[Marc Olmix sur Alterinfo – 18/07/2008]
(…) Toutsaufsarkozy.com nous ayant habitué à des méthodes passablement litigieuses… l’auteur de ces lignes peut en témoigner : un de ses articles, initialement publié il y a quelques mois sur alterinfo, intitulé “le songe d’Attali : un gouvernement mondial” s’étant retrouvé sur ledit site transformé en “le songe d’Attali (le juif Süss de Sarkozy): un gouvernement mondial”; ce qui ne correspondait, en l’occurrence, ni à l’intention du propos, ni à la mentalité du personnage, infiniment plus sinueuse dans ses velléités d’influence que le sieur Joseph Süss Oppenheimer.

Mais son origine douteuse n’implique pas pour autant l’inexactitude de son contenu. “Greg”, nous oriente dans son avertissement sur la piste d’Emmanuel Ratier, en raison de l’insistance judéophobique du texte et d’une certaine particularité typographique propre à l’éditeur de “Faits & Documents”. Et que cette conjecture soit vraisemblable ou non (aux dernières nouvelles, elle semble ne pas l’être), elle ne discrédite en rien la thèse proposée.

La réduire à une bonne petite lecture conspirationniste, comme si le complexe réseau mis en place par nos termites mondialistes se résumait à un aimable divertissement de librairie, relève d’une argumentation passible d’une invitation chez Guillaume Durand ou d’une place d’éditorialiste à Charlie-Hebdo. (NdL&I : ce à quoi le Greg en question répond « touché, M’sieu Olmix » et je paye ma tournée lors de la prochaine rencontre de L&I-ens).

Nous ne voyons pas non plus en quoi l’extrême-droitisme de Ratier devrait inciter à la “méfiance”. S’il n’avait pas été, voici plus d’une vingtaine d’années, en tant que continuateur d’Henry Coston, l’éditeur des ouvrages du journaliste (un des tout derniers, en France, digne de cette appellation) Yann Moncomble, nombre d’entre ceux qui prétendent à s’aventurer dans ce pénombral labyrinthe n’en aurait pas même aperçu l’entrée. Si Ratier est l’auteur de ce texte, on se fout pas mal de savoir s’il porte des caleçons à fleurs ou s’il préfère les strings léopard, la question est de savoir si ses informations sont crédibles et si sa petite théorie tient la route. Essayons donc d’en examiner la substance d’un peu plus plus près…

Passons rapidement sur la courte introduction historique… qui nous parait seulement discutable quant à la supposée inquiétude des Américains devant l’éventuel avènement d’une indépendance algérienne qui les aurait poussés à jouer la carte “de Gaulle”.

Pierre de Villemarest, qui ne nous a pas habitués à raconter n’importe quoi, rappelle, tout au contraire, dans le tome II de ses “Faits et chroniques interdits au public” qu’au sein du C.F.R (Council on Foreign Relation, seul “véritable” gouvernement des États-Unis), l’obsession était de rogner les ailes françaises en Afrique du Nord, et que ce fut par l’entremise d’un des leurs, Irving Brown, que dès 1952 le biberon à dollar veilla à la croissance du nationalisme anti-français en Algérie.

Et Villemarest d’ajouter : “De Gaulle se chargera de les rogner en 1962. Il en avait averti Jean Monnet dès 1959 au cours d’un entretien en tête à tête : il prendrait son temps, mais il larguerait l’Algérie… Monnet en ferait sûrement part à ses amis qui, du coup, s’opposeraient moins à son retour au pouvoir, après les journées de mai 1958. De fait, quelques heures après cette entrevue, George Ball (CFR), intime de Monnet, alors penché à Bruxelles sur les Affaires européennes, fut au courant des intentions de Charles De Gaulle, et en informa à son tour les éditorialistes du « club », Richard Sulzberger et Walter Lippman qui sautaient littéralement de joie dans les locaux du New York Times. Ils se gardèrent évidemment de divulguer la confidence faite à Monnet, mais ils cessèrent du coup leurs campagnes anti-gaullistes. L’erreur de De Gaulle fut de croire qu’en échange de sa « décolonisation », Washington lui laisserait les mains libres en Europe.

Le personnage crucial, dans cette mise en perspective historique, demeurant bien entendu Frank Wisner Sr., le père de notre actuel “junior”, lui-même devenu par ricochet beau papa du petit Nicolas.

