novembre 2008



L’Affaire du licenciement d’Alain Genestar avait été le premier signal que, dans l’Ere Sarkozy, les journalistes sont priés de rester dans les limites du « storytelling » dictées par l’Elysée. Un certain nombre d’autres affaires, moins médiatisées, et de harcèlements de journalistes sont autant de messages indirects envoyés par Rachida Dati et Michèle Alliot-Marie aux médias. Ne vous avisez pas de contester le pouvoir, si vous ne nous léchez pas le cul, on vous considèrera comme des ennemis et on viendra vous humilier devant vos gosses à 6 heures du mat’ :

Ce qui est rigolo, dans cet article, c’est de constater que – à Libération – ils en sont encore à se demander « dans quel pays on vit »… tu vis dans le pays de Sarkozy camarade. Circulez, y a rien à voir…

Journaliste et « pire que la racaille »

[Le Monde – Pascale Santi – 30/11/08]

Cela se passe en France, au petit matin, quand la police vient arrêter un journaliste à son domicile. Il s’agit de Vittorio de Filippis, journaliste à Libération, membre de la direction du journal, qui a été PDG et directeur de la publication de juin à décembre 2006. Interpellé chez lui à l’aube, vendredi 28, il a été menotté, humilié, insulté devant ses enfants. Motif de cette mesure d’extrême urgence : le site de Libération a hébergé un commentaire d’internaute contesté.

M. de Filippis a été interpellé sur réquisition de la juge d’instruction Muriel Josié, vice-présidente du tribunal de grande instance (TGI) de Paris, saisie d’une plainte en diffamation de Xavier Niel, fondateur du fournisseur d’accès à Internet Free.

Le récit des conditions de cette interpellation a provoqué la stupeur au sein du journal, qui consacre une page à cette affaire dans son édition de samedi 29 novembre. « C’est une attaque de la maréchaussée à l’aube, fouille au corps et enfermement temporaire. Tout ça pour quoi ? Pour un procès en diffamation dans lequel nous avons déjà obtenu gain de cause à deux reprises », écrit Laurent Joffrin, PDG de Libération.

L’affaire est racontée sur le site de Libération : « Vendredi matin, à 6 h 40, j’ai été réveillé par des coups frappés sur ma porte d’entrée. Je me suis trouvé face à trois policiers », raconte M. de Filippis. Ils lui lancent : « Habillez-vous, on vous emmène. »

Le journaliste proteste. « Réveillé par le bruit, mon fils aîné, qui a 14 ans, assiste à toute la scène. Son frère, 10 ans, ne sort pas de sa chambre, mais j’apprendrai qu’il était réveillé et qu’il a très mal vécu ce moment. Je dis aux flics qu’il y a peut-être d’autres manières de se comporter. Réponse devant mon fils : « Vous, vous êtes pire que la racaille ! » » Les policiers lui signifient qu’il est sous le coup d’un mandat d’amener au TGI.

Vers 7 h 15, les policiers emmènent le journaliste au commissariat du Raincy (Seine-Saint-Denis), où il réside. Il demande la présence des avocats du journal. En vain. Il est menotté, puis emmené à Paris dans les sous-sols du TGI. « On me demande de vider mes poches, puis de me déshabiller (…) Je me retrouve en slip, ils refouillent mes vêtements, puis me demandent de baisser mon slip, de me tourner et de tousser trois fois. » Le journaliste s’exécute et se rhabille. Les policiers l’enferment dans une cellule. Interrogé vendredi par Le Monde, le commissariat de Raincy a répondu : « Nous ne pouvons vous passer aucun gradé. Nous ne pouvons rien vous dire. »

Deux gendarmes viennent ensuite chercher le journaliste et lui demandent une deuxième fois de se déshabiller complètement. Autre vexation : « Je leur signale que j’ai déjà été fouillé d’une manière un peu humiliante et je refuse de baisser mon slip à nouveau. Bien que comprenant l’absurdité de la situation et mon énervement, ils me répondent que c’est la procédure. » Rhabillé, on l’emmène, menotté, dans le bureau de la juge Muriel Josié. Le journaliste lui demande une nouvelle fois de pouvoir parler à ses avocats. Sans succès. Il refuse de répondre aux questions. Interrogé vendredi soir, le cabinet de la juge Muriel Josié nous a répondu : « Nous n’avons rien à dire sur le sujet. »

M. de Filippis est mis en examen, puis relâché près de cinq heures après son interpellation. Il est 11 h 30. Il appelle son journal, ses avocats et arrive à Libération, pâle, choqué, fatigué, outré, avec la trace des menottes au poignet encore visible.

