Il y a vingt ans, à Cornell, je me faisais traiter de ringard quand je citais Marx et Gramsci… aujourd’hui pourtant on constate que l’auteur de « Travail et Salaire » avait parfaitement prévu le mécanisme de la crise actuelle… si vous posez l’oreille sur le marbre de la pierre tombale de Highgate, vous entendrez un ricanement ironique…

[Bill Bonner – La Chronique Agora – 16/07/2008]

(…) * Partout où nous regardons, nous voyons de nouvelles preuves que les républicains post-Reagan ont abandonné la libre entreprise. Ils ont décidé que les problèmes de l’économie sont trop importants pour être laissés aux entreprises et à Wall Street. Le Congrès doit intervenir, disent les mouches du coche, afin de garantir au pays un système financier fonctionnant harmonieusement.

* Tout le monde semble être du même avis… les adeptes du marché libre ont eu leur chance. Maintenant, l’heure  est une surveillance par des adultes. Mais cette surveillance, dans un tel contexte — mettre des politiciens aux manettes de l’économie — ressemble fort à du divertissement pour adultes : une fantaisie salace.

* Tout se passe donc comme nous le prévoyions… et comme nous l’avions prédit dans ces colonnes. Que faire maintenant, sinon boucler notre ceinture de sécurité… et se préparer à profiter du spectacle ? Comme si les prétentions et les vanités de l’industrie financière n’étaient pas assez comiques… nous allons désormais assister à une farce hilarante. Ceux-là même qui ont mis en place une entreprise soutenue par le gouvernement pour augmenter le marché du prêt… et ont gonflé la bulle immobilière la plus grosse que le monde ait jamais connue… viennent à la rescousse alors que la bulle éclate.

* Comment vont-ils secourir l’industrie du prêt américaine, exactement ? Henry Paulson affirme qu’ils prêteront plus d’argent à Fannie et Freddie. Et il veut que les autorités achètent elles aussi la valeur. Cela devrait suffire. Fannie et Freddie, dans leurs beaux jours, avaient la main sur 80% de tous les nouveaux prêts hypothécaires des Etats-Unis. A présent, ils ont un livre de comptes dont le passif dépasse les 5 000 milliards de dollars — une somme équivalant à la moitié de tous les prêts hypothécaires en cours du pays… et un tiers du PIB US total.

* En d’autres termes, Fannie et Freddie sont probablement les deux sociétés les plus importantes de l’économie de consommation. A présent, près de trois décennies après la révolution Reagan, elles vont être nationalisées. On n’arrête pas le progrès.

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