Noël Godin : « Faire vivre les crapules dans la peur, c’est magnifique »

[Article XI – vendredi 22 août 2008]

Un deuxième volet de l’entretien sera mis en ligne dans quelques jours et reviendra sur quelques actions particulièrement réussies de l’Internationale Pâtissière. A suivre !

Rares ceux qui n’ont pas visionné une de ses actions d’éclat, largement médiatisées et organisées au poil. Plus rares encore, ceux qui ne se sont pas réjouis de voir les pires badernes politiciennes, les cuistres les plus ignobles et les puissants les plus impudiques recouverts de crème chantilly et suffoquant d’indignation. Bill Gates, Sarkozy, BHL à sept occasions, PPDA, mais aussi Patrick Bruel, Benjamin Castaldi ou Doc Gynéco ont ainsi eu droit à leur « tarte de combat » sous les « Gloup Gloup » enthousiastes des terroristes à la crème. Rigolo ? Plus encore : révolutionnaire. La preuve avec ce caustique entretien avec le maître incontesté de la guérilla pâtissière.

Comment est né le concept de l’entartage ?

Ça remonte à 1969, grâce à un canular. Je travaillais pour une revue de cinéma, Amis du film et de la télé, une ridicule revue chrétienne pour cinéphiles façon Télérama. Je sabotais méthodiquement mon boulot en y injectant un maximum de fausses nouvelles et de fausses interviews. Ça a duré pendant plusieurs années. En France ou en Allemagne, ça n’aurait tenu qu’un numéro, mais ici, en Belgique, j’ai pu continuer sans que personne ne s’en rende compte. Un bon tiers des films dont je rendais compte étaient inventés. S’il fallait des illustrations, on utilisait des photos de famille. En couverture, on avait souvent des choses totalement farfelues comme Petit-déjeuner avec Robert Mitchum, cinq pages de rencontre.
On avait inventé une soixantaine de cinéastes, dont on donnait régulièrement des nouvelles. L’exemple entré dans l’histoire, c’est Vivianne Pei, une cinéaste censée avoir réalisé La Fleur du lotus n’atteindra pas le bord de ton île et supposée produire des films superbes tout en étant aveugle. Un spécialiste du cinéma asiatique est parti à sa recherche en Thaïlande, il en est revenu fou furieux…

C’est là qu’est apparu Georges le Gloupier ?

Oui, j’ai inventé un prétendu siphonné s’amusant à entarter des personnalités culturelles lui hérissant le poil. Et j’ai raconté que ce Gloupier avait entarté le cinéaste Robert Bresson et que Marguerite Duras l’avait vengé en entartant le Gloupier à la terrasse du Flore, ce dernier lui répondant alors : « Madame, je préfère votre pâtisserie à votre littérature. »
Un jour, nous avons appris que Marguerite Duras se rendait en Belgique pour présenter son assommant film Détruire, dit-elle. On s’est dit : Et si la fiction devenait réalité ? Et boum !, on l’a entartée somptueusement. Le lendemain, on a eu la surprise de voir que les quotidiens belges en faisaient leurs Unes. On s’est dit : « Continuons, c’est amusant. »

Les cibles ont changé, non ?

Au début, on s’attaquait aux baudruches culturelles. Après, il y a eu la deuxième phase de la croisade pâtissière, avec les médias faux-culs, dont Jean-Pierre Elkabbach qui présidait à la fois France 2 et France 3. On a aussi eu PPDA en plein jogging et Hélène au temps où Hélène et les garçons était l’équivalent de la Star Academy. Quand notre réseau de complices s’est étendu, on est passé à la phase n°3, les élites économico-politiques, avec Bill Gates, Sarkozy et bien d’autres.

Et les prochaines victimes ?

