[Addison Wiggin – Chronique Agora – 27/05/2008]

(Extrait du livre d’Addison Wiggin, Le Déclin du Dollar)

Une récession est un recul, un déclin du PIB, de l’emploi et du commerce. Il n’est pas étonnant de voir que la plupart des gens considèrent de telles forces économiques en termes de pertes d’emploi, ce qui n’est qu’un seul aspect de l’ensemble du tableau. Mais tout comme la récession a une signification large, il en va de même pour la reprise.

Par le passé, les récessions américaines résultaient d’une politique monétaire et de crédit stricte. Cela se traduisait par des difficultés à obtenir des prêts (surtout pour les propriétaires immobiliers et les petites entreprises). Un des symptômes d’une récession, c’était qu’on entendait les gens dire que leurs finances étaient « un peu justes ».

On entend rarement ce genre de choses actuellement. Pourquoi ? Parce que l’argent n’est plus « juste » de nos jours ; il a simplement de moins en moins de valeur. Les récessions à l’ancienne, et la politique monétaire stricte qui allait avec, forçaient les consommateurs et les entreprises à réduire leurs excès d’emprunts et de dépenses — ils devaient se serrer la ceinture. Ce changement de comportement finissait par rééquilibrer l’économie et le système financier. Moins recourir au crédit lors d’une récession est une forme de diète économique. Il faut maigrir, suite au resserrement monétaire, de manière à ce que l’économie puisse à nouveau entrer dans les pantalons moulants qu’elle portait l’été précédent. La plupart d’entre nous savent exactement ce que c’est, et ce que cela signifie.

Quelque chose a changé aux Etats-Unis. L’économie du pays est frappée d’obésité morbide, et ses citoyens ont abandonné depuis longtemps tout désir de perdre du poids. Ils achètent simplement des espérances de plus en plus grosses. Ils vivent dans une bulle.

Lorsque nous intervenons lors de conférences et parlons aux gens un peu partout aux Etats-Unis, nous sommes souvent surpris par le peu de connaissance qu’ils ont sur l’argent qu’ils mettent dans leur portefeuille. Depuis 1913 et l’approbation du Federal Reserve Act, le gouvernement fédéral a cédé à des intérêts privés le pouvoir sur l’argent qui lui a été expressément attribué par la Constitution. L’article I de la Constitution américaine donne au Congrès le pouvoir de battre monnaie et d’en réguler la valeur. Mais ce pouvoir a été délégué à la Fed, qui est, dans les faits, un cartel bancaire et ne fait pas partie du Congrès. Il ne s’agit pas là de politique ou d’économie ennuyeuse. En permettant à la Fed d’avoir ce pouvoir, les citoyens n’ont plus voix directe sur la manière dont la politique monétaire est décidée — non que cela soit très utile, de toute façon. La perte de l’argent sain — de l’argent adossé à un actif tangible, plutôt qu’à un procédé gouvernemental — est le déséquilibre principal affligeant le dollar.

Les passages du pic au gouffre constatés lors de récessions passées prouvent cet argument : les Etats-Unis ont modifié leur manière de prendre et perdre du poids économique, et ils ne retrouvent pas la santé comme avant ; quelque chose a radicalement changé et — comme dans des sables mouvants — le pays s’enfonce peu à peu.

Voilà pourquoi la crise du dollar est invisible. Personne ne veut vraiment s’y intéresser, et la Fed permet de l’ignorer en déclarant que tout va bien. Tant que les sociétés de cartes de crédit continuent de distribuer leurs rectangles de plastique et d’augmenter les plafonds des cartes, pourquoi s’inquiéter ? Voilà qui définit en une phrase le problème économique qui sous-tend l’effondrement du billet vert.

Un économiste balaierait ces changements d’un revers de la main, décrétant qu’ils sont cycliques, ou qu’il s’agit tout simplement du signe que, lors de la dernière reprise, la balance a penché du côté de la consommation — ce qui affecte l’issue du problème. Mais qu’est-ce que cela signifie ? Si nous ne sommes plus prêts à accepter un resserrement monétaire comme une réalité indissociable de la partie baissière du cycle économique, comment pouvons-nous maintenir une croissance économique ? Combien en faudra-t-il ? Et que se passera-t-il lorsque les excès de dettes et de crédit, apparemment infinis, finiront par rattraper les Etats-Unis ?

(*) Addison Wiggin est le Directeur du Daily Reckoning, l’équivalent américain de La Chronique Agora. Mr Wiggin étudie, commente et écrit sur les marchés depuis plus de dix ans. Avec un master de philosophie de l’université de St John, il adopte un point de vue global et contrarien sur les marchés américains et mondiaux.

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