[Gregor Seither – IES Media Services Cooperative – 10.10.2008]
Une petite poignée de collaborateurs de Lehman Brothers à New York – qui ont contribué à créer la plus grande faillite d’entreprise au monde – vont pouvoir se partager un paquet bonus de 2,5 milliards de dollars. Ce bonus, que d’autres membres de l’équipe Lehman à Londres ont traîté de « scandaleux », a été promis par le repreneur, Barclays Capital, la banque d’affaires britannique, qui a repris les opérations U.S. de Lehman Brothers et notamment les 10 000 salariés des bureaux de New York. (…)

Le document de reprise de faillite (Chapter 11 bankruptcy document) déposé par Lehman Brothers Holdings Inc précise que le repreneur, Barclays, a identifié HUIT individus parmi les 10 000 salariés de l’équipe de New York dont la présence est considérée comme « vitale pour la poursuites des opérations » ainsi que 200 autres « collaborateurs clés ». Les huit directeurs se sont vus proposer des contrats de deux ans dotés de salaires oscillant en 10 et 25 millions de dollars annuels. (…) Au total, cela représente une masse salariale approchant les 2, 5 milliards de dollars.

Interrogé par le quotidien The Independent, un des employés londoniens de Lehman a laissé libre cours à sa colère : « C’est un scandale sans nom. A l’avenir, je refuserais de travailler pour une entreprise américaine. Quand les choses vont mal, ils vous laissent tomber comme une vieille chaussette. De toute évidence, ils ont décidé de nous jeter à la poubelle. Aucune personne de l’équipe U.S. ne s’est manifesté auprès de nous depuis que nous avons déposé le bilan, lundi dernier. Et nous pouvons toujours courir pour toucher nos salaires »

Un autre employé a déclaré : « Cela fait 8 ans que nous travaillons pour Lehman, sans compter notre temps, les week-ends, les soirées, presque jamais de congés. Aujourd’hui, aux USA, toutes les grandes institutions financières ont été sauvées par le gouvernement et même Lehman Brother à New York va recevoir de l’argent… mais par contre, pour les employés en Europe, c’est une autre histoire. En ce qui nous concerne, on nous dit qu’il n’y a même pas assez d’argent pour payer nos salaires des deux derniers mois. »

Price Waterhouse Coopers, l’administrateur des opérations de Lehman en Europe a exigé de la maison mère qu’elle restitue la somme de 4,4 milliards de livres qui ont été transférés depuis les comptes britanniques de la société vers ceux de la Lehman Holdings U.S., quelques heures seulement avant que la société ne s’effondre.

Ce brutal retrait de liquidités avait mis la branche anglaise de Lehman dans l’impossibilité de payer les salaires de ses employés.