[Yediot Aharonot, 16 septembre 2008 – Traduction : Gérard pour La Paix Maintenant]
Muki Dagan est membre de Yesh Din, Volontaires pour les Droits de l’Homme.

L’action de représailles violente (mise à sac du village, maisons brûlées, etc., ndt) organisée par plusieurs dizaines de colons d’Yitzhar contre le village palestinien voisin d’Assira al-Kabaliya (après que l’un des leurs a été poignardé par un Palestinien venu de ce village, ndt) n’est que la partie émergée de l’iceberg. L’iceberg du terrorisme juif dont, à l’occasion, sont témoins les Israéliens.

Pendant la semaine qui a précédé cette attaque, nous avons pu noter au moins deux cas qui attestent cette réalité. Des officiels de l’Administration civile, qui voulaient confisquer du matériel de construction sur les lieux de la colonie illégale de Yaïr, se sont fait attaquer parce, que selon les colons, ils étaient arrivés « en ayant prévenu trop tard ». Plus tard, le même jour, des dizaines de colons ont attaqué une base de Tsahal, se sont heurtés aux soldats qui se trouvaient là pour les protéger, et ont lâché un chien sur le commandant de la compagnie. L’un des officiers a eu un doigt cassé.

Pourtant, malgré les événements à Assira al-Kabaliya, alors que la police et l’armée se rejettent l’une sur l’autre la responsabilité du maintien de l’ordre, le premier ministre et le ministre de la défense se contentent de déclarations telles que « Nous ne permettrons pas que des pogroms aient lieu en Israël. » La violence des colons, pendant un shabbat, a été condamnée par beaucoup, y compris par le Conseil représentatif des colons (Yesha). Mais il y a ceux qui peuvent se contenter de déclarations et ceux dont le rôle est de faire quelque chose. Le premier ministre et le ministre de la défense sont responsables du maintien de l’ordre en Cisjordanie. Pour l’instant, ils ont condamné, mais n’ont rien fait.

Cela fait un moment que les colons d’Yitzhar ignorent l’armée et la police. Les dizaines d’incidents violents et de menaces sont devenues des phénomènes réguliers pour les villageois palestiniens des environs qui connaissent également les violences commises par les agents du terrorisme juif. Et le terrorisme est un moyen de saper l’autorité d’un gouvernement élu.

Les descriptions des émeutes de samedi dernier ont montré que les colons se sont rendus au village depuis Yitzhar après la prière du matin du shabbat, après avoir mis sur pied un plan d’action. Il n’est pas difficile de supposer que le rabbin d’Yitzhar a donné son approbation à ce plan, destiné à venger le jeune homme poignardé ce matin-là (voir l’article ci-après, qui tendrait à confirmer cette hypothèse).

Le camp séparatiste des colons qui est en train d’émerger en Cisjordanie constitue une menace stratégique pour la démocratie israélienne. Violations de la loi, adoption d’une stratégie de terreur avec l’approbation d’autorités religieuses et, finalement, rébellion contre le gouvernement : tout cela caractérise des mouvements messianiques bien connus dans l’histoire juive. Ceux qui ont provoqué la destruction du Second Temple émergent aujourd’hui sous des atours modernes (2).

Or, au-delà de condamnations dans les médias, les dirigeants ne font rien. La police et l’armée n’ont pas d’intérêt particulier à contrer ce camp séparatiste, les Palestiniens souffrent et l’opinion israélienne un dégoût qui sera vite oublié. La société israélienne doit être consciente du danger que représente un terrorisme juif en train d’émerger en Cisjordanie.

(2) Voir sur ce point d’histoire : « Les dangers du paradigme de Massada » http://www.lapaixmaintenant.org/article944

http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3596876,00.html