[Dov Lerner – IES Media Cooperative – 10/01/2009 – Trad. Gregoire Seither]
(…)Basé à Nazareth, le journaliste Jonathan Cook estime que l’attaque contre Gaza relève d’objectifs allant bien au delà de la simple riposte aux tirs de roquettes Qasam.

« Les politiques et les militaires israéliens avouent sans ambages que cette opération est préparée depuis des mois, voire depuis des années – ce qui démontre que les objectifs d’Israël sont bien plus vastes que ce que l’opinion publique le pense ou ce que les médias veulent nous faire croire. Israël a soigneusement choisi le moment de l’attaque – en période de fêtes, les appareils politiques occidentaux sont ralentis et aux US le changement d’administration freine toute réaction – car celle ci lui garantit la plus longue période de latitude pour mettre en œuvre son plan sans interférence diplomatique extérieure. » (Cook, – « Objectives bigger than commonly assumed »-  The National, Janvier 7, 2009; http://www.thenational.ae/article/20090107/FOREIGN/679011682/1140)

Selon Cook, les objectifs d’Israël peuvent être atteints indépendamment du fait que Hamas est éliminé ou réussit à se maintenir. L’important est simplement d’écraser politiquement le mouvement palestinien.
Le journaliste israélien Avi Shlaim le rejoint dans cette analyse :

« Officiellement, le but de cette guerre est d’affaiblir le Hamas et d’intensifier la pression jusqu’à ce que les leaders de ce mouvement acceptent un cessez-le-feu aux conditions dictées par Israël. Mais les stratèges israéliens savent bien qu’un cessez le feu avec le Hamas ne garantit rien. Le véritable but est de convaincre le reste du monde que le problème des Palestiniens à Gaza est avant tout humanitaire et que leurs velléités d’indépendance ne sont pas viables. L’idée même d’une indépendance ou d’une citoyenneté Palestinienne sur Gaza doit être déraillée. » (Shlaim, ‘How Israel brought Gaza to the brink of humanitarian catastrophe,’ The Guardian, Janvier 7, 2009; http://www.guardian.co.uk/world/2009/jan/07/gaza-israel-palestine)

Historiquement, les Etats-unis ont toujours soutenu financièrement, militairement et diplomatiquement Israël, tout en se targuant d’être une « force neutre de médiation ». La guerre à Gaza a encore une fois prouvé que cette affirmation est un mensonge. La semaine dernière les US ont été le seul pays à refuser de signer la résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU appelant à un cessez-le-feu immédiat. Comme le faisait remarquer la BBC « l’abstention US a affaibili l’impact de la résolution étant donné que le soutien de Washington aurait crée une véritable pression sur Israël pour cesser son offensive ». (- Bombs hit Gaza as UN calls for truce,-  Janvier 9, 2009;  http://news.bbc.co.uk/1/hi/world/middle_east/7819371.stm)

Mais c’est encore une fois Shlmo Shamir, dans le journal israélien Ha’aretz qui a fait le travail de fond en mettant au jour la véritable motivation politique des Etats-unis dans ce conflit – contrairement au reste des médias qui se contente de répéter ce que la machine de propagande lui sert.

Se basant sur une source au sein de la délégation de l’ONU, Shlomo Hamir révèle que l’ambassadeur US à l’ONU, Zalmay Khalilzad, « a recu des instructions très claires de la part de ses supérieurs au Département d’Etat avec ordre de torpiller toute initiative du bloc Arabe qui aurait pour conséquence d’accorder au Conseil de Sécurité de l’ONU un quelconque rôle d’arbitre officiel ou un rôle dans le dénouement de la crise de Gaza » (Shlomo Shamir, – U.S. to foil any Arab bid to push Security Council resolution for Gaza cease-fire,-  Haaretz, Janvier 5, 2009; http://www.haaretz.com/hasen/spages/1052887.html)

A la base de toute politique israélienne il y a toujours eu un rejet de toute initiative ou consensus international pour une résolution pacifique des problèmes au Moyen Orient. Pourquoi ? Parce que chacune de ces initiatives implique des concessions et des compromis qu’Israël n’a pas envie d’accepter.