Il devait y avoir un entartage aujourd’hui, mais on ne sait pas si ça a marché (1) . Sinon, le moment semble venu de revenir aux fondamentaux : on voulait laisser en paix BHL parce qu’on ne l’entendait plus beaucoup, et là, avec l’affaire Siné, un huitième entartage lui pend au nez. Richard Malka, l’avocat de Clearstream et de Charlie Hebdo, y aura droit aussi (2). Il y a aussi Kouchner, qu’il nous faut absolument. Et bien sûr, Sarkozy…

C’est possible d’intégrer un commando pâtissier ?

Pour s’encanailler avec nous, le meilleur moyen est d’organiser l’attentat. Il y a un sacré travail de repérage des lieux et des dispositifs de sécurité pour savoir comment faire arriver les guérilleros chantilly sans qu’ils se fassent remarquer… La gloupinade est un art.

Les entarteurs sont partout ?

L’internationale Pâtissière compte une quinzaine de sections d’assaut dans les métropoles. Mais il y a aussi énormément d’attentats informels contre des détenteurs de pouvoir. Des petits groupes qui se constituent pour un coup. C’est extraordinaire, il y a de plus en plus de crapules autoritaires qui se prennent des tartes.

Ségolène Royal, ce n’était pas vous ?

On ne connaissait pas l’entarteur, un très sympathique anar qui a agi tout seul. Il a choisi le moment parfait, après qu’elle se soit exprimée crapoteusement en proposant d’encadrer militairement les jeunes délinquants, de la folie pure. Ce jeune homme a eu pas mal d’ennuis. On l’a chaudement félicité.
A ce niveau, il y a toujours de belles surprises. Un jour on a reçu un coup de fil de Pologne, annonçant : « Nous venons d’entarter le Premier ministre de Pologne, pouvons-nous entrer dans l’Internationale ? » Une autre fois, un type m’a téléphoné de Bangkok pour me dire : « Je suis en pleine conférence des Nations-Unies, et je m’apprête à entarter Michel Camdessus, le président du FMI. Pouvez-vous me donnez un conseil ? ». Je lui ai répondu que « le secret était de déposer les tartes dans le faciès de la cible plutôt que les lancer. » L’opération a parfaitement réussi.

Il y a des précédents historiques à l’action pâtissière ?

Il y a les enragés situationnistes, ma référence principal en mai 68 ; mais aussi les hippies avec Abbie Hoffman et Jerry Rubin, l’auteur du magnifique pamphlet Do It. Eux n’arrêtaient pas de pratiquer le terrorisme burlesque, notamment sur les plateaux télés où ils étaient invités.

Il y a aussi tout un imaginaire cinématographique attaché à la tarte à la crème.

Citons Fatty Arbuckle, un acteur des années 1920 qui, avant Chaplin, faisait grand usage de la tarte à la crème ; et le réalisateur Max Sennett qui a popularisé le gag dans pas mal de films de l’époque. Le muet hollywoodien des années 20 et 30 est notre inspiration principale, à égalité avec les tartes balancées dans les cartoons de la Warner par Bugs Bunny, Daffy Duck ou Woody Woodpecker.

C’est ce qui fait l’efficacité de la tarte, ce côté cinématographique et très visuel ?

Oui, car c’est universel. On a tous été éduqué avec cet humour, la tarte à la crème est un Espéranto extraordinaire. Pour nous, ça renvoie aussi à la fameuse lettre d’insulte que les dadaïstes, les surréalistes et les situationnistes envoyaient à ceux qui les énervaient.

Et la réaction de la personne entartée ? Ça joue ?

