[Grégoire Seither – IES News Service – 06/06/2008 ]

Selon une enquête du magazine TIME, pour la première fois dans l’histoire des Etats-unis, un nombre croissant de soldats U.S. en zone de combats prend quotidiènnement des anti-dépresseurs afin de calmer les nerfs, soumis à rude épreuve par les missions répétées et de plus en plus longues sur le terrain, en Afghanistan et en Irak.

Ces médicaments n’ont pas seulement pour but de permettre aux soldats de ne pas craquer mais également à l’Armée U.S. de préserver sa ressource la plus précieuse : les soldats déployés dans des zones des combat. Depuis 2004 l’Armée a de plus en plus de mal à mobiliser des troupes pour ses multiples engagements militaires.

Le rapport récemment publié du Mental Health Advisory Team de l’Armée U.S. indique que, en automne dernier, environ 12% des troupes combattantes en Irak et 17% en Afghanistan se voient régulièrement prescrire des anti-dépresseurs. 60% des soldats affirme prendre par ailleurs très régulièrement des somnifères « sinon la tension nerveuse constante rend le sommeil impossible« . L’escalade de la violence en Afghanistan et les missions dans des zones plus isolées expliqueraient la forte consommation de médicaments calmants parmi les troupes dans ce pays, plus forte qu’en Irak, expliquent les chercheurs militaires (…)

En soi l’utilisation de médicaments pour entretenir le moral des troupes n’est pas nouvelle . Déjà, lors du long hiver à Valley Forge, George Washington faisait distribuer de fréquentes rations de rhum aux soldats de la guerre d’indépendance afin de lutter contre la démoralisation des troupes. En 1939-45, l’armée allemande carburait aux amphétamines de cheval, la Pervitine. Lors de la guerre de Corée puis au Vietnam, des chercheurs du Pentagone ont mené plusieurs programmes d’expérimentation d’amphétamines et autres drogues « motivantes » sur les soldats au front. Les « pill-poppers » (avaleurs de pillules) faisaient partie de la panoplie standard du soldat U.S. dans les rizières… sans parler de la drogue, couramment utilisée par la troupe.

Néanmoins, à cause des effets secondaires potentiellement dangereux, les anti-dépresseurs de la dernière génération sont normalement interdits dans les zones de combat par le règlement militaire U.S. (…)

L’utilisation croissante d’anti-dépresseurs dans l’armée ne fait que suivre l’évolution de la société U.S.. Selon l’institut de recherche IMS Health, en 2004 (derniers chiffres connus), les médecins U.S. ont prescrit 147 millions d’anti-dépresseurs. « A cela viennent s’ajouter les ventes clandestines des personnes non assurées. En tout et pour tout on estime à 200 millions annuels le nombre de personnes prenant ce genre de médicaments » explique le rapport. (…)