Quel est l’objet du délit ? Une affaire de diffamation. L’article 42 de la loi sur la presse du 29 juillet 1881 stipule que le directeur de publication d’un journal – M. de Filippis à l’époque – est « l’auteur principal » du délit de diffamation publique envers un particulier, le journaliste auteur du papier incriminé n’étant que « complice ».(…)

Des juristes avancent : « Il n’est pas acquis qu’un directeur de publication soit responsable des commentaires des internautes. » « C’est la stupeur », confiait vendredi Fabrice Rousselot, directeur adjoint de la rédaction. Lorsqu’il était responsable du site, il se souvient avoir vu débarquer les huissiers il y a un an et demi. « Je necomprends pas un tel acharnement. »

Initialement confiée à la juge Emmanuelle Ducos, cette affaire a été transmise en mai à la juge Muriel Josié. Cette dernière a, selon M. de Filippis, fait procéder à des vérifications de son domicile, alors que son adresse, celle du journal et de ses avocats, sont dans l’annuaire et dans le dossier…

« Je suis l’avocat de Libération depuis 1975 et c’est la première fois que je vois un directeur de publication faire l’objet d’une interpellation et d’un mandat d’amener« , a constaté Me Jean-Paul Lévy. « Il suffisait d’envoyer une convocation par courrier au siège de Libération ou de nous appeler pour convenir d’un rendez-vous : cela n’a pas été fait« , ajoute-t-il. « C’est invraisemblable et inacceptable, si on permet des perquisitions et des interpellations de cette nature, on contourne la loi« , ajoute Me Yves Baudelot, avocat du Monde. D’autant plus qu’il s’agit d’un délit qui n’est pas passible de prison.

La Société civile des personnels de Libération (SCPL, actionnaire du journal) dénonce, dans un communiqué, « des méthodes judiciaires intolérables » et « inadmissibles« . La SCPL demande « qu’une enquête soit ouverte sans délais sur ces méthodes« .

« C’est l’aboutissement d’un climat délétère, au moment où se tiennent les états généraux de la presse« , regrette Jean-Michel Dumay, président du Forum des sociétés de journalistes.  » On se demande dans quel pays on vit« , dit M. de Filippis.

http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/11/29/journaliste-et-pire-que-la-racaille_1124889_3224.html#xtor=EPR-32280154&ens_id=1124857

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Avec la crise qui se dessine, la droite ressort les bonnes vieilles méthodes répressives de toujours : faire peur à l’opinon pour lui faire accepter le flicage et la répression, traque des dissidents, intimidation des « classes dangereuses » que sont les jeunes, chiens policiers contre des adolescents, sur-répression contre les petits délinquants « incivils » et mansuétude pour les gros déliquants économiques, mise en prison dès l’âge de 12 ans, centres fermés de « redressement », embarquement manu militari des « pouilleux » SDF et autres romanichels voleurs de poules…

C’est amusant de constater que la droite qui est si prompte à traiter les autres d’archaiques, n’a pas évolué depuis le « Parti de l’Ordre » de Cavaignac et Thiers, il y a 150 ans…

[La Dépeche – 2008]
Collège de Marciac : Les chiens policiers lâchés sur les élèves…qui témoignent !
Un papa un peu bouleversé et très en colère !!!

J’ai eu cette semaine un mail concernant un descente de police dans un lycée du Gers …On a pu entendre aussi le témoignage sur France inter. J’étais absolument abasourdi par les méthodes utilisées….Mais vous savez parfois on se dit que les gens exagèrent dans leur témoignage…. Bref je reste interrogateur !

Mais voilà que ce WE, j’accueille ma fille Zoé -elle a 13 ans- de retour du collège de Marciac…. Elle me raconte son mercredi au collège….colère à l’intérieur de moi…. révolte…… que faire ???

J’ai demandé à Zoé d’écrire ce qu’elle me disait là. Elle a accepté. Voici donc son témoignage, avec ses mots à elle :

« Il nous l’avait dit, le CPE, que des gendarmes allaient venir nous faire une prévention pour les 4ème et les 3ème.

Ce mercredi là (19/11/2008), toutes les classes sont entrées en cours comme à leur habitude, en suivant les profs.