La tarte est un sacré révélateur de la nature profonde de l’entarté. Comme nous choisissons des cibles antipathiques, sans pudeur et accrochées à leur image, elles l’ont quasiment toutes mal prise. Alors qu’elles pourraient désamorcer l’attaque en rigolant… Quand notre ami José Bové a été entarté à Gênes, il a rigolé et on n’en parle plus. Alors que les autres se sont fâchés et ont mis les rieurs de notre côté.
Lors du procès que nous a intenté Chevènement, certains moments me faisaient penser aux procès comiques de Radio Luxembourg dans les années 1950. A la barre, il a déclaré : « Il faut nous comprendre, nous les hommes politiques ne pouvons vivre qu’à travers nos images. Quand on nous entarte, c’est notre capital politique qu’on entarte. » Il est allé jusqu’à dire : « J’aurais préféré recevoir une gifle, un crachat, voire un pétard corse, plutôt qu’une tarte à la crème, car nous, les hommes politiques, on ne peut pas être couverts de ridicule. » Bien sûr, on se gondolait, la salle a failli être évacuée.

C’est dans la tradition belge, l’humour comme arme de subversion ?

Il y a tout une tradition de contestation belge rigolote, qui commence avec Till Eulenspiegel, un espèce de Robin des Bois facétieux qui joue des tours à l’occupant espagnol et aux autorités. C’est un personnage très populaire ici. On sait aussi que les surréalistes belges de combat, plus radicaux que les Français, Marcel Mariën, Paul Nougé et Scutenaire, ont mis sur pied quelques canulars hilarants en Belgique.

Et en France ? Le terrorisme burlesque est moins répandu ?

Je ne suis pas d’accord. En ce moment, il y a une résistance burlesque très marquée à la répression sarkozyste. Il y a la BAC (Brigade Activiste des Clowns), qui s’est ralliée à nous officiellement. C’est avec eux qu’on a entarté BHL pour la septième fois à la foire du livre de Paris, il y a deux ans.
Il y a l’étonnant groupe grenoblois Pièces et Main d’Oeuvre, qui s’en prend aux « nécrotechnologies » et décommande des congrès de nanotechnologues en envoyant des courriers.
Il y a aussi le mouvement des Robins des Bois, composé d’employés d’EDF qui se pointent chez des gens à qui on a coupé l’électricité et les rebranchent piratement.
Ou de très grand comparses, les Yes Men, des Américains qui opèrent aussi en France. Ils interviennent devant des patrons pour proposer des mesures ignobles contre les pauvres, avec des discours aussi horribles que crédibles. Ils ont réussi à pénétrer l’esprit et la manière de l’ennemi. Ce sont de grands virtuoses.
Les Casseurs de Pub sont parfois très drôles aussi, comme les dégonfleurs de pneus de 4×4 et les faucheurs de mais transgénique. Ça fait beaucoup de résistances. D’ailleurs, je conseille la lecture d’un livre formidable sur le sujet : Les Nouveau Militants édité par Les Petits Matins.

La répression contre ce genre d’action s’aggrave, non ?

Totalement. On a longtemps pratiqué nos entartements dans la plus exquise impunité, mais depuis quelques temps ça s’est corsé. Dans le monde entier. Aux États-Unis, la Bioctic Baking Brigade s’en prend à des pointures de la mondialisation : après l’attentat contre le maire de San Francisco, Willy Brown, connu pour sa répression anti-SDF, trois de ses membres ont été condamnés à 6 mois de prison ferme !
Nous, nous avons été traduits en justice par Chevènement. On a été condamné à une forte amende alors qu’on n’avait pas d’argent. On a été sauvés par des amis qui ont organisé une Gloup Gloup Party dans une boite de Bruxelles. Il y avait un millier de personnes, en quatre heures la somme était réunie. Du coup, on arrêtera jamais, car on a eu la preuve qu’on n’était pas seuls.

Que penses-tu de la situation politique française ?

