Commentaire de Dov Lerner :

Vous vous souvenez des cris indignés de la société européenne bien-pensante quand l’Autriche avait élu le fasciste Jörg Häider ? La mise au ban du pays par la communauté internationale ? Vous vous souvenez des manifestations unitaires et médiatiques contre Le Pen au second tour en France ?

Combien voulez vous parier que tout le monde observera un silence géné et fera comme si de rien n’était quand, demain soir, le fasciste, raciste et nettoyeur ethnique Lieberman sortira vainqueur des élections israéliennes ? Parce que, quand il s’agit d’Israël, les plus grandes consciences humanistes baissent soudain le rideau de fer et regardent ailleurs…

Avigdor Lieberman est le vrai visage d’Israël, une société figée dans sa xenophobie et son patriotisme militaire, son obsession de la force, son mépris de tout ce qui n’est pas blanc et occidental comme elle… une société qui fonce droit dans le mur de l’autoritarisme fasciste, déjà visible à chaque coin de rue, dans chaque conversation… Le « Camp de la Paix » va devoir montrer de quel côté il se situe vraiement, finis les faux semblants et les manifestations alibi !

On a bombardé Milosevic pour bien moins que cela…

La sirène brune qui enchante Israël
[Michele Giorgio – Il Manifesto – Traduction : Marie-Ange Patrizio – 07/02/2009 – repris sur le site de l’ISM]
Selon les sondages, mardi prochain, Avigdor Liebermann sera le véritable vainqueur des élections, avec 17 sièges et si l’ « homme politique le plus dangereux » (pas sûr, pour le palmarès il y a du monde, depuis 60 ans, NdT) entre au gouvernement, avec la droite de Netanyahu, il fera tout pour chasser les Palestiniens de l’Etat juif.

Parmi les toits rouges de la colonie juive (juive est peut-être une précision inutile, il n’y a pas beaucoup de colonies arabes dans la région… NdT) de Nokedim, pointe la villa à deux étages de Avigdor Liebermann. Entourée par un gracieux jardin, la demeure du leader ultranationaliste est surveillée jour et nuit par des gardes privés (c’est ça la démocratie, qui n’existait pas dans son pays d’origine, l’URSS, NdT). Elle donne sur ces douces collines qui, entre Bethléem et Hébron, descendent vers la Vallée du Jourdain. Un décor de rêve, enrichi par la proximité du Mont Hébron. Ce n’est pas un hasard si la colonie a été construite à cet endroit de la Cisjordanie occupé par Israël depuis 1967.

Liebermann n’est pas chez lui, « mais il rentre quelquefois le soir », assurent ses deux voisines. Suzy Cohen, 32 ans, quarte enfants, est arrivée dans les Territoires occupés directement de Vienne (Autriche), tandis que Michal Libzick, 34 ans, 5 enfants, vient du Tennessee (comme Davy Crockett, grande démocratie de trappeurs, NdT). « Qui est Liebermann ? Eh bien, on ne le voit pas trop… Si on aime son programme électoral ? En fait, nous ne faisons pas de politique à Nokedim ; ici chacun mène sa vie tranquille, sans embouteillages, sans stress » dit Suzy, en contournant le sujet des élections du 10 février et de l’avenir de la Cisjordanie. « Nous savons juste que cette terre nous appartient, Dieu l’a toute donnée à notre peuple, et c’est pour ça que nous sommes revenus en Eretz Israël (la terre d’Israël) », poursuit-elle sans hésitation avant de répéter ce que déclarent un peu tous les colons israéliens : « les relations avec les villages arabes sont bonnes, les Palestiniens nous veulent ici, parce que nous leur apportons du travail et des sous, mais leurs leaders politiques les poussent toujours à la révolte et au terrorisme ».

Liebermann, lui, à la différence de Mesdames Cohen et Libzick, n’est certes pas venu à Nokedim pour échapper à l’usure de la vie moderne. Lui, cette colonie, il a contribué à la fonder en 1982, en s’adaptant pendant des mois à une vie dans un container froid en hiver et surchauffé en été, au nom de la rédemption de Erezt Israël et de la lutte contre les Palestiniens, « coupables » de vivre depuis des générations sur leur terre.

Né il y a 50 ans à Kichinev, en Union Soviétique (aujourd’hui Chisinau, capitale de la Moldavie) Liebermann ne pensait peut-être même pas à la terre biblique d’Israël quand il travaillait comme videur dans une discothèque (et allez, métier typique de la dictature soviétique sous-développée de l’époque, et c’est même pas sûr que ça ait changé, voir plus loin M. Warschavski, NdT) de sa ville natale ; ni même quand il s’affairait entre disques et tables d’enregistrement dans une radio (libre.. ?! NdT) de Bakou. En 1978, à 20 ans, vint l’illumination : départ pour Israël, bref séjour dans les centres d’absorption (pas rééducation ni endoctrinement, absorption, NdT) pour les nouveaux immigrés, études universitaires pas très brillantes et enfin, après le sevrage politique dans l’extrême-droite, l’atterrissage à Nokedim.

Après des années passées à exciter amis et connaissances contre les Palestiniens (selon le quotidien Ha’aretz il aurait aussi fait partie du mouvement raciste Kack, du rabbin israélo-étasunien Meir Kahane, mis hors la loi en 1994) et à réaliser d’excellentes affaires pas toujours limpides au grand jour, Liebermann saisit la grande occasion du poste de directeur du bureau du premier ministre B. Netannyahou, entre 1996 et 1999 : il se lance enfin dans la politique qui compte en fondant son propre parti, Yisraël Beitenu : russophone, anti-arabe et raciste (que du beau linge, on comprend qu’on ne les ait pas trop retenus, en Moldavie, NdT). Ayant recours aussi à de nébuleux financements depuis l’étranger, gérés par une société au nom de sa fille.