A peine 10 minutes plus tard – nous étions assis-, deux gendarmes faisaient déjà le tour de la salle où nous étions. La prof avec qui nous étions, les regardait en nous disant « Ils font leur ronde !?? » . Elle n’était à priori au courant de rien bien sûr. Soudain , la porte s’est ouverte, laissant entrer deux gendarmes… Enfin non, pas exactement !!! Il y avait un monsieur chauve habillé en militaire ( le dresseur de chien en fait !) et un gendarme très gros.

Le chauve nous a dit : « Nous allons faire entrer un chien ! Mettez vos mains sur les tables, restez droit, ne le regardez pas ! Quand il mord, ça pique ! »

Enfin il a dit ça, à peu près… Je me rappelle surtout du

« Quand il mord, ça pique ! »

Après, il est sorti deux minutes et est revenu avec deux autres gendarmes et le chien. Les gendarmes se sont placés aux deux extrémités de la classe tandis que le dresseur regardait son chien déjà à l’œuvre. Le chien s’appelait Bigo. Bigo s’est acharné sur plusieurs sacs, en mordant et arrachant tout ce qui dépassait. Quand à la prof, elle restait derrière son bureau bouche bée.

Le chien s’est attaqué au sac de mon amie, à coté de moi. Le dresseur a claqué des doigts en disant : « Sortez mademoiselle, avec toutes vos affaires ! » Elle a rangé son sac, s’est levée et s’est apprêtée à sortir mais le dresseur l’a repris vite : « Et ton manteau ! »

Elle a rougi et emporté aussi son blouson.

Plusieurs personnes de la classe sont ainsi sorties. Le chien vient alors sentir mon sac. Voyant que le chien ne scotchait pas, que rien ne le retenait là, le dresseur lui a fait sentir mon corps avant de s’empresser de me faire sortir. Dehors m’attendait une petite troupe de gendarmes… Enfin, non, pas dehors : nous étions entre deux salles de classe.

Me voyant arriver, ils se dépêchèrent de finir de fouiller une autre fille. Mon amie était déjà retournée dans la classe. Quand ils eurent fini, ils s’emparèrent de mon sac et le vidèrent sur le sol. Un gendarme me fit vider les poches du devant de mon sac. Il vérifia après moi. Je n’étais pas la seule élève. Avec moi, il y avait une autre fille qui se faisait fouiller les poches par une gendarme.

Ils étaient deux gendarmes hommes à la regarder faire. Le Gendarme qui fouillait mon sac vida ma trousse, dévissa mes stylos, mes surligneurs et cherchait dans mes doublures.

La fille qui était là fouillée elle aussi, se fit interroger sur les personnes qui l’entouraient chez elle. Elle assurait que personne ne fumait dans son entourage. Ils la firent rentrer en classe.

C’était à mon tour ! La fouilleuse me fit enlever mon sweat sous le regards des deux autres gendarmes…..

Je décris : Un gendarme à terre disséquait mes stylos, un autre le surveillait, un autre qui regardait la fouilleuse qui me fouillait et le reste de la troupe dehors. Ne trouvant rien dans ma veste, elle me fit enlever mes chaussures et déplier mes ourlets de pantalon. Elle cherche dans mes chaussettes et mes chaussures. Le gars qui nous regardait, dit à l’intention de l’autre gendarme : « On dirait qu’elle n’a pas de hash mais avec sa tête mieux vaut très bien vérifier ! On ne sait jamais… » Ils ont souri et la fouilleuse chercha de plus belle ! Elle cherche dans les replis de mon pantalon, dans les doublures de mon tee shirt sans bien sûr rien trouver. Elle fouilla alors dans mon soutif et chercha en passant ses mains sur ma culotte ! Les gendarmes n’exprimèrent aucune surprise face à ce geste mais ce ne fut pas mon cas !!!!!!

Je dis à l’intention de tous « C’est bon arrêtez, je n’ai rien !!!! »

La fouilleuse s’est arrêtée, j’ai remis mon sweat et mon fouilleur de sac m’a dit : « tu peux ranger ! ».

J’ai rebouché mes stylos et remis le tout dans mon sac et suis repartie en classe après avoir donner le nom du village où j’habite.

De retour en classe, la prof m’a demandé ce qu’ils ont fait. Je lui ai répondu qu’ils nous avaient fouillé. Je me suis assise et j’ai eu du mal à me consacrer au math !

Tout ça c’est ce que j’ai vécu mais mon amie dans la classe à coté m’a aussi raconté.

