[Rémi Leroux | Rue89 | 19/09/2008]
François Nadiras, de la Ligue des Droits de l’Homme à Toulon, anime un site internet dédié aux questions de libertés publiques. Il revient sur les risques pour une démocratie de voir se multiplier les fichiers informatiques, alors que Michèle Alliot-Marie vient de remettre au Premier ministre une nouvelle mouture du projet « Edvige ».

« Si on veut confier aux machines des choses qui devraient être faites par des hommes avec leur conscience, de respect des uns des autres, il y a un risque. Le risque de faire de ces fichiers le pire des usages. »

Selon lui, le débat né autour du projet « Edvige » a permis de sensibiliser l’opinion publique. Mais, il s’interroge sur la suite, une fois le fichier remanié et mis en place  :

« La contestation d’Edvige a pris une ampleur que l’on n’espérait pas. C’est vrai que c’est un moyen très fort de pression sur le gouvernement et sur l’administration. Entre parenthèse, on dit souvent le gouvernement, mais l’administration y est aussi pour beaucoup.

Ce que l’on peut espérer, c’est que les politiques prennent conscience des dangers. Mais, je suis un peu pessimiste de ce côté-là. De manière générale, je pense qu’ils cèdent à la facilité et à la volonté présidentielle de ficher les Français. Et, pour moi, elle est indéniable. En revanche, j’espère que l’opinion va rester mobiliser. »

Xavier Darcos  : « Base élèves  ? Un document profondément liberticide »

Mobilisation contre « Edvige », mais également contre « Base élèves », autre fichier sensible. François Nadiras revient sur la lutte menée depuis deux ans par certains parents d’élèves et certains enseignants qui avaient très tôt mesuré le risque que représentait ce fichier scolaire. Un combat qui, selon lui n’est pas terminé.

Le 17 juin dernier, face à la Commission des finances, de l’économie générale et du plan et à la Commission des affaires culturelles, familiales et sociales, réunies sous la présidence de Didier Migaud, Xavier Darcos a en effet reconnu que Base Elèves était un document « profondément liberticide ». Avant de préciser  :

« L’origine sociale des familles, la langue des parents, etc., ne nous intéressent pas. Le fait de les indiquer est inutile et n’est pas conforme à la tradition républicaine de l’école de Jules Ferry, qui doit accueillir les enfants quels qu’ils soient pourvu qu’ils soient d’âge scolaire. »

« En attendant, poursuit François Nadiras, tant que le nouvel arrêté d’application n’est pas publié, certains Inspecteurs d’académie continueront à exercer des pressions sur les directeurs d’école pour qu’ils acceptent de rentrer les données dans la base. Comme cela a été le cas en Isère ces derniers jours. Or, cela ne me semble pas tout à fait compatible avec ce qu’a déclaré Xavier Darcos ».

La Cnil affaiblie…

Mais selon lui, l’un des fichiers les plus « redoutables » reste le fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG), initialement limité aux auteurs de crimes ou de délits sexuels et dont l’application a été étendue en 2003.

Le militant des libertés publiques regrette que, face à la multiplication de ces « outils de contrôle », la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) ne dispose plus aujourd’hui d’autant de prérogatives qu’il y a quelques années. « En ce qui concerne la création de nouveaux fichiers d’Etat, en particulier de sécurité », estime-t-il, elle a perdu « le droit de s’opposer ».

Multiplication des fichiers informatiques, outils de régulation vidés de leurs attributions et risques d’usages abusifs, pour François Nadiras, « les moyens que met en place le gouvernement actuel donneraient des outils extraordinaires à un gouvernement dictatorial ».(Voir la vidéo) 

http://www.rue89.com/marseille/2008/09/19/une-indeniable-volonte-du-president-de-ficher-les-francais