[Gregoire Seither – IES News Service – 27/03/2008]
Une étrange vague de violence publique contre les jeunes de la sous-culture « émo » est entrain de secouer le Mexique. Relayée sur les forums et dans les cours de récré, les mots d’ordre anti-émo sont repris par des jeunes des autres sous-groupes culturels, qui se disent « exaspérés par le look et l’attitude ainsi que les valeurs perpétuées par le mouvement émo ». (Si vous ne savez pas ce que c’est que la culture « emo », alors consultez le manuel).

Tout à commencé dans la ville de Queretaro le 7 mars dernier, quand une foule d’environ 800 jeunes armés de batons et de cailloux a envahi le Centre Historique, lieu de rendez-vous traditionnel des jeunes « émo » et s’est mises à ratonner les émos qu’elle trouvait.

Le weekend suivant, relayé par des appels sur YouTube, Orkutz et Facebook, le pogrom anti-émo à gagné Mexico City ou il a été rejoint par des bandes de jeunes punks et des rockabillies qui ont pourchassé les émos à travers la Glorieta de Insurgentes, autre lieu de rencontre de la jeunesse goth et émo mexicaine. (Scène de choix dans le reportage de la télévision mexicaine : quand un orchestre hare-krishna fait irruption dans la bagarre et met tout le monde en fuite… surréaliste !)

Pour les adultes et la presse, cette vague de violence est incompréhensible, même si la majorité des analystes pense que c’est une nouvelle résurgence du machisme et de l’homophobie traditionnelle des Mexicains.

Pour la journaliste de rock Juliana Hernandez, « le look émo va a l’encontre de toutes les valeurs machistes véhiculées par la culture latino. Les émos sont passifs, montrent leurs émotions, les garçons cultivent un air sensible et ‘efféminé’ qui déclenche des réactions homophobes chez les machos… il n’est d’ailleurs pas innocent que ce sont les garçons émo qui ont été le plus visés par les violences. Cela rappelle les violences anti-hippies par les blousons noirs ou encore la répression contre le mouvement Swing à l’époque Nazie »

Des militants Gays et Lesbiens se sont d’ailleurs joints à la la marche silencieuse pour la paix et la tolérance du 15 mars à Queretaro, organisée par des groupes émo inorganisés ainsi que des mouvements de défénses des droits de l’homme. La semaine dernière, à Mexico City, un sit-in a été organisée devant le siège de la police. Le but de ces manifestations est de revendiquer la liberté d’être émo et de protester contre la violence impunie qui frappe des jeunes dont le seul crime est d’être différents des autres.