L’ordre moral est de retour. En Belgique, on voit ça comme un retour du pétainisme. Et certaines mesures font vraiment froid dans le dos : il y a quinze jours, je lisais dans Le Canard Enchainé que les sarkozystes envisageaient de mettre en place un dispositif repérant les futurs délinquants dès la crèche. Quelle prospérité de la répression !
Sarkozy est vraiment dangereux. Une cible de choix. D’ailleurs, sur le sujet, je peux te balancer un scoop. Personne ne le sait, mais le soir de son élection, Sarkozy a failli y passer : la Brigade Activiste des Clowns était sur son parcours, munie d’une belle artillerie. Ils m’ont téléphoné pour me dire : « Il est cuit ». Au moment où Sarkozy allait arriver, une bande de chahuteurs a attiré l’attention des services d’ordre qui ont fait accélérer le convoi. Alors qu’il n’y avait pas la moindre méfiance par rapport aux entarteurs. Hélas ! Ça aurait été tellement beau…

Ils risquaient gros, non ?

Ils s’en foutaient, c’était une occasion en or. J’en connais pas mal qui sont prêts à braver tous les risques pour l’entarter, qui sont prêts à jouer aux kamikazes.

Si les procès se multiplient, tu ne crains pas de devoir abandonner ?

L’appel aux entarteurs de tous les continents contient ce conseil : « Ne vous faites pas prendre ! » Nous, on prend des précautions. Avant, ma compagne m’engueulait : « Dans votre plan, par où vous comptez vous enfuir ? » On s’en gaussait parce qu’il nous en coûtait peu si on se faisait prendre. Désormais, il faut faire gaffe… L’idéal est d’avoir des complices pour s’emmêler lourdinguement aux poursuivants et protéger sa fuite.
Opérer tout seul, c’est kamikaze. Evidemment, si vous êtes gravement malades, rien ne vous empêche de finir en beauté… C’est ce qu’on a dit quand Bush était à Bruxelles. Plein de gens s’imaginaient qu’on allait l’entarter, alors qu’il y avait des snipers partout… Lors d’un meeting à la Bourse, haranguant la foule, je me suis adressé aux malades se trouvant dans un état désespéré, leur conseillant de terminer en beauté en plongeant sur Bush avec des obus pâtissiers. Soit ils atteignaient la cible et ça devenait le plus beau gag de l’histoire de la contestation burlesque. Soit ils se faisaient abattre et on apprenait dans les médias qu’un agonisant armé d’un gâteau avait été criblé de balles, chose excellente pour la réputation du président… On a porté plainte contre moi pour cet appel.

Tu restes optimiste ?

De mon côté, il n’y a jamais eu d’illusions. L’objectif est de faire passer de très mauvaises nuits à des crapules surprotégées, de démontrer que personne n’est intouchable. Un petit gâteau de rien du tout peut déstabiliser totalement les grosses huiles dirigeantes. Trop de gens pleurnichent que « tout est foutu, on est écrabouillés, c’est le Fatum » : c’est faux. On peut beaucoup si on le décide.
La résistance se développe individuellement, par petits groupes. Je crois que la France s’ouvre à l’esprit de fantaisie contestataire dans l’esprit d’Hakim Bey (3), avec des petits groupes qui perpètrent quelques forfaits justiciers et se séparent, comme des pirates après un mauvais coup. C’est pour ça que Rachida Dati et d’autres s’émeuvent et veulent agir contre les tendances libertaires autonomes. Mais ça n’arrêtera rien.
Il faut aussi compter sur la bêtise totale de l’ennemi. Grâce à cette crapule de Philippe Val, on a repris espoir. En croyant se débarrasser en douce de Siné, il a réveillé la rébellion. Après tout, mai 68 a été déclenché par quelques grosses bourdes bien attisées…

Le but, c’est de faire vivre les puissants dans la psychose d’une attaque ?

Totalement. Quand BHL est au festival de Berlin pour présenter sa dernière merde, Le Jour et la nuit, et qu’une fausse alerte lui gâche son séjour, c’est génial. On nous a appelé pour nous dire : « Il y a des gardes du corps partout, BHL et Delon se retournent tout le temps, ils ont peur ».
Le général Kabila père, qui régnait au Zaïre, a déclaré dans Le Soir il y a trois ans : « Je préfère mourir sous les balles d’opposants politiques que d’être entarté. » C’est fou. Faire vivre les crapules dans la peur, c’est magnifique. Et c’est à la portée de n’importe qui. L’impuissance est un mythe, on peut nuire considérablement à l’odieux ennemi, d’une façon ou d’une autre. Par contre, si c’est nous qui avons peur, l’ennemi a gagné.

