5 milliards de milliards (trillions) d’argent provenant des cartels de la drogue, notamment Mexicains ?
  • Est-ce que vous saviez qu’un tiers des surfaces agricoles au Mexique sont utilisées pour faire pousser de l’opium et du cannabis ?
  • Est-ce que vous connaissez la marge de profit d’un producteur de drogue ? Un kilo de cocaine préparée coûte environ 2 000 dollars US à Bogota… le même kilo sera revendu 35 000 dollars US à New York. Et encore, ça c’est dans l’hypothèse que le dealer final ne coupera pas le produit avec de la lactose ou du talc. La marge de profit moyenne est donc de  plus de 600 % . Cela explique pourquoi,  quand les douaniers US ou la DEA saisissent plus de 100 tonnes de cocaine, cela n’a aucune incidence sur le prix du marché à Newx York ou Miami.
  • Tout ce argent ne peut laisser indiférents les fonctionnaire U.S. , généralement mal payés, n’est -ce pas ? Une étude réalisée par le gouvernement U.S. en 1992 estime qu’environ 35% des agents de police et des services douaniers U.S. touchent des pots de vin de la part des trafficants de drogue.
  • Au Mexique comme aux Etats-Unis, nombreux sont les hommes politiques bon chic bon genre qui comptent parmi leurs financeurs des personnes liées au traffic de drogue. Une enquête de l’auditeur mexicain réalisée en 2002 affirme carrément que la totalité des présidents élus du Mexique a été alimenté en argent pour leur campagne électorale par des donateurs liés à la Mafia de la drogue.
  • Pour Paul J. Wright, directeur de DTN, « le fait qu’une grande partie de l’économie U.S., notamment dans les Etats du Sud, soit complètement arrosée par l’argent de la drogue est un secret pour personne. Si tout d’un coup cet afflux de capitaux venait à se târir, bon nombre d’entreprises connaitraient des ennuis. Alors localement on sabote mollement les initiatives anti-drogue.

    Au niveau fédéral on évite également de trop faire de bruit autour de cette question. Dans les années 1990, Washington a fermé les yeux sur le traffic parce que ce qui comptait à l’époque c’était l’accord de libre échange ALENA, et si on avait trop mis la pression aux Mexicains, cela aurait pu faire capoter leur adhésion à ce plan ultra libéral qui permet aux entreprises U.S. de profiter d’une main d’oeuvre bon marché au Mexique et de garder sous pression les travailleurs U.S., toujours sous le chantage des bas salaires de l’autre côté de la frontière.

La « guerre contre la drogue », qui fait vivre des dizaines de milliers d’agents fédéraux, de fonctionnaires et de policiers… et remplit les caisses des entreprises vendant du matériel de sécurité.. n’est pas prète de s’arrêter. Au grand soulagement de tout le monde.