[Marie-Thérèse Chedeville – 03/04/2008]

Excellent colloque, vendredi 11 et samedi 12 avril au Palais de Tokyo sur les merveilles et les dangers des nouvelles technologies. En introduction, l’organisateur Eric Sadin, philosophe et poète, s’inquiète du contraste entre la prolifération accélérée des technologies de communication de plus en plus performantes et l’indifférence de l’opinion publique en grande partie ignorante des enjeux en terme de liberté et de vie privée.

Pour Eric Sadin, trois causes expliquent la rapidité des évolutions en cours. 1° : l’existence depuis peu d’une véritable architecture de communication avec interconnexion généralisée, géolocalisation fine, vidéosurveillance, biométrie, nanotechnologies et puces RFID. 2° : Une instabilité géopolitique chronique causée par des menaces terroristes diffuses qui justifieraient une surveillance qui va jusqu’à l’anticipation d’actions violentes par des groupes armés. 3° : Une agressivité commerciale du marketing qui utilise toutes les technologies pour comprendre les besoins des consommateurs et leur faire des propositions pertinentes. Arme ultime, les bases de données, véritables ombres digitales de nos comportements qui permettent de rendre le consommateur transparent. Pour limiter les abus, il importe d’informer les utilisateurs et de s’assurer que la loi encadre les évolutions en cours.

Seconde intervenante : Sophie Vulliet-Tavernier rappelle les principes fondateurs de la Commission Nationale Informatique et Liberté (CNIL) et constate que l’opinion publique reste relativement indifférente. L’explication en est simple, tous ces process de surveillance s’installent sournoisement par petits modules, un empilement de « little brothers » dont il est difficile d’avoir une vue globale. Michel Alberganti, du journal Le Monde, a exposé le fonctionnement des dispositifs de micro-émissions RFID (exemple le pass Navigo de la RATP) et les dérives qui en découlent. Les sociétés commerciales en exploitent les informations comportementales alors qu’elles tiennent des discours lénifiants sur la simplification des activités domestiques que permettent ces technologies. Michel Alberganti vient de publier « Sous l’œil des puces, la RFID et la démocratie », un ouvrage passionnant. François Deneuil, patron du Labo Espaces Intelligents nous a projetés dans la « Société de l’Intelligence » où objets et espaces évoluent, se modifient au gré de nos souhaits. La ressource rare, c’est notre capacité d’attention qui est soulagée de toute une série de tâches ennuyeuses du type consulter une carte pour retrouver son chemin.

Alexei Grinbaum, Larsim-CEA, a fait une intervention passionnante sur  » la veille nanotechnologique à l’intérieur du corps » et les problématiques totalement inédites de ces nouvelles applications. Il a accepté de mettre son intervention sur le Blog Invité du 11ème Blog.

A retenir également, les travaux de Didier Bigo sur la sécurité et la libre circulation des personnes que l’on trouve notamment dans la revue « Culture et Conflits » entièrement en ligne. Et l’intervention de Michel Riguidel sur la sécurité des réseaux numériques et les nouvelles solutions qui pourraient réintroduire des capacités de protection de l’individu. Antoine Rebiscoul, directeur de la Stratégie de Publicis, fait la synthèse de ce qu’apportent les nouvelles technologies au marketing contemporain. Publié par M-T Chedeville à 18:04

http://www.palaisdetokyo.com/fo3/low/programme/index.php?page=evecourt.php&id_eve=1948&session=&agenda=yes

Colloque Globale Paranoïa – Formes et puissance de la surveillance contemporaine 11 avril 2008 – 12 avril 2008

barre De 14h à 20h : Globale Paranoïa est une manifestation organisée par Éric Sadin & Cellule éc/artS, soutenue par la DRAC Centre et le Palais de Tokyo. Un colloque sur les technologies de surveillance avec : Sophie Vulliet-Tavernier, Michel Alberganti, François Deneuil, Alexei Grinbaum, Bernadette Dorizzi, Pierre Piazza, Gérard Haas, Xavier Raufer, Michel Riguidel, Anastassia Tsoukala, Didier Bigo, Antoine Rebiscoul, Stéphane Degoutin, Eric Sadin + fabric I ch, Emmanuel Mahé, Bernard Benhamou.

