[Tim Carr – IES Media Cooperative – 17/11/2008 – Trad. Gregor Seither]

Dans le Nord-Est du Nevada, au bout d’un chemin en gravier, le Donna’s Ranch n’appate pas le client avec ses veaux, vaches et cochons mais avec ses femmes. L’établissement est un bordel, institution légale dans cet Etat. L’endroit est réputé, de nombreux films y ont été tournés et il est mentionné dans plusieurs romans. Mais avec la crise pétrolière, financière et économique, les clients se font rares et les « madam » ont du mal à joindre les deux bouts..

Amy, 58 ans, se souvient des beaux jours où elle avait pu se payer une voiture de luxe à 32 000 dollars; aujourd’hui elle se prive de tout pour continuer à payer les traites de sa maison, que la crise du subprime a fait grimper à 1 200 dollars mensuel.

Mais les clients ne sont plus si généreux :  « certaines semaines je gagne moins que ma soeur qui grille des hamburgers chez Wendys ». Les filles de Amy sont restées en Californie et ne savent pas comment sa mère gagne sa vie. « Auparavant, je ramenais  5 000 dollars toutes les six semaines à la maison, aujourd’hui il me faut trois mois pour rassembler cette somme ».  L’un de ces clients lui a expliqué que, avec le prix du « gallon » d’essence, « cela me coûte aussi cher en essence de venir te voir que ce que je te paye pour coucher avec toi pendant une demi-heure. »

Il y a environ 25 bordels légaux au Nevada, et tous accusent le coup dans la crise. Le légendaire Mustang Ranch voit encore arriver pas mal de monde, mais le nombre de « filles » se proposant d’y travailler a triplé. « La semaine dernière nous avons même vu arriver une dame, très bien mise, qui avait 74 ans, et qui voulait travailler chez nous. Elle était ruinée par la crise, avait perdu sa maison, son magasin de fleurs et dormait dans sa voiture » explique Laverne McCoy, l’un des patrons de l’établissement. L’été dernier, pour stimuler le commerce, le bordel voisin, le Shady Lady offrait des coupons d’essence aux bons clients. Et le Moonlite Bunny Ranch proposait des prestations extras gratuites à ceux qui venaient y dépenser leurs chèques du « plan de relance de l’économie » mis en place par le Président Bush.