Sacré Alain !!! Pas de droite, pas de gauche ! Mais jamais bien loin de l’assiette au beurre… mais il fallait bien récompenser celui qui – en bon néo-con – a fabriqué la « menace de l’ultragauche » qui va permettre de renforcer encore le flicage et d’emprisonner tous les gêneurs au nom de la législation « anti-terroriste »

[Marianne 2 – 13/01/2009]
L’ex Grand Maître du Grand Orient, par ailleurs conseiller apprécié à l’Élysée, vient de se faire attribuer une chaire créée sur mesure au Conservatoire des Arts et métiers. Le Conseil de perfectionnement a approuvé aujourd’hui ce diktat présidentiel. Non sans susciter quelques bémols dans l’institution.

Il y a au moins un reproche que l’on ne saurait émettre à l’endroit de à notre Président : l’ingratitude. C’est ce que doit penser Alain Bauer aujourd’hui. Sur proposition du ministère de l’Enseignement supérieur, le Conseil de perfectionnement du Cnam (Conservatoire des Arts et métiers) vient d’approuver, à une courte majorité (14 voix contre 12), la création d’une chaire de criminologie sous sa responsabilité. Une belle sinécure permettant de percevoir pour moins d’une centaine d’heure par an, un salaire de professeur d’université, le tout pour un poste à vie. En ces temps de crise, ce n’est pas forcément à négliger, même pour un cumulard.

Pourtant, on ne peut pas dire, à découvrir la somme des activités de l’impétrant, qu’il avait vraiment besoin de ce nouveau poste. Alain Bauer est d’abord le patron d’une société de conseil en matière de sécurité et de gestion de crise, un business en progression notoire. Un job qui devrait le prendre à plein temps lorsque l’on constate la liste impressionnante de ses clients sur le site de cette société, AB associate : mairies de grandes villes, collectivités locales, établissements publics (comme celui de la Défense par exemple), entreprises publiques, etc.

Mais ce n’est pas tout : en matière d’enseignement, Alain Bauer n’est pas un novice puisqu’il dispense des cours dans plusieurs universités et instituts de formation (Paris 1, dont il a été vice-président, Paris II, Paris V, Ecole de la gendarmerie, Ecole nationale de la magistrature, sans parler de certaines universités étrangères, américaine ou chinoise). Enfin, Alain Bauer a réalisé récemment une mission pour le rapprochement des instituts de formation sur la sécurité.

La chaire est faible Sa nomination n’est pas allée de soi au sein de l’institution. Il existe deux voies pour accéder au poste de professeur titulaire de chaire au Cnam. La première est calquée sur le recrutement des professeurs d’université : une commission de spécialistes valide ou nom la candidature en évaluant l’apport scientifique du candidat. La seconde est beaucoup plus politique : le ministère de l’université dispose d’un « droit de tirage » pour créer une chaire « sur mesure » pour le profit d’un bénéficiaire désigné par l’administration. C’est ainsi que, voici quelques années, Bernard Kouchner est devenu professeur aux Arts et métiers.  Mais si le ministère est fondé à imposer une chaire et son titulaire, la procédure impose tout de même un examen consultatif de la nomination par le  Conseil de perfectionnement, puis le Conseil d’Administration de l’établissement.

Mardi 13 janvier, on a donc discuté, deux heures durant, du « cas Bauer » au Conseil de perfectionnement qui réunit une trentaine de membres. Le moins qu’on puisse dire est que la décision du ministre Valérie Pécresse – qui s’est elle-même fait imposer la nomination par l’Élysée – n’a guère séduit les scientifiques de la maison. D’abord parce que le Cnam n’a pas forcément vocation à intervenir sur les questions de sécurité. D’autant que, précisent les contestataires, qu’il ne s’agit pas, avec le projet de Bauer de former des professionnels de la sécurité mais de plutôt de dispenser « un vernis sécuritaire » à des cadres qui n’en ont pas forcément besoin. Ensuite, plusieurs enseignants-chercheurs ont émis des doutes sur la compétence scientifique de Bauer et sur ses conceptions de la sécurité.

Copinage ou franc-maçonnerie ?
Plus que tout, beaucoup de membres du Cnam n’ont guère apprécié la méthode qui consiste à avoir publié, contre tous les usages, le décret de nomination avant même son examen par les deux instances du Conservatoire. Sans parler de la « méchanceté » de son côté « peu sympathique » évoqué en séance par certains membres du Conseil qui lui étaient pourtant favorables. Parmi ces derniers, Michel Godet considère pour sa part que si la procédure de désignation par décision ministérielle, une sorte de « tour extérieur », est contestable, « la sécurité publique est un vrai problème » et qu’il n’est pas anormal que la république récompense ses membres les plus méritants. Plusieurs autres professeurs sont en revanche révulsés par une nomination qu’ils considèrent comme du « copinage », et voient volontiers la main du Grand Orient, dont Alain Bauer fut le Grand Maître (contesté) entre 2000 et 2003, derrière sa dernière gratification. Une pétition très motivée sur un plan scientifique, a d’ailleurs circulé en amont de la réunion du Cnam pour protester contre la création de la Chaire (voir encadré ci-dessous). Alain Bauer n’en a cure : contrairement à ses collègues profs de fac, il peut très bien se passer de leurs compliments pour disposer de son poste. Il lui suffit de plaire aux puissants en général, et au Président en particulier. Il serait sans doute exagéré de parler de république bananière en France. Mais celle des copains du président est bien en route dans de nombreux secteurs d’activité.

http://www.marianne2.fr/Bauer-nomme-au-Cnam-par-decret-sarkozyste_a173756.html

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