Antisémitisme et dévoiement : rappel des faits

[Article 11 – samedi 7 février 2009]

Il fallait quelqu’un pour le dire.

Et c’est le journaliste-éditorialiste Philippe Cohen qui s’en est chargé.

Volant au secours de Pierre Péant, avec lequel il a notamment rédigé La Face cachée du Monde.

Et invitant, en une efficace « supplique » publiée hier sur Marianne 2, ceux qui usent de l’accusation d’antisémitisme pour éviter des questions gênantes et discréditer leurs adversaires à davantage peser leurs mots et motiver leur argumentation.

Philippe Cohen livre ainsi une salutaire mise au point.

Dont voici un large extrait :

Et maintenant Bernard Kouchner. Honte à lui de s’être servi de la communauté juive comme d’un bouclier humain, au lieu de s’expliquer pour de bon sur son affairisme évident !

Que les bien–pensants des rédactions, tous les Aphatie, les Backmann, Jauvert (Nouvel Observateur ), les Bernard (Le Monde) de toutes les rédactions continuent à prétendre que demander des comptes ou contester le patriotisme de Kouchner rappelle Gringoire ou Je suis Partout, et alors, c’est sûr, nous verrons les vocations antisémites se lever à nouveau dans notre pays.

Qu’il continuent, ces idiots inutiles, gonflés de leurs ego de résistants de la 25e heure, à prétendre qu’évoquer la fortune d’une personnalité est antisémite ; qu’ils persistent à défendre les juifs de cette façon et alors là, oui, ils rendront un fier service à tous ceux qui veulent montrer que les juifs sont des intouchables ; qu’’ils’ s’abritent toujours derrière la Shoah pour spolier les Français ou trahir leur pays : qu’ils’ serrent les coudes et forment un bloc uni et solidaire.

Qu’ils dispensent Bernard Kouchner de vraiment répondre aux critiques émises à son endroit au prétexte qu’elles viennent d’un goy et concernent un juif, alors oui, ils auront suscité, stimulé, provoqué le risque de remontée d’un antisémitisme d’un type nouveau, d’un antisémitisme post-Shoah.

Au fond, l’affaire Péant-Kouchner pourrait être seulement anecdotique.

Et la défense d’un ministre choisissant de pointer l’antisémitisme supposé de celui qui l’accuse, coupable d’avoir utilisé le mot malodorant « cosmopolitisme » et de nourrir un désagréable ressentiment envers ceux qui n’aiment pas assez le drapeau cette défense-là pourrait en d’autres circonstances ne pas être fondamentale.

Mais voilà : la pratique s’est faite beaucoup trop régulière, le cas trop récurrent, pour qu’il ne soit pas évident que l’accusation d’antisémitisme est désormais devenue un procédé au service des lâches et des puissants.

(…)

Mais il faut aussi noter combien l’accusation d’antisémitisme a joué son rôle, celle de faire oublier les allégations de Pierre Péan.

Instrumentalisation que Benard Kouchner a habilement effectué.

Et énième épisode du dévoiement de la lutte contre l’antisémitisme, désormais d’abord utilisée pour discréditer un discours dérangeant et disqualifier son auteur.

Une évolution plus que regrettable : catastrophique.

Tant ceux qui croient pouvoir souffler sur les braises de la haine à leur profit ne font que susciter la résurgence du pire.

http://www.article11.info/spip/spip.php?article293