[Gregor Seither – IES Media Cooperative – 05/01/2008]

En décembre dernier, un mois après son élection comme président des Etats-unis, Barack Obama avait demandé à l’Administration Bush en place s’il était possible que lui et sa famille s’installent avec une semaine d’avance dans le pavillon des invités de la Maison-Blanche, « Blair House ». Le Sénateur de l’Illinois ne dispose pas d’un appartement à Washington et il voulait pouvoir s’installer une semaine avant sa prise de fonctions, afin de pouvoir faire la rentrée scolaire washingtonienne pour ses deux filles.

La réponse de la Maison Blanche fut immédiate : « Pas question ». L’argument avancé était que « Blair House » était déjà intégralement réservée pour un autre invité. Lors d’une conférence de presse le porte-parole Républicain de la Maison-Blanche refusa de nommer l’invité mais ne se priva  pas d’ironiser sur cette « précipitation des Obama à investir la Maison-Blanche avant l’heure » ajoutant également que l’administration de « Blair House » était « outrée par cette demande ». Il termina par une remarque qui fleure bon le sexisme habituel des Républicains : « Nous pensons que Michelle Obama aura tout le temps, après la cérémonie de prise de fonctions, de changer les rideaux à la Maison Blanche et d’inspecter la moquette. Inutile de se précipiter. »

Aujourd’hui, un mois plus tard, nous savons enfin qui est ce mystérieux invité du Président Bush, quelqu’un de tellement important qu’il a besoin d’une résidence de 140 pièces (dont 35 suites avec salle de bain) pour se loger quand il vient à Washington. Il s’agit de  John Howard, l’ancien Premier-Ministre australien, venu pour recevoir la « Medal of Freedom » (Médaille de la Liberté) des mains de George W. Bush.

Howard ne passera qu’une seule nuit à Blair House, mais cela n’empèche pas toute la maison d’être réquisitionnée – obligeant même deux autres récipiendaires de la « Médaille de la Liberté » à se loger ailleurs – en l’occurence Tony Blair, ancien Premier-Ministre britannique et Alvaro Uribe, Président de Colombie.

Sur Bloomberg, la journaliste Margaret Carlson a révélé que, non seulement Blair House est suffisamment grand pour héberger tout le monde y compris la famille Obama: « C’est immense, il y a tellement de suites qu’il n’y aurait eu aucun risque que Howard se retrouve nez-à-nez avec Obama devant la porte de la salle de bains, le matin« , mais aussi que, au moment où Barack Obama avait demandé à utiliser le pavillon des invités de la Maison Blanche, l’Administration Bush n’avait même pas encore prévu d’inviter John Howard à cette date.

Ceci dit, étant donné que Howard avait dit, lors de la campagne présidentielle U.S. que « si j’étais un supporter d’Al Qaïda en Irak, je voterais pour Barack Obama » – il vaut peut-être mieux que ces deux ne se rencontrent pas au détour d’un couloir.

John Howard, enfant chéri de la droite étatsunienne, a été un des principaux soutiens politiques et militaires de George Bush (qui l’appelait « mon pote en acier ») :  il a non seulement approuvé et soutenu toutes les opérations militaires US en Irak mais est également l’unique président d’une nation industrialisée – avec Bush – à avoir refusé de signer le Protocole de Kyoto sur les limitations des gaz à effet de serre.

Tant de « vaillance » au service de la « Liberté » méritait bien une récompense : une médaille et une nuit exclusive dans un palace de 135 chambres.