[Fait et Documents – n°258 – 01/07/2008]

Passionnant entretien à Actualité juive (12 juin 2008) du commissaire de police Jean-Pierre Pochon, longtemps en charge de la surveillance des groupes activistes (extrême droite et extrême gauche aux Renseignements généraux), auteur du livre Les Stores rouges, au coeur de l’infiltration d’Action directe (Editions des Equateurs, 2008).

Interrogé sur l’extrême droite, il explique avoir fait infiltrer de longue date la Fane, accusée d’avoir organisé l’attentat de la rue Copernic en octobre 1980. Dès l’origine, il a su que ce mouvement n’y était pour rien (c’était un militant palestinien, aujourd’hui identifié), mais fut obligé de poursuivre dans cette direction à cause des pressions politiques socialistes : « Très vite, nous nous rendons compte que nous avons affaire à des gens peu sérieux, des excités haineux mais pas vraiment de dangereux terroristes. Ces militants sont d’ailleurs très faciles à “retourner”. On se trahit beaucoup à l’extrême droite… L’un d’entre eux, particulièrement médiatisé […] offre ses services au premier venu. Il vend tout, propose tout […] il est en contact avec une multitude de correspondants, notamment des gens proches de la Licra ou encore de l’OJD, l’Organisation juive de défense. » Il s’agit évidemment de Jean-Yves Pellay, longuement décrit dans Les Guerriers d’Israël (Facta, 1995).

Jean-Pierre Pochon ajoute : « Très vite, nous avons la certitude qu’elle (NDA : la Fane) n’est pas en mesure d’avoir commis l’attentat. La DST, qui enquête de son côté, privilégie elle aussi la piste moyen-orientale. Pourtant, nous sommes contraints de poursuivre et d’exploiter toutes les informations […] qui désignent l’extrême droite […] Le nouveau pouvoir socialiste n’allait pas se déjuger, se discréditer en abandonnant la piste néo-nazie et en reconnaissant que le véritable danger, c’était le terrorisme international. C’est guidé par cette même logique qu’il libéra les militants d’Action directe que nous avions arrêtés quelques années auparavant et qui se sont empressés de commettre des attentats sanglants. »

Des propos qui rappellent ceux de l’ancien directeur central des Renseignements généraux Yves Bertrand à propos de la prétendue implication du Front national dans la profanation du cimetière de Carpentras (dans Je ne sais rien, mais je dirai (presque) tout, Plon, 2007). Toute la police savait que le FN n’avait rien à y voir mais Pierre Joxe et François Mitterrand firent tout pour exploiter l’événement.

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