Ce Frank Wisner Sr. s’illustra entre autres, dans l’immédiate après-guerre, en tant que directeur du bureau de coordination politique des opérations spéciales de la CIA (OPC ), notamment dans son travail de liaison avec Colin Gubbins, du MI6,lorsque celui-ci oeuvrait à la création du “Bilderberg” avec son ami Joseph Retinger. À noter que Wisner devait son ascension dans ces sphères hautement confidentielles à Dean Acheson, incontournable hiérarque du C.F.R de l’époque.

Enfin, sa biographie “officielle” nous apprend qu’Edgard Hoover voulut sa peau en le faisant soupçonner par la commission McCarthy d’être un agent communiste, qu’il sombra dans une dépression chronique à partir des événements de Budapest en ‘56 et finit par se suicider en ‘65.

Car c’est précisément dans cette unique révélation d’un lien familial aussi “sensible” que réside tout l’intérêt de cet article !… Pour le reste, chaque pédigrée des “méchants”, comme les appelle Greg, qui y sont présentés répond à une réalité factuelle difficilement contestable… et seul le Secrétaire d’État aux affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, aurait sans doute quelques motifs valables de protester de son absence dans cette galerie édifiante.

Quant à la théorie du complot “wisnerien”, elle ne parait pas tellement farfelue du tout ; à cette réserve peut-être que la nécessité d’éliminer de la course présidentielle un Fabius, qui se serait très bien chargé de s’éliminer tout seul, ne paraissait pas d’une pertinence stratégique démoniaque… qui plus est en réussissant à mobiliser dix mille lambertistes …! Que les mouvements trotskistes de par le monde aient constitué de tout temps des troupes supplétives pour l’oncle Sam, la chose ne fait aucun doute… mais nous ne sachions pas pour autant qu’on soit parvenu à élever en batterie de tels spécimens, eussent-ils quelques prédispositions à se reproduire dans l’obscurité.

La seule question en effet qui se devait de démanger un spéléologue consciencieux des égouts du mondialisme, c’est d’où pouvait bien sortir ce politicard microscopique à consonance magyare, dont le bon goût et l’élégance naturelle semblaient l’avoir exclu très logiquement des couveuses habituelles où se fabriquent nos élites téléguidées. Excepté son statut de caniche de la haute finance, ses fils de marionnette ne le reliaient en apparence à aucun manipulateur d’envergure, et son accession relativement fulgurante au titre d’administrateur de succursale avait de quoi laisser perplexe.

Pompidou sortait des cuisines de la maison Rothschild, Giscard était un bilderberger de haut vol, Mitterrand un paon excellemment apprivoisé, et Chirac un parfait imbécile auquel on avait tout de même trouvé plus prudent d’adjoindre comme cornac un grouillot subalterne de la Trilatérale : le malencontreux Raffarin. Mais Sarkozy, rien… le Rémi d’Hector Malot. Jusqu’à l’apparition de ce Franck Wisner Jr., dont la trajectoire a de quoi exalter le plus blasé des chasseurs de cancrelat.

Qu’on en juge : ex-ambassadeur en Inde, Égypte, Zambie et Philippines ; ex-membre du bureau directeur d’Enron ; permanent de la si philanthropique Rockefeller Brothers Fund (au milieu d’aimables petits amis de la “Carnégie”) et de la Rand Corporation ; soutien alternatif des Clinton, de Bush, de Gore et Kerry (autant jouer tous les chevaux de la course) ; et surtout… appétissante cerise sur un gâteau déjà copieux, et qui fera saliver tous les vrais amateurs de superconspiration : membre du C.F.R !!!

Si avec ça, l’auteur de l’article en question, quelle que soit son identité, n’a pas levé un lièvre d’importance… alors, mieux vaut ranger nos fusils et nous abonner à vie à Paris-Match !

À la parution de ce brûlot controversé sur le site d’alterinfo, un lecteur jubilait en disant que si seulement 10 % de ce qu’il contenait était vrai tout devenait plus “clair”. Nous lui rétorquons que les 10 % en constituent plutôt la marge d’erreur… et que dans les cavités abyssales où s’écrit réellement le scénario de notre triste comédie humaine, aucune clarté n’est à ce jour jamais parvenue…!

Marc Olmix — marcolmix@gawab.com

http://www.alterinfo.net/CIA-et-Operation-Sarkozy-quelques-commentaires-et-autres-precisions-_a21890.html