[Gregor Seither – IES Media Service Cooperative – 10.10.2008]
La semaine dernière, Ann Woolner, analyste chez Bloomberg, a fait une déclaration surprenante pour une employée d’un service d’information habituellement fort complaisant avec le capitalisme. Pour un peu, on aurait cru entendre Arlette Laguiller :

Dans cette crise financière, le plan de sauvetage proposé par l’équipe Bush est un véritable coup de pied dans les dents… les cadres de ces institutions financières, ceux qui ont provoqué cette crise, ceux qui ont poussé à la roue avec leur spéculation sans bornes, ceux qui, au minimum, n’ont pas fait leur travail et n’ont rien vu venir… tous ces gens là vont s’en mettre plein les poches avec l’argent du contribuable. Le plan de sauvetage, financé avec notre argent, va leur permettre de se sortir d’affaire et d’emporter avec eux des centaines de millions de dollars. Pendant ce temps là, nous – les pauvres petits contribuables – devons racler le fond de nos poches, mettre en péril nos plans d’avenir, et ceux de nos enfants.. simplement pour réparer leurs erreurs de jugements spectaculaires.

Tous ces champions de la finance, ces génies du capitalisme se sont bien gavés avec l’argent public… en contradiction totale avec leur idéologie « moins d’Etat » affichée toutes ces années.

Ainsi, Stanley O’Neal a reçu un « bonus de départ » de 161 millions de dollars quand il a quitté Merrill Lynch & Co. (vous vous souvenez de Merrill Lynch?), et ce n’était même pas un « parachute doré », juste une « rémunération exceptionnelle ». La société a fait faillitte un mois plus tard.

Angelo Mozilo, qui a mené Countrywide Financial Corp. à la faillite, a engrangé un bénéfice de 122 millions de dollars pour l’année 2007, rien qu’en stock options.

Embauché pendant trois mois à la tête de American International Group Inc., le PDG Robert Willumstad a reçu un « bonus » de 7 millions de dollars quand l’entreprise a mis la clé sous la porte. Pas mal pour trois mois de ‘travail’.

Bien sûr, avec la crise, la valeur du portefeuille de Richard Fuld, chez Lehman Brothers Holdings Inc. a perdu environ 1 milliard de dollars, mais – si l’on en croit un calcul de Fortune magazine – cela ne l’a pas empéché de faire un profit personnel de près de 500 millions de dollars à travers la vente d’actions.

Toujours selon Ann Woolmer, de Bloomberg :

Nous savons aujourd’hui que le prix de vente de ces actions était incroyablement surévalué, vu qu’il reposait sur des contrats subprime. Est-ce qu’il ne faudrait pas demander à Monsieur Fuld de restituer une partie de cet argent ? Ou la totalité de ces profits mal acquis ?

Au moins le gouvernement a t’il bloqué les 24 millions de dollars de « prime de départ » que les PDG de Fannie Mae et Freddie Mac, s’étaient votés juste avant que le gouvernement les nationalise, le mois dernier. « 

Faire cracher aux capitalistes leur argent mal acquis ? Quand on vous disait que Bloomberg s’était converti au bolchevisme pur et dur !!!!

En règle générale, il n’est pas facile de reprendre de l’argent ou des primes octroyées dans le cadre d’un contrat de travail, à moins qu’on ne puisse prouver que, d’une manière ou d’une autre, l’employé n’a pas respecté les termes de son contrat.

Mais cela vaudrait le coup d’essayer, au moins. Voici les options disponibles.

Jetons-les en prison. Si une enquête criminelle est dilligentée, le gouvernement peut saisir les sommes mal-acquises. Coupons les sangles des parachutes dorés et attrapons ces spéculateurs qui ont volé notre argent. Saisissons leurs comptes en banque, leurs investissements, leurs résidences secondaires, leurs avions privés et leurs yachts.

En juin dernier, la police fédérale a lancé un certain nombre de mandats d’arrêt contre des cadres de Bear Stearns Cos. et de gestionnaires de « hedge funds ». Fin octobre, le directeur du FBI, Robert Mueller a déclaré devant le Congrès des USA que son agence poursuiverait les responsables de cette débacle « aussi haut que nécessaire dans la hiérarchie ». Le problème est qu’il n’est jamais facile d’établir la preuve que les cadres supérieurs ont menti sciemment… les exemples Enron et WorldCom sont là pour nous le rappeler.

Bien sûr, il y a toujours la possibilité d’actions en justice de la part des actionnaires individuels.

Dans le cas de la faillite de WorldCom, les actionnaires ont gagné en justice contre la direction de l’entreprise et obtenu le remboursement de 18 millions de dollars de primes et bonus que les PDG s’étaient octroyés avant la chute. La direction de WorldCom a été obligée de réserver 20% de sa valeur nette pour le remboursement des actionnaires floués. A l’époque, les assurances des différents directeurs ont également dû verser un total de 36 millions de dollars en dédommagement aux actionnaires. Bon, de nos jours, bien sûr, demander à un assureur de payer le dédommagement n’est pas une très bonne idée. D’autant plus que, si c’est l’assureur AIG qui gérait ces contrats, ce serait encore une fois le contribuable qui paierait la note.

Chez UnitedHealth Group Inc., William McGuire, ancien PDG, a du prélever 30 millions de dollars sur ses fonds propres pour dédommager des actionnaires floués par une opération d’anti-datage de stock-options. Ce n’est qu’une partie des remboursements : dans un autre procès, McGuire a été obligé de restituer 600 millions de profits en stock options obtenues de manière frauduleuse. (…)