Pour connaître le programme détaillé, cliquez ici

« L’accélération technologique, la menace terroriste, l’agressivité marketing forment une nouvelle et implacable triade favorable à la formation d’un “continuum” ininterrompu de dispositifs de surveillance. L’entrecroisement récent et toujours plus dynamique de facteurs hétérogènes produit une sorte de “bouillon de culture” composé “d’ingrédients idéaux”, qui ne cesse de resserrer les mailles de la matrice globale. Ces éléments peuvent être décomposés et précisément identifiés : généralisation de l’interconnexion, de la géolocalisation, de la vidéosurveillance ; expansion de bases de données ; développement de la biométrie, de logiciels d’analyses comportementales ; miniaturisation des dispositifs ; présence de plus en plus fréquente de capteurs et d’étiquettes radio (RFID) ; traque informationnelle contre le terrorisme ; stratégies marketing fondées sur le tracking et l’individualisation des profils. C’est l’ensemble de ces couches que nous examinerons au cours de notre rencontre, chacune envisagée dans ses spécificités, autant que dans leurs complexes interactions. Ce sont notamment la nature de leur extension, leur structuration technique, leur efficacité et leur précision, les cadres légaux qu’elles perturbent, le droit à la vie privée qu’elles peuvent menacer, qui constituent autant de questions que nous envisagerons. Les formes actuelles et en devenir de la surveillance se situent au coeur de nombreuses interrogations et problématiques actuelles ; elles appellent de saisir la nature composite des dimensions en jeu, d’ordre technique, économique, politique, social, juridique, éthique, culturel, esthétique. Un des objets de ce colloque consiste encore à développer une posture active, à encourager des effets de conscience et de lucidité relativement aux puissances computationnelles de captation et d’analyse des comportements quotidiens. Notre entreprise envisage l’exploration du champ de la surveillance comme un prisme d’observation privilégié de notre environnement contemporain, en la tenant comme un enjeu anthropologique majeur de notre temps.» Éric Sadin

img : « Globale_Surveillance » / Prototype théâtral : Éric Sadin + fabric | ch

http://www.paris-art.com/agenda/evenements/d_evenement/Globale-Paranoia-Formes-et-puissance-de-la-surveillance-contemporaine-10774.html

Eric Sadin Globale Paranoïa. Formes et puissance de la surveillance contemporaine 11 avr. – 12 avr. 2008 Paris. Palais de Tokyo Dans le cadre des événements organisés par le Palais de Tokyo, Eric Sadin et cellule éc/artS, proposent une réflexion autour de la multiplication, dans le contexte actuel d’insécurité et de mondialisation, des dispositifs de surveillances. INFOS PRATIQUES

Communiqué de presse Eric Sadin Globale Paranoïa. Formes et puissance de la surveillance contemporaine

Le colloque organisé par Eric Sadin dans les murs du palais de Tokyo aborde des problèmes contemporains. Eric Sadin définit ainsi la démarche de cette manifestation: «L’accélération technologique, la menace terroriste, l’agressivité marketing forment une nouvelle et implacable triade favorable à la formation d’un “continuum” ininterrompu de dispositifs de surveillance. L’entrecroisement récent et toujours plus dynamique de facteurs hétérogènes produit une sorte de  “bouillon de culture” composé “d’ingrédients idéaux”, qui ne cesse de resserrer les mailles de la  matrice globale.

Ces éléments peuvent être décomposés et précisément identifiés : généralisation  de l’interconnexion, de la géolocalisation, de la vidéosurveillance ; expansion de bases de données ; développement de la biométrie, de logiciels d’analyses comportementales ; miniaturisation des dispositifs ; présence de plus en plus fréquente de capteurs et d’étiquettes radio (RFID) ; traque informationnelle contre le terrorisme ; stratégies marketing fondées sur le tracking et l’individualisation des profils. C’est l’ensemble de ces couches que nous examinerons au cours de notre rencontre, chacune envisagée dans ses spécificités, autant que dans leurs complexes interactions.

Ce sont notamment la nature de leur extension, leur structuration technique, leur efficacité et leur précision, les cadres légaux qu’elles perturbent, le droit à la vie privée qu’elles peuvent menacer, qui constituent autant de questions que nous envisagerons. Les formes actuelles et en devenir de la surveillance se situent au cœur de nombreuses interrogations et problématiques actuelles ; elles appellent de saisir la nature composite des dimensions en jeu, d’ordre technique, économique, politique, social, juridique, éthique, culturel, esthétique. Un des objets de ce colloque consiste encore à développer une posture active, à encourager des effets de conscience et de lucidité relativement aux puissances computationnelles de captation et d’analyse des comportements quotidiens. Notre entreprise envisage l’exploration du champ de la surveillance comme un prisme d’observation privilégié de notre environnement contemporain, en la tenant comme un enjeu anthropologique majeur de notre temps.»

http://www.mtchedeville.com/2008/04/globale-paranoa.html