Le chien s’est acharné sur son sac à elle et elle a eu le droit au même traitement. Mais ses affaires sentaient, alors ils l’ont carrément emmené à l’internat où nous dormons. Le chien s’est acharné sur toutes ses affaires m’a t-elle dit. Le gendarme lui a demandé si elle connaissait des fumeurs de hash, vue qu’ils ne trouvaient rien. Elle leur a simplement répondu que le WE dernier elle a assisté à un concert !

Le CPE l’a ramené ensuite au collège et elle m’a raconté.

Après les cours, le principal a rassemblé tous les élèves et nous a dit que bientôt allait avoir lieu une prévention pour tout le monde.

Une prévention ? Avec des chiens ? Armés comme aujourd’hui ?

Une élève de 4ème nous a dit que le chien s’est jeté sur son sac car il y avait à manger dedans. Elle a eu très peur.

Les profs ne nous en ont pas reparlé….Ils avaient l’air aussi surpris que nous !

Tous les élèves de 3ème & 4ème ont du se poser la même question :

Que se passe t il ?

Et tous les 6ème et 5ème aussi même si ils n’ont pas été directement concernés ! »

Zoé.D.R

Qu’en pensez vous ? Que dois je faire ? Qui parle de violence ? Il me semble important d’écrire ici que ni personne du collège a jugé important de communiquer sur ces faits( ???). Nous sommes lundi 24/11/2008, il est 15h30 et si Zoé ne m’en avait pas parlé, je n’en saurais rien. Combien de parents sont au courant ?

Les enfants « victimes » -et je pèse ce mot- de ces actes sont en 4ème et 3ème. Ils ont donc entre 12 et 14 ans ! Je n’en reviens pas….

Frédéric

http://www.ladepeche.fr/article/2008/11/20/495235-Les-gendarmes-traquent-le-shit-dans-les-cartables.html

http://www.ladepeche.fr/article/2008/11/27/499588-Auch-Polemique-sur-les-controles-de-stupefiants-au-college.html


Tu peux gagner des médailles d’or pour la France, pour les flics tu resteras toujours une macaque. Tu peux gagner la coupe du monde pour la France, pour les flics tu resteras toujours un raton. Tu peux vivre depuis 200 ans en France, pour les videurs des boites de nuit, si tu peau est basanée, ce sera toujours « ca ne vas pas être possible ».

[ Cpolitic- 27/11/2008]

SarkoLand ou L’Injuste Justice des Juges de France

Belote, rebelote, et malheureusement 10 de der. Une fois n’est pas coutume, écrire un article sur l’ignominie de la justice française est redevenu indispensable.
Pourquoi? Parce qu’elle marche littéralement sur la tête:
Des victimes condamnées et qui doivent rembourser l’agresseur (dans l’affaire du scooter de Jean Sarkozy)
Des accusés innocentés dans le meurtre d’un berger, à l’encontre même des 20 ans de réclusion demandés par le procureur général (dans l’affaire du berger de Castellar, voir ici)
Un président de région, Jean-Paul Huchon, condamné pour prise illégale d’intérêts dans des marchés publics mais à nouveau éligible (voir ici)

Et la Justice de la République Française, aussi blanche qu’une colombe, aussi transparente que l’eau de source, se permet de coincher:
Eunice Barber a été condamnée hier à 2 mois de prison avec sursis pour “refus d’obtempérer, rébellion et outrage à des fonctionnaires de police”
et de recoincher, histoire d’être sûr de dépasser les limites de l’absurdité administrative:
L’association Droit au Logement (DAL) a été condamné à payer 12 000 euros d’amende pour l’installation sur la voie publique de tente, rue de la Bourse (afin de renflouer celle-ci?)

Concernant Eunice Barber, d’après les témoignages relatés dans les médias, la championne d’heptathlon a voulu s’engager dans une rue exceptionnellement en sens unique, près du Stade de France. Les policiers en faction l’ont sommée de s’arrêter. Ne comprenant pas les raisons du blocage, tout comme les occupants de la voiture (sa mère), Eunice Barber est sortie de sa voiture pour s’expliquer. Pour une raison “obscure”, la scène se finit en une sorte de lynchage. L’athlète, en se défendant contre plusieurs courageux policiers, a mordu l’un d’entre eux à l’oreille.

Une victime d’une bavure policière se voit condamnée pour outrage et rébellion sur des agents de l’ordre. Où est la logique? Où est la morale?

