[Bill Bonner, cofondateur de La Chronique Agora, à Londres – 01/12/2008]

« Je pense qu’Obama devrait inclure Gideon Gono dans sa nouvelle équipe« , nous écrit un ami. Vous n’avez jamais entendu parler de Gideon Gono, cher lecteur ? Eh bien, c’est un des meilleurs économistes n’ayant jamais reçu de prix Nobel.

Pourquoi ? Parce que M. Gono est un anti-déflationniste avéré. Personne n’en sait plus long sur la lutte contre la déflation que M. Gono. Voilà pourquoi il était un candidat évident au poste de secrétaire au Trésor américain. Si le principal défi financier qui attend les Etats-Unis est d’empêcher un effondrement déflationniste — comme tout le monde le dit — M. Gono est notre homme. D’autres économistes — Ben Bernanke, notamment — ont étudié la question d’un point de vue théorique, mais M. Gono a des années d’expérience pratique dans le domaine.

Il aurait peut-être dû rester sur ce terrain. Pour y bêcher ses carottes, par exemple. Au lieu de cela, il y a cinq ans, le vieux grigou a été nommé à la tête de la Banque centrale du Zimbabwe. Reuters nous donne les résultats : « l’inflation du Zimbabwe est estimée à 89,7 mille trillions pour-cent ».

« Gideon Gono, gouverneur de la banque centrale de Johannesburg-Zimbabwe, a été choisi pour un second mandat de cinq ans… Nommé en décembre 2003, le mandat de Gono couvre l’effondrement économique du Zimbabwe, autrefois prospère, souligné par la pénurie de biens de base et la plus haute inflation de la planète, que le gouvernement estimait à 230  millions de pour-cent en juillet. La fondation Cato Institute, basée à Washington, estime l’inflation du Zimbabwe à 89,7 mille trillions pour-cent ».

« Pour tenter de gérer l’hyperinflation, Gono a mis en place des billets de banque avec une dénomination plus élevée, et a supprimé un total de 13 zéros à la devise – trois zéros en août 2006 et 10 en août 2008 –, mais elle a continué à perdre de sa valeur. Actuellement, le billet ayant la plus haute dénomination est à un million de dollars zimbabwéens, ce qui ne suffit pas à acheter une miche de pain — les consommateurs doivent avoir avec eux d’immenses quantité de liquide pour faire des achats simples ».

Mais au lieu de faire venir quelqu’un qui sait vraiment comment empêcher les prix de chuter, Obama a nommé Timothy Geithner pour diriger le Trésor américain. En tant que président de la Fed de New York, M. Geithner était pratiquement dans la pièce lorsque « les bombes ont commencé à pleuvoir« . C’était le G-man… les yeux et les oreilles du gouvernement… sur le terrain lorsque Wall Street mettait le détonateur à la bombe des subprime… remplissait ses cocktails molotov de dette commerciale non-sécurisée… construisait son arsenal de destruction massive avec plus de 400 000 milliards de dollars de produits dérivés.

Apparemment, il n’a rien vu du tout !

Deux de nos collègues anglais sont allés voir l’économiste Robert Shiller (de l’étude immobilière Case-Shiller) à la London School of Economics cette semaine. Selon eux, Shiller déclare avoir envoyé des avertissements à la Fed de New York pendant que Geithner était aux commandes. Mais les autorités n’ont pas semblé se soucier de ses messages moroses et ont cessé de lui demander son avis. Puis Shiller a étudié les remarques de Geithner durant la période de bulle et en est arrivé à la conclusion suivante :

Timothy Geithner n’avait pas la moindre idée de ce qui se passait.

A présent, Wall Street a implosé… et toute l’économie semble s’effondrer. Faites venir Gono, tel est notre conseil. Voilà un homme qui sait comment susciter un peu d’inflation quand on en a besoin. Voire beaucoup.