[L’union – Stéphane Massé – 21/11/2008]
Non, les jeunes mis en examen à Tarnac ne sont pas membres de la Fédération anarchiste. Et dans cette affaire, c’est le rôle de l’État que pointent les « anars » locaux.

L’ANECDOTE ne va sans doute pas permettre aux collègues et connaissances de Dominique Lestrat, figure bien connu du groupe Propotkine, une des composants de la Fédération anarchiste, de diminuer leur volume de plaisanteries sur les prétendues activités de l’homme à la barbe aussi fournie que les rumeurs sur l’affaire de Tarnac. « On n’arrête pas de me demander, avec un grand sourire heureusement, si on ne risque rien à prendre le Paris – Laon. » Et d’apprendre que Dominique Lestrat se trouvait à Gentioux (Creuse), célèbre pour son monument aux morts qui porte l’inscription « Maudite soit la guerre » soit à 18 km de Tarnac (Corrèze), lieu où le groupe de jeunes a été interpellé, ne va contribuer à diminuer les piques. « Nous avons presque été prévenus en direct que l’opération des forces de l’ordre venait de se dérouler » glisse Dominique Lestrat, « et ensuite, comme il a été retrouvé le journal qu’édite le mouvement libertaire de la Creuse, « Creuse Citron » dans le café que ce groupe de jeunes a remonté à Tarnac, il y a eu aussitôt, une assimilation. » Or, la réalité est bien différente selon l’habitant de Merlieux. « Bien sûr que nous les connaissions, mais ils ont toujours voulu être à l’écart du mouvement anarchiste. Ils ont des principes qu’ils disent tenir du marxisme-léninisme. Soit l’opposé du principe de la Fédération anarchiste dont nous sommes membres. Pour moi, cela ressemblait plus des à des jeunes issus de la bourgeoisie et mal dégrossis. »

Par contre, le sujet permet à l’anarchiste de donner certains arguments, sur cette situation qui a débouché sur l’interpellation de neuf personnes et la mise en examen de cinq : « Le mouvement « anarchiste autonome » n’existe pas. C’est une pure construction des ex-renseignements généraux, repris par une certaine presse avec une docilité digne d’éloges. On reproche à ces jeunes, pour certains des manifestations contre le CPE, contre le sommet qui s’est tenu à Vichy ou une à New York. Mais les preuves trouvées qui sont soi-disant « significatives » ne sont qu’une lampe frontale, des horaires SNCF et une corde d’escalade. » L’homme insiste aussi sur le « mouvement de soutien et l’incrédulité qui se sont déclarés dans ce petit village où ils sont appréciés. »

Mais, en bon anarchiste qu’il est, il va plus loin : « S’il y a terrorisme ici, il faut parler plutôt de terrorisme d’État. Car c’est lui qui a laissé les conditions se dégrader au niveau de la SNCF et des voies, ne confiant pas assez de moyens à RFF qui gère l’entretien des rails. Comme par hasard, cette histoire intervient au moment où il y avait une menace de grève à la SNCF. Tout est fait en ce moment, pour faire accepter les militaires en arme dans la rue. Sans doute en prévision des mouvements sociaux de masse qui se préparent. Car aujourd’hui, avec un PS divisé, un PC moribond, une extrême gauche qui se reconstruit et nous, les anarchistes qui sommes minoritaires, il n’y a plus de contre-pouvoir crédible. »

Et pour finir, Dominique Lestrat finit par un habituel trait d’humour, version anarchiste : « Quand un attentat n’est pas revendiqué, il faut regarder du côté des services secrets∑ Rappelez-vous que le premier attentat était l’˛uvre du préfet de police Andrieux, contre une statue de Thiers∑ »

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