La meilleure façon d’être subversif, c’est d’être imaginatif ?

Evidemment. L’imagination, ça n’a pas de prix. En août 1968, quand la Russie a envahi la Tchécoslovaquie, on a passé la nuit à rédiger un tract félicitant l’envahisseur russe sur du papier ressemblant à s’y méprendre à celui du Parti Communiste. A l’aube, on était une douzaine en salopettes à distribuer ce tract dans les usines rouges de Liège, appelant les camarades à manifester leur soutien à l’URSS devant les locaux du PC. Ce soir là, les locaux ont été pris d’assaut et il y a eu beaucoup de dégâts commis par les ouvriers anti-staliniens. Grosse réussite et joli détournement.

Dans GRABUGE ! 10 réjouissantes façons de planter le système, livre coécrit avec Benoît Delépine et quelques autres, il y a aussi cet exemple de la catapulte à tartes géantes.

Oui, la Tartapulte !!! Elle existe vraiment. Elle a été imaginé par José Bové et réalisée avec les sous du Groland par des dissidents du théâtre Royal de Luxe de Nantes. Elle a un tir de haute précision de quarante mètre. Jusqu’à présent, elle a été utilisée dans des cérémonies grolandaises au cours desquelles des portraits géants de crapules étaient bombardés. La dernière fois, nous avions une statue de Sarkozy et un canon spécial, un canon AKK, qui a totalement encacaté la statue devant une foule en délire. Alors que beaucoup de médias étaient présents, aucun n’a répercute la chose. Et nos amis grolandais ont été censurés, les avocats de Canal + se sont opposés à la diffusion de ces images.

Tu es à l’origine de la pétition lancée en Belgique pour défendre Siné. Tu crois à ce genre d’actions ?

Je n’ai jamais signé la moindre pétition, j’ai toujours été contre. Mais cette pétition signifie juste : « Je n’achèterai plus jamais Charlie Hebdo. Et puis, l’affaire était importante, on tenait à défendre le droit à l’outrance de notre ami Siné. Comme Pierre Rimbert l’a remarquablement démontré dans un éditorial du Monde Diplomatique, c’est la première fois qu’il y a eu une fracture dans l’armure de l’ennemi et que les manœuvres des lobbies et des nouveaux sociaux-démocrates bâillonneurs leur retombent sur la gueule.
Je renvoie d’ailleurs à une nouvelle qui sera publiée le 27 août sur le blog de Siné et qui va faire du bruit. Ça ne devrait pas plaire à Philippe Val, à Richard Malka et à quelques autres…

A propos : Val n’a jamais été entarté ?

Ça pourrait arriver bientôt. On s’est attaqués à des personnages mieux protégés, même si ses gardes du corps anti-islamiques peuvent être dangereux. Il y passera sûrement car la demande est inouïe.

Tu n’a jamais entarté de grand rabbin ou d’imam. La religion est taboue dans les rangs de l’Internationale Pâtissière ?

Il y a quelques années, on a fait une petite intrusion dans la cathédrale de Nantes et on a entarté les évêques officiants, c’était très joli. Mais il n’est pas question pour moi d’entarter un rabbin sans entarter aussi un imam. C’est pareil, même si le Dalaï-Lama m’insupporte, je ne vais pas l’entarter sans m’attaquer aussi à un dirigeant chinois. Il faut faire attention à ne pas faire le jeu des crapules. C’est plus facile quand on est anar, car on ne tombe pas dans les pièges du soutien aveugle ou de la récupération.

Tu sembles penser qu’il n’y a d’espoir que dans l’action individuelle. Il n’y a plus de grands espoirs collectifs ?