L’écrivain Amos Elon parle de la « panique et du malaise causé chez nos leaders politiques par les propositions de paix arabes, comme l’Accord de Genève ou l’initiative de paix de 2002. Pour le leadership politique israélien, les Palestiniens ne sont pas des partenaires de négociation, ils sont perçus comme des obstacles, un problème irritant qu’il faut éliminer. (Cité par, Noam Chomsky, – Fateful Triangle,-  Pluto Press, London, 1999, p.75)

Noam Chomsky justement, qui écrit: « Au cours des ans, Israël s’est traditionnellement efforcé d’écraser toute résistance a ses projets d’annexion des parties de la Palestine qu’elle convoite, tout en éliminant le moindre espoir pour la population indigène d’avoir un jour une existence décente ou de jouir de droits nationaux. » (Chomsky on the US, Israel, and Gaza,-  Janvier 8, 2009; http://www.thecommentfactory.com/noam-chomsky-on-the-us-israel-and-gaza-1298)

Toujours selon Chomsky: « L’élément clé de l’occupation a toujours été l’humiliation : il ne faut pas qu’ils [les Palestiniens] puissent relever la tête. Le principe de base, souvent exprimé ouvertement, est que les Araboushim – un terme qui relève du même registre que négro ou youpin – doivent bien comprendre qui c’est qui dirige ce pays et qui doit y garder les yeux baissés. » (Chomsky, – Fateful Triangle,-  op. cit., p.489)

Le titre complet du dernier livre Jonathan Cook résume à lui tout seul la base de la politique israélienne : « Disappearing Palestine: Israel’s experiments in human despair« . Caché derrière « un masque de fausse légitimité », Israël « s’est efforcé de détruire l’identité Palestinienne en même temps que son espace vital et de s’approprier ses ressources et la terre par la force. » (Cook, – Disappearing Palestine,-  p.70)

Pour Uri Avnery, militant de longue date pour la paix, le blocus de Gaza – poliment ignoré par les médias ces dernières années – « n’est rien d’autre qu’une expérience scientifique menée par Israël afin de déterminer combien de temps il faut enfermer et affamer une population, transformer sa vie en un enfer, avant que la volonté de cette population soit brisée. » Pour Avnery « la guerre actuelle n’est que la poursuite de cet expérience par d’autres moyens. » (Uri Avnery, – Molten Lead in Gaza,-  Counterpunch, Janvier 2-4, 2009; http://www.counterpunch.org/avnery01022009.html)

(…)Pour de nombreux Israéliens, le taux de naissance élevé chez les Palestiniens fait d’eux une « bombe à retardement démographique »; à plus forte raison la présence de 1,2 millions de Palestiniens sur le territoire israélien est une menace pour le caractère juif de l’Etat d’Israel.

En 2002, le général Eitan Ben Elyahu, ancien chef de l’armée de l’air israélienne a déclaré à la télévision « nous allons éventuellement devoir réduire le nombre de Palestiniens vivant dans les territoires » (Cook, op. cit., pp.134-135).

(…)Pour Jonathan Cook, l’ascension politique d’Avigdor Lieberman, un immigré de Moldavie qui dirige le parti d’extrême droite  raciste Israel Beitenu, est significatif de l’évolution de la société israélienne.

« Lieberman est le probable futur visage politique d’Israël. Il affirme ouvertement – et rencontre une audience grandissante dans la population – qu’il faut expulser la minorité Palestinienne d’Israël… rejoignant par là une politique formulée secrètement par un certain nombre de leaders politiques israéliens depuis un certain temps. » (Ibid., pp.139-140)

Le premier dirigeant d’Israël, David Ben Gurion, se faisait déjà l’avocat d’un projet de nettoyage ethnique qui aurait terrorisé les Palestiniens afin de les forcer à fuir le pays.

Même des personnalités progressistes, comme l’historien Benny Morris, « ont fini par rejoindre le nombre grandissant d’Israéliens soutenant cette idée d’une expulsion générale des Palestiniens, ou plutôt leur transfert, comme on préfère appeler cela. » (Ibid., p.141) Ironiquement, le terme de « transfert » était également utilisé par les Nazis pour légitimer la déportation des populations juives d’Europe vers les camps.

