[Commentaires de lecteurs de L&I – 24/11/2008]

Deux commentaires de lecteurs qui apportent un éclairage intéressant sur l’hystérie politico-médiatique autour des « Neuf de Tarnac » et la tentative de résusciter un épouvantail :

Ayad avait fait le lien entre l’agitation d’Alliot-Marie et les « scénarios » écrits dans les années 1970 par les manipulateur de la stratégie de la tension, en Italie, France et Allemagne, en vue de créer un climat de peur propice à l’instauration de gouvernements de droite dure qui mettraient en place, sans rencontrer d’opposition, des mesures néo-libérales extrèmes à la sauce Pinochet, Thatcher et Douglas…

En 1976, en Italie, à l’Academie de Police de Rome, deux sociologues – par ailleurs membres de la loge P2 – avaient décortique la “méthode pour fabriquer un groupe politique violent” dans le cadre de la “stratégie de la tension” entretenue par les “Stay-Behind” de l’OTAN.

Prenez des jeunes idéalistes et cultivés, capables de réflexion synthétique qui les amène à des conclusions,  harcelez-les pour les pousser à la rupture, infiltrez-les pour pouvoir les manipuler, puis faites leur subir une répression violente afin de les déstabiliser et les radicaliser… et les confirmer dans leur vision dissidente. Il ne reste plus ensuite qu’à canaliser leur colère et la paranoia née de la répression qu’ils ont subie vers une ou deux actions violentes spectaculaires afin de frapper les esprits du public.

Cela peut servir par la même occasion à se débarasser d’un opposant politique (comme Aldo Moro ou Jürgen Ponto) ou bien solder une dette vis-à-vis d’un Etat tiers (comme Georges Besse ou le Général Audran).

Vous avez ensuite un épouvantail de choix qui pourra servir ultérieurement à maintenir les citoyens dans le giron protecteur de l’Etat Défenseur de l’Ordre et de la Propriété, museler une presse trop indépendante, faire taire des géneurs politiques…

…. sans parler du fait qu’un tel épouvantail vous donne tous les moyens nécessaires pour justifier votre présence au coeur de l’Etat afin de traquer le dissident.

Les auteurs de la conférence soulignaient que “la création d’un tel groupe n’est pas compliquée, c’est très bon marché au vu des bénéfices sécuritaires qu’on peut en tirer”

C’est à croire que, chez Alliot-Marie, on a retrouvé le polycopié de cette conférence…

Puis Malvina nous répond, pointant le précédent de la P2 de Licio Gelli et Francisco Cossiga, ce dernier ayant récemment avoué avoir totalement infiltré les mouvements de gauche et les avoir manipulé afin qu’ils commettent des actions violentes qui serviraient la stratégie politique du pouvoir  :

Je cite de mémoire, mais cette conférence/rapport est mentionnée dans plusieurs ouvrages sur GLADIO et les Stay-Behind, notamment en rapport avec l’assassinat d’Aldo Moro et l’attentat meurtrier de la Gare de Bologne, point d’orgue de la stratégie de destabilisation orchestrée par la P2 de Licio Gelli.

Tous les chefs des services secrets italiens ont été membres de la P2, comme l’a montré l’enquête et les papiers retrouvés chez Gelli… mais aussi des “honorati” comme Silvio Berlusconi et autres…

Gelli (et ses mentors néo-cons à Washington et à l’OTAN) ne supportaient pas l’ascension politique du parti communiste italien entre 1970-1980, craignant que ce pays (qui est un pilier de l’OTAN en Mediterrannée) tombe dans le camp “non-aligné” voire “pro-soviétique”.

Ils ont donc mis en place – avec l’aide de la CIA et des réseaux Stay-Behind – toute une stratégie de destabilisation et d’élimination des cadres politiques susceptibles d’aider le Parti Communiste à venir aux affaires. Le but était de créer la peur afin de faire venir un gouvernement de droite dure au pouvoir et faire accepter aux italiens une vague de répression politique violente contre la gauche, ainsi qu’une répression des libertés individuelles, notamment dans les universités, bastions de la contestation.

Le projet de Cossiga était de frapper fort, tuer les leaders étudiants et gauchistes ou bien les enfermer dans des camps – son modèle était l’Argentine de Viola, le dictateur sanglant qui avait pris le pouvoir en 1975 et massacré 8 000 militants de gauche.

Aldo Moro a été enlevé le jour même où il s’appretait à annoncer une alliance entre la DC et le PCI/PSI. Les USA étaient fou furieux et Henri Kissinger avait menacé Moro : “Si tu fais cela, tu le paieras de ta vie”.

Ce projet était connu et surveillé depuis trois semaines par le SISMI, qui avait infiltré les “Brigades Rouges” de longue date.

Sur ordre direct du Ministre de l’Intérieur, Francisco Cossiga, les services secrets ont non seulement rien fait pour empécher l’enlèvement puis l’assasinat, mais ils ont même aidé les terroristes dans leur projet – comme l’a avoué Steve Pieczenik, l’envoyé spécial de Jimmy Carter auprès de Cossiga, lors de la crise – dans un livre intitulé “We Killed Moro” publié en Mars 2008.