[Gregor Seither – IES Media Cooperative – 14/11/2008]
Deux scandales couvent sous l’affaire Goldmann Sachs :
De nombreux observateurs à Wall Street se sont étonnés du fait que le Trésor U.S. ait laissé couler Lehman Brother et décidé de sauver Goldmann Sachs. Cela est peut-être dû au fait que la majorité des cadres travaillant au Trésor U.S. et à la Banque Fédérale sont des anciens cadres de Goldman Sachs – y compris Hank Paulson, Secrétaire d’Etat au Trésor, qui a initié le « plan de sauvetage » et qui détient encore des parts dans Goldmann Sachs. Pourquoi n’avoir pas fait la même chose pour Lehman Brothers ? Est-ce que c’est que Lehman était le principal concurrent de Goldmann Sachs et que cela arrangeait Paulson de laisser couler son rival de toujours ?

Mais cela ne s’arrête pas là. Il semble bien que le plan de sauvetage initié par le gouvernement U.S. soit une très bonne affaire pour les banques, et une très mauvaise affaire pour le contribuable.

Hank Paulson a accepté de verser 125 milliards de dollars aux neuf principales banques du pays, y compris 10 milliards de dollars à son ancien employeur. Mais si vous vous penchez en détail sur la transaction de Paulson, vous constaterez que c’est un très mauvais investissement pour le gouvernement U.S. et donc pour le public : le contribuable a payé 125 milliards de dollars pour un paquet d’actions, alors que des investisseurs privés auraient pu acquérir la même chose pour 62,5 milliards de dollars, soit moitié moins.

Ceci signifie que la moitié de l’argent public utilisé pour « sauver » les banques n’était rien d’autres qu’un gigantesque « cadeau » aux banquiers spéculateurs… un cadeau payé par le contribuable et pour lequel il n’a rien reçu en échange.

Pour William Greider, éditeur du journal « The Nation » :

Cette découverte, c’est de la dynamite. Nous devons entreprendre une action immédiate pour faire cesser ce « plan de sauvetage » et en corriger les termes. Il faut faire opposition sur ce chèque du Trésor avant que les banquiers ne l’encaissent.

Nous devons immédiatement demander la création d’une commission d’enquête sur la manière dont Paulson et son équipe ont déterminé les conditions d’une transaction aussi biaisée en faveur des grandes banques de la place, et notamment leur ancien employeur.

Toute l’équipe de Paulson travaillant sur le plan de sauvetage est composée d’anciens de chez Goldman Sachs et d’autres grands institutions financières de Wall Street. Et nous n’avons aucun moyen de savoir si ces individus, quand ils ont accepté leur nouvel emploi, ont vraiment renoncé à toutes leurs participations dans les entreprises qu’ils viennent de renflouer si généreusement.

Sous couvert de sauvetage du système financier, quand ils ont décidé de généreusement renflouer les banques et les actionnaires avec de l’argent public, est-ce qu’ils n’en ont pas profité pour s’enrichir eux mêmes ?

Leo W. Gerard, président du syndicat de métallurgistes United Steelworkers, a soulevé ces questions explosives dans une lettre outrée envoyée à Paulson la semaine dernière. Le syndicat est un gros investisseur institutionnel pour la caisse de retraite de ses membres. Il a donc demandé à ses experts financiers d’analyser les mesures de sauvetage et de calculer la valeur réelle de l’investissement réalisé par le Trésor avec l’argent du contribuable.

Dans le cas de Goldman Sachs, les analystes de United Steelworkers se sont basés sur une transaction similaire, réalisée 20 jours plus tôt. Le milliardaire Warren Buffett avait alors investi 5 milliards de dollars dans Goldman Sachs et avait acheté le même type d’options que celles acquises par le Trésor. A la différence que Buffet avait obtenu des options générant un taux d’intérêt de 10%, tandis que le Trésor, et donc le contribuable, n’ont reçu que des options avec 5% de dividende.

Comme le souligne Leo Gerard :

« A dollar égal, Warren Buffet a reçu entre 7 et 14 fois plus d’actions que le Trésor, et ses warrants disposent de conditions plus attractives ».

« Je suis certain que les analystes du Trésor étaient au courant des termes de l’investissement de Warren Buffet, écrit le président du syndicat. « De fait, je vous soupçonne de les avoir étudiées de très près et je pense que vous saviez exactement ce que vous faisiez quand vous avez proposé ce deal 50-50.

En proposant un plan de sauvetage composé de 50% d’investissement et de 50% de cadeaux, le Parti Républicain est resté fidèle à sa philosophie : quand il s’agit de distribuer l’argent des contribuables, son objectif sera toujours de faire le plus possible de cadeaux à ses copains.«