Si, ça peut se répandre comme une traînée de poudre. Dans l’histoire, il y a quelques exemples extraordinaires de libération collective et de mise en place d’anti-régimes où ne règnaient plus l’argent ou le pouvoir hiérarchisé. L’Ukraine par exemple a été libérée par les paysans révoltés au moment de la dite révolution russe, comme toute la région de Cronstadt. Il y a aussi des zones entières qui ont été libérées pendant la Guerre Civile espagnole. L’égalité parfaite était instaurée, les décisions se prenaient collectivement. Jusqu’à ce qu’il se fassent massacrer…

Mais l’idéal libertaire était alors beaucoup plus présent…

C’est vrai, mais il y a des sursauts. Regarde Gènes en 2001 : pendant quelques jours, il se passait quelque chose. Comme au Mexique en 2006, avec Oaxaca : Raoul Vaneigem y était et a raconté à quel point il avait vécu là bas la vraie liberté, sans fric ni hiérarchie… Ça n’a pas duré, mais ça prouve qu’à tout moment la résistance peut apparaître, s’organiser et puis … être réprimée. Ce qui compte, c’est que ces étincelles persistent. Tant qu’un seul révolutionnaire existe dans la galaxie, la révolution n’est pas impossible.
D’ailleurs, les analyses, on s’en fiche ! Je pense qu’il y a des moments où il faut se foutre des questions de survie et n’écouter que son cœur, ses impulsions et sa colère. Ce qui importe c’est de refuser de collaborer avec l’ennemi en se laissant piétiner. La spirale de complicité entre le maître et l’esclave est très forte en ce moment, mais nous pouvons niquer cet état d’esprit en restant foutrement irréductibles. Il faut être extrémiste, on y gagne l’estime de soi et celle de quelques fieffés gibiers de potence, les seuls qui comptent.

Chez toi, il y a cet amour du rebelle flibustier. Ça vient d’où ?

Quand j’étais gosse, j’adhérais inconditionnellement au Robin des Bois incarné par Errol Flynn et aux Pied Nickelés : de satanés mauvaises graines qui commettent les pires outrances et sont parfois d’un égoïsme abominable. Mais en même temps, quels transgresseurs de lois inouïs ! Pied-nickeléisons tout autour de nous, voilà ce qui compte.

Tes valeurs ?

Je ne crois que dans l’insurrection, le débordement alcoolique et le foutre. Il n’ y a jamais à se censurer. Quelle que soit la situation, si tu veux des litres d’alcool ou des tonnes de gâteaux malgré ton diabète, ou t’envoyer en l’air avec une partenaire consentante, n’importe où, il faut le faire. A nous de jouer pour que tous les interdits, les tabous, les nouveaux racismes disparaissent. A nous d’être plus rusés que l’ennemi, à nous de détourner, toujours détourner.

On retombe sur le situationnisme ?

Il faut systématiser l’appel aux situationnistes, au sabotage et à la dérive. L’une des pratiques que je préconise, c’est le détournement des congrès et des manifs respectables : dès que les bouteilles sont interdites quelque part, venons avec des gourdes remplies de whisky, et amusons nous ; complotons avec ceux qui nous suivent, les plus sympathiques ; et empêchons les nouveaux gourous de gourouiser, en étant toujours plus turbulents.

http://www.article11.info/spip/spip.php?article57

Approfondissement des us et coutumes de la croisade pâtissière ici : www.gloupgloup.be

Notes

  • (1) Aux dernières nouvelles, une semaine après, il n’a toujours pas eu lieu. C’est qui, tu demandes ? Ahah, secret d’état.
  • (2) Article11 a évoqué le cas de ce cuistre. A lire ou à relire ICI si ça vous dit.
  • (3) Hakim Bey est entre autres le théoricien des TAZ, Temporary Autonomous Zones, formes d’insurrection mouvantes et temporaires, bien représentées pendant un temps par les premières free-parties.