Liebermann a pris, et grossi en même temps, la vague du sentiment anti-arabe croissant chez les Israéliens juifs, en focalisant son attention pas tant sur les Palestiniens des Territoires occupés, que sur ceux qui ont une citoyenneté (si on peut dire puisqu’ils n’ont pas les mêmes droits, NdT) israélienne dont il a de façon répétitive demandé le « transfert » : terme qui, en Israël, désigne de façon élégante le nettoyage ethnique. Le succès a été énorme pour ce self made man qui a déjà été ministre, même dans le gouvernement sortant, avec la charge de s’occuper des « menaces stratégiques », entendez de l’Iran.

Aujourd’hui, à moins d’une semaine des élections politiques, les sondages lui attribuent au moins 17 sièges et probablement le rôle de troisième force politique nationale après le Likoud, donné gagnant avec 27 sièges, et Kadima, le parti de majorité relative sortant dirigé par la ministre des affaires étrangères Tzipi Livni, à qui les dernières prévision attribuent 23 députés. Le Likoud, qui a perdu un peu de terrain ces derniers jours, a peur de cela et demande à l’électorat un « vote utile » en ne dispersant pas les voix entre de nombreux, trop nombreux, partis de droite.

Derrière Liebermann, il n’y a pas de liste de poids. Les seuls noms connus de Yisraël Beitenou sont l’idéologue Uzi Landau, un ancien ultra du Likoud, et l’ex-ambassadeur aux Etats-Unis Dani Ayalon. Et la fille de l’ex-ministre des affaires étrangères David Levy, un mannequin dont la tâche va être de glaner les voix des Israéliens non engagés, mais en tout cas enragés contre les Arabes. Mais si les candidats sont inconnus, le message de Yisraël Beitenou attire cependant des consensus continuels parce qu’ils sont nets et martèlent dur, à commencer par le mot d’ordre contre les Arabes-israéliens : « Aucune citoyenneté sans loyauté ».

Liebermann propose une sorte de serment de fidélité à l’Etat d’Israël et à sa nature « juive et sioniste », sous peine de retrait de la citoyenneté et, en conséquence, de déportation, pour une population qui vit depuis des siècles sur cette terre où, lui, est arrivé il y à peine 30 ans. Pendant l’attaque contre Gaza, il a suggéré l’utilisation de la bombe atomique. « Nous devons faire exactement ce que les Etats-Unis ont fait avec le Japon pendant la deuxième guerre mondiale, comme ça on n’aura pas besoin d’occuper Gaza », a-t-il déclaré dans une conférence.

Pour l’universitaire Ze’ev Sternhell, victime il y a quelques mois d’un attentat de la part d’extrémistes de droite (le Mur de séparation ne protège pas des terroristes israéliens juifs, NdT), Liebermann est « le politicien le plus dangereux de l’histoire du pays » ; pour d’autres, comme l’ont montré des sondages récents, le leader de Yisraël Beitenou ne fait que dire tout haut ce qu’une grosse tranche d’Israéliens trouve opportun de faire pour « résoudre » la question palestinienne, à commencer par le « transfert ». « Le leader de Yisraël Beitenou, dans un certain sens est un fasciste atypique, dit l’intellectuel pacifiste Michel Warshavski (Mikado) (1), mais c’est surtout le produit de deux choses : de l’absence de démocratie de l’Est européen (2) et de la colonisation juive effrénée (mais démocratique, NdT) dans les Territoires occupés palestiniens ». Une analyse cohérente avec une déclaration faite par Liebermann lui-même : « Je suis en faveur de la démocratie mais quand il y a une contradiction entre démocratie et valeurs juives (surlignage de la traductrice), ces dernières deviennent plus importantes que tout ». En fin de comptes, ajoute Warshavski, « Liebermann n’est coupable que d’avoir porté à ses conséquences extrêmes les politiques que les autres mettent en acte de façon silencieuse » (le terme utilisé par M. Giorgio n’est peut-être pas fidèle ; MW a peut-être voulu dire de façon hypocrite, car les 3 semaines de bombardements sur Gaza étaient loin d’être « silencieuses », NdT) ».

Comme par exemple le ministre de la Défense et leader travailliste Ehud Barak. Après avoir donné le feu vert à la « liaison » entre la colonie de Maale Adoumim et Jérusalem Est, Barak a autorisé la création de nouvelles implantations dans la région de Binyamin, en Cisjordanie ; en échange de l’évacuation des 45 familles de l’avant-poste de Migron qui se déplaceront vers 250 maisons de construction prochaine, les premières de 1.400 nouvelles unités d’habitation.

Notes de lecture :

(1) Le surnom Mikado est indiqué par l’auteur de l’article, le terme intellectuel aussi : MW est journaliste free-lance, directeur d’un Alternative Information Center à Jérusalem, organisateur d’intéressants, paraît-il, tours operators humanitaires pour les internationaux pro-palestiniens qui atterrissent en Israël, infatigable conférencier surtout en France et Italie, et écrivain prolixe qui a présenté son dernier livre au Salon du Livre 2008 à Paris, où Israël était Invité d’honneur – au stand de boycott à l’intérieur du Salon : « Programmer le désastre. La politique israélienne à l’oeuvre ». (Février 2008. 9 euros. Ed. La Fabrique)

Voir aussi l’article de Wikipedia.

(2) On se reportera avec avantage pour une information plus complète et argumentée à ce sujet au livre du journaliste (et ancien directeur de Alger Républicain) et écrivain (auteur entre autres de La Question), Henri Alleg : L’URSS et les Juifs (Messidor, 1989)