Selon Cook les politiques Israéliens sont tentés par une répétition du modèle politique d’Apartheid sud-africain (NdL&I : Israël a été un fidèle soutien et partenaire économique de l’Afrique du Sud sous l’Apartheid). L’idée serait de transformer les zones de peuplement palestiniennes, essentiellement quelques villes, en ‘Bantoustans’ entourés de territoires contrôlés par Israël. Les colons israéliens disposeraient de la plus grande partie des terres arabes et auraient la mainmise sur les ressources aquifères.
Mais Cook prévient :

« Le modèle d’Apartheid n’est qu’une solution temporaire… Il faudra tot ou tard appliquer la solution définitive : le transfert. Le public israélien est déjà entrain d’être préparé psychologiquement à cette solution, avec des ministres du gouvernement appelant ouvertement à sa mise en oeuvre. Les Palestiniens devront être encouragés à quitter leurs maisons et leurs terres. Et s’ils refusent, il faudra les y forcer. » (Ibid., pp.149-150)

L’historien Ilan Pappé note que toutes les grandes figures du Sionisme ont toujours plaidé pour l’élimination des Arabes de la terre d’Israël. L’un deux, Yossef Weitz, écrivait déjà en 1940: « il est de notre droit de transférer les Arabes » et encore « Il faut se débarasser des Arabes, ils doivent partir ! » (Pappé, – The Ethnic Cleansing of Palestine,-  OneWorld, Oxford, 2006, p.23)

En 1948, David Ben-Gurion argumentait déjà :

« Nous devons faire appel à la terreur, les assassinats, l’intimidation, la confiscation des terres et la privation de tous services sociaux, santé, éducation afin de débarrasser la Galilée de toute sa population arabe. » (Edward S. Herman and Grace Kwinjeh, – Ethnic Cleansing: Constructive, Benign, and Nefarious – Kafka Era Studies, No. 1,-  ZNet, August 9, 2006; http://www.zmag.org/znet/viewArticle/3419)

50 ans plus tard, en 1998, Ariel Sharon disait la même chose :

« C’est le devoir de tout leader israélien d’expliquer à l’opinion publique, de manière claire et courageuse, un certain nombre de réalités qui ont été oubliées avec le temps. La première de ces réalités est qu’il n’est pas possibles d’avoir le Sionisme, la colonisation ou l’existence d’un Etat juif sans l’expulsion de tous les Arabes et l’expropriation de leurs terres. » (Ibid.)

Le 24 mai 2006, Ehud Olmert, premier ministre israélien a déclaré devant le congrés « J’ai toujours été persuadé et je continue à le croire, que notre peuple dispose d’un droit éternel et historique sur l’intégralité de cette terre. » (Ibid.)

Plus inquiétant est le fait que, dans les sondages, près de 60 % des juifs israéliens soutiennent des projets pour encourager ou forcer les Arabes à quitter non seulement Israël mais également les territoires occupés. (Cook, op. cit., p.141)

Dans leur ouvrage, Edward Herman et Grace Kwinjeh démontrent que, « si les guerres brutales menées par Israël contre le Liban en 1982 et en 2006, ont été présentées par les médias comme un acte d’auto-défense contre la menace des Palestiniens puis du Hezbollah, le projet original était d’annexer une importante partie du territoire libanais, sous prétexte d’établir une zone de sécurité afin d’empêcher de futures attaques contre Israël« . (Herman and Kwinjeh, op. cit.)

Ce mouvement de « reprise de notre terre », pour utiliser le vocabulaire Sioniste, nécessite l’appropriation par la force de territoires qui appartiennent déjà à d’autres. En ce sens, font remarquer Herman et Kwinjeh, le « modèle Sioniste est un exemple classique d’expansion d’une entité géopolitique – le Grand Israël, la Grande Allemagne, la Grande Serbie. A noter que le projet de Milosevic de « reconquête de notre terre historique » afin de construire la « Grande Serbie » a été qualifié « d’opération criminelle » par le TPI et Milosevic a été condamné pour l’avoir mis en œuvre. Ce projet est pourtant semblable en tous points au projet Sioniste » (Ibid.)

L’attaque en cours sur Gaza est donc bien plus qu’une opération de restauration de la fierté militaire après les échecs au Liban en 2006, bien plus que la simple élimination des attaques de Qasam et la destruction politique du Hamas. L’objectif fondamental est la poursuite du plan stratégique d’Israël mis en œuvre depuis les premiers jours de Théodor Herzl: rendre la vie impossible aux Arabes afin de les obliger à partir et laisser le pays aux seuls juifs.