Le fait qu’Eunice Barber soit un peu noire de peau, a probablement joué sur la violence de l’intervention policière, d’autant que ceux-ci ne l’ont pas reconnue, “l’athétisme?, à part le foot…”
Le fait qu’Eunice Barber ait eu l’audace et le courage de dire ce qu’elle pensait sur la France, pays “où l’on torture des Noirs et des Arabes”, et qui n’a donc pas de “leçons à donner” en matière de respect des Droits de l’Homme à a la République Populaire de Chine, a dû jouer aussi lors du jugement.
Car évidemment aucun soutien médiatique de la fédération d’athlétisme dans cette affaire, affaire qui ne la “regarde pas”. C’est ainsi que la France et la “Fédé” remercie Barber de 2 titres de championne du monde en athlétisme (suite…)


[Boston.com – 17/11/2008]

Photos saisissantes des feux de forêt qui ont ravagé la Californie (encore une fois) ce weekend…

http://www.boston.com/bigpicture/2008/11/california_wildfires_yet_again.html


Lorsque la cacophonie s’accorde pour traîner dans la boue une poignée de jeunes emmurés, il est très difficile de trouver le ton juste qui fasse cesser le vacarme; laisser place à plus de vérité.
Certains médias se sont empressés d’accréditer la thèse affirmée par la ministre de l’intérieur dans sa conférence de presse, alors que les perquisitions étaient en cours : Les personnes arrêtées étaient d’emblée condamnées.

Personne n’aura pu rater l’épisode de « police-réalité » que nous avons tous subi la semaine passée. L’angoisse, la peur, les pleurs nous ont submergé et continuent à le faire. Mais ce qui nous a le plus blessés, le plus anéanti, ce sont les marées de mensonges déversées. Aujourd’hui ce sont nos enfants, demain ce pourrait être les vôtres.

Abasourdis, nous le sommes encore, paralysés nous ne le sommes plus. Les quelques évidences qui suivent tentent de rétablir la vérité et de faire taire la vindicte.

Les interpellés ont à l’évidence bénéficié d’un traitement spécial, enfermés pendant 96 heures, cela devait faire d’eux des personnes hors normes. La police les suspecte d’être trop organisés, de vouloir localement subvenir à leurs besoins élémentaires, d’avoir dans un village repris une épicerie qui fermait, d’avoir cultivé des terres abandonnées, d’avoir organisé le ravitaillement en nourriture des personnes agées des alentours.

Nos enfants ont été qualifiés de radicaux. Radical, dans le dictionnaire, signifie prendre le problème à la racine. A Tarnac, ils plantaient des carottes sans chef ni leader. Ils pensent que la vie, l’intelligence et les
décisions sont plus joyeuses lorsqu’elles sont collectives.

Nous sommes bien obligés de dire à Michelle Alliot Marie que si la simple lecture du livre « L’insurrection qui vient » du Comité Invisible fait d’une personne un terroriste, à force d’en parler elle risque de bientôt avoir à en dénombrer des milliers sur son territoire. Ce livre, pour qui prend le temps de le lire, n’est pas un « bréviaire terroriste », mais un essai politique qui tente d’ouvrir de nouvelles perspectives.

Aujourd’hui, des financiers responsables de la plus grosse crise économique mondiale de ces 80 dernières années gardent leur liberté de mouvement, ne manquant pas de plonger dans la misère des millions de personnes, alors que nos enfants, eux, uniquement soupçonnés d’avoir débranchés quelques trains, sont enfermés et encourent jusqu’ à 20 ans de prison.

L’opération policière la plus impressionante n’aura pas été de braquer cagoulé un nourrisson de neuf mois en plein sommeil mais plutôt de parvenir à faire croire que la volonté de changer un monde si parfait ne pouvait émaner que de la tête de détraqués mentaux, assassins en puissance. Lorsque les portes claquent, nous avons peur que ce soient les cagoules qui surgissent. Lorsque les portent s’ouvrent, nous rêvons de voir nos enfants revenir.

Que devient la présomption d’innocence ?
Nous demandons qu’ils soient libérés durant le temps de l’enquête et que soient evidemment abandonnée toute qualification de terrorisme.

PS: Nous tenons à saluer et à remercier les habitants de Tarnac qui préfèrent croire ce qu’ils vivent que ce qu’ils voient à la télé.


