[The Nation – 01/05/2008 – traduit par Contre Info 13/05/2008]

L’approvisionnement en pétrole et matières premières en voie de raréfaction est devenu l’enjeu géostratégique majeur déterminant la politique des grandes puissances. Dans ce deuxième volet, Michael Klare analyse la concurrence qui oppose la Chine, la Russie et les USA en Afrique et en Asie Centrale. Dénonçant le choix d’une compétition militaire aussi coûteuse que dangereuse, il appelle à la mise en oeuvre d’une politique de coopération internationale ambitieuse en faveur des énergies nouvelles, seule solution raisonnable à moyen terme.

Par Michael T. Klare, The Nation, 1er mai 2008

Aucune autre superpuissance n’est en mesure d’égaler la projection mondiale des forces armées qui permet aux États-Unis de garantir ou de protéger ses approvisionnements en matières premières vitales. Néanmoins, d’autres puissances montantes commencent à remettre en cause par leurs actions cette prééminence américaine. La Chine et la Russie livrent aujourd’hui des armes aux producteurs de pétrole et de gaz dans les pays en développement et elles renforcent leurs capacités militaires dans les principaux pays producteurs d’énergie.

C’est en Afrique que les efforts déployés par la Chine pour l’accès aux ressources sont le plus évidents. Beijing y a établi des liens avec de nombreux pays producteurs de pétrole : Algérie, Angola, Tchad, Guinée Equatoriale, Nigeria et Soudan. La Chine veut également accéder aux abondantes ressources du continent en minéraux : cuivre de Zambie et du Congo, chrome du Zimbabwe et gisements de minéraux en Afrique du Sud. Dans chaque cas, les Chinois ont courtisé les fournisseurs en pratiquant une diplomatie vigoureuse, en offrant une aide au développement et des prêts à faible taux d’intérêt, en développant des projets culturels remarquables – et, dans bien des cas, des armements. La Chine est désormais un important fournisseur de matériel militaire dans ces pays et est surtout connu pour ses ventes d’armes au Soudan – armes qui auraient été utilisés par les forces gouvernementales pour se livrer à des attaques contre des populations civiles au Darfour. En outre, à l’image des États-Unis, la Chine a complété ses livraisons d’armes par des accords de soutien logistique et de formation, ce qui conduit à une augmentation régulière du nombre des instructeurs, des conseillers et des techniciens chinois, qui sont maintenant en concurrence avec leurs homologues américains pour tenter de gagner la loyauté des officiers des armées africaines.

Un processus très semblable se déroule en Asie centrale, où la Chine et la Russie coopèrent sous les auspices de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) pour fournir des armes et une assistance technique aux forces militaires des « stans » d’Asie centrale – là encore en situation de concurrence avec les USA pour gagner la loyauté des élites militaires locales. Dans les années 1990, la Russie était trop préoccupée par la situation en Tchétchénie pour accorder beaucoup d’attention à cette région, et la Chine avait également d’autres priorités, ce qui a permis à Washington de bénéficier d’un avantage temporaire. Cependant, au cours des cinq dernières années, Moscou et Beijing ont fait des efforts concertés pour gagner en influence dans la région. De ce fait, l’environnement géopolitique y est désormais bien plus concurrentiel, et la Russie et la Chine, liées par l’OCS, gagnent du terrain grâce à leurs efforts pour réduire l’influence des USA.

L’une des preuves visible de cette situation a été fournie lors des manoeuvres militaire que l’OCS a effectuées l’été dernier, les premières du genre auxquelles aient participé tous les États membres de l’organisation.

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