Une sorte de pétition, initiée par Eric Hazan , circule ; la voici :

Une opération récente, largement médiatisée, a permis d’arrêter et d’inculper neuf personnes, en mettant en œuvre la législation antiterroriste. Cette opération a déjà changé de nature : une fois établie l’inconsistance de l’accusation de sabotage des caténaires, l’affaire a pris un tour clairement politique. Pour le procureur de la République, « le but de leur entreprise est bien d’atteindre les institutions de l’État, et de parvenir par la violence – je dis bien par la violence et non pas par la contestation qui est permise – à troubler l’ordre politique, économique et social ».

La cible de cette opération est bien plus large que le groupe des personnes inculpées, contre lesquelles il n’existe aucune preuve matérielle, ni même rien de précis qui puisse leur être reproché. L’inculpation pour « association de malfaiteurs en vue d’une entreprise terroriste » est plus que vague : qu’est-ce au juste qu’une association, et comment faut-il entendre ce « en vue de » sinon comme une criminalisation de l’intention ? Quant au qualificatif de terroriste, la définition en vigueur est si large qu’il peut s’appliquer à pratiquement n’importe quoi – et que posséder tel ou tel texte, aller à telle ou telle manifestation suffit à tomber sous le coup de cette législation d’exception.

Les personnes inculpées n’ont pas été choisies au hasard, mais parce qu’elles mènent une existence politique. Ils et elles ont participé à des manifestations – dernièrement, celle de Vichy, où s’est tenu le peu honorable sommet européen sur l’immigration. Ils réfléchissent, ils lisent des livres, ils vivent ensemble dans un village lointain. On  a parlé de clandestinité : ils ont ouvert une épicerie, tout le monde les connaît dans la région, où un comité de soutien s’est organisé dès leur arrestation. Ce qu’ils cherchaient, ce n’est ni l’anonymat, ni le refuge, mais bien le contraire : une autre relation que celle, anonyme, de la métropole. Finalement, l’absence de preuve elle-même devient une preuve : le refus des inculpés de ses dénoncer les uns les autres durant la garde à vue est présenté comme un nouvel indice de leur fond terroriste.

En réalité, pour nous tous cette affaire est un test. Jusqu’à quel point allons-nous accepter que l’antiterrorisme permette n’importe quand d’inculper n’importe qui ? Où se situe la limite de la liberté d’expression ? Les lois d’exception adoptées sous prétexte de terrorisme et de sécurité sont elles compatibles à long terme avec la démocratie ? Sommes-nous prêts à voir la police et la justice négocier le virage vers  un ordre nouveau ? La réponse à ces questions, c’est à nous de la donner, et d’abord en demandant l’arrêt des poursuites et la libération immédiate de celles et ceux qui ont été inculpés pour l’exemple.

Pour participer à cette pétition écrire à    lafabrique@lafabrique.fr en donnant son nom et sa profession (ou absence de profession)…


Discours du Président des Etats-unis, Theodore Roosevelt – 10 novembre 1917 :

« Quelle est la plus grande menace pour notre pays ? Qu’est ce qui risque véritablement de détruire l’Amérique ? C’est en premier lieu cette idéologie qui s’est installée dans tous nos esprits et qui est maintenant l’unique mode de vie de notre pays : faire de l’argent, devenir riche, vite, et sans efforts. Spéculer. Vouloir la prospérité, à tout prix. Avoir le profit pour seule motivation, sans se soucier du lendemain ni des conséquences de ses actes »:

Rosa Jamesson – organisatrice des ouvrières des filatures lors de la Grande Grève de Chicago – 1910-1911 :

« On ne cesse de nous chanter les louanges des Pères Fondateurs et de la Sacro-Sainte Constitution des Etats-unis. Mais il faut quand même se souvenir d’une chose : cette constitution qui a donné naissance à notre pays, a été écrite par 55 hommes. La majorité d’entre eux étaient des avocats – aucun d’entre eux n’était agriculteur, ouvrier ou travailleur manuel. 40 d’entre eux spéculaient sur l’abolition des taxes. 14 d’entre eux étaient des spéculateurs fonciers. 24 d’entre eux spéculaient sur les devises et les prêts d’usure. 11 d’entre eux étaient des commercants. 15 d’entre eux étaient propriétaires de domaines esclavagistes. La constitution qu’ils ont écrit avait pour principal but de protéger les droits des propriétaires. Quand ils parlaient des « Droits de l’Homme », ils pensaient aux riches, aux propriétaires terriens, au sexe masculin. Il n’y avait aucune place dans leur pensée pour les Femmes, les Noirs, les Indigènes… ni pour les pauvres en général « 

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