[Agoravox – 13/03/2008]
(…) Un autre phénomène de désinformation choquante est celle des attentats de début d’année à Bagdad, (…) L’explosion fait alors mauvais genre car elle tombe mal question relations publiques.

Qu’à cela ne tienne, dans la journée on va lui rajouter une dimension ignominieuse, censée provoquer encore plus de dégoût chez des gens comme vous et moi, dans le but de démontrer que l’horreur est telle… que n’importe quelle répression pourrait être acceptée. Du genre… admettre et surtout ne pas condamner la torture de prisonniers, par n’importe quel supplice, peu importe… pourvu qu’on puisse démontrer qu’un seul aveu éviterait une tuerie de ce genre.

Souvenez-vous : un officiel, quelques heures après les attentats, annonce que les deux kamikazes sont des femmes, et qu’elles sont… trisomiques. Le terme, édulcoré dans les traductions françaises de l’annonce des attentats, est bien présent dans les originaux.

C’est d’abord un général américain qui s’y colle pour dénoncer l’odieux attentat : « a U.S. military spokesman for the Baghdad area, Lt. Col. Steve Stover, also said at the time that medical experts with his division had examined the photos and agreed the women probably suffered from the genetic disorder. « They were both females and they both looked like they had Down syndrome. »

Puis c’est à un chef de la police irakienne, aux ordres, on le sait, des Américains : « Lt. Gen. Abboud Qanbar, the chief Iraqi military commander in Baghdad, said soon after the attacks that photos of the women’s heads showed they had Down syndrome, but he did not offer any other proof« .

Un autre insiste encore pour la thèse déjà évoquée « We found the mobiles used to detonate the women, Major-General Qassim Moussawi, an Iraqi military spokesman, said. He said that both women had Down’s syndrome. »

Mais très vite, déjà, les conclusions bien hâtives des militaires sont mises en doute par les journalistes sur place « A cell phone image of one of the heads viewed by The Associated Press was inconclusive. » « There was speculation that the heads could have been distorted by the blast, leading police initially to believe they had Down syndrome. »

Cela n’empêche un intervenant de poids d’affirmer que ce sont bien des femmes atteintes de trisomie 21, en insistant sur le fait que c’est donc encore plus horrible que d’habitude, si tenté que l’on puisse parler d’habitude « Iraqi and American officials blamed al-Qaeda, and accused the terrorist organisation of plumbing new depths of depravity. » C’est obligatoirement Al-Quaïda , puisque c’est pire que la « normale ». Dont acte.

Or, l’homme qui fait la déclaration officielle du lien entre l’attentat et Al-Quaïda n’est autre que… Ryan Crocker, l’ambassadeur américain à Bagdad ! L’Etat irakien ajoutant la touche finale : « Le modus operandi de l’attaque correspond aux habituels modes d’action d’Al-Qaïda, a relevé la source au ministère de l’Intérieur. »

Les deux s’accordent bien sur le fait : c’est abject comme procédé : « Iraqi and American officials blamed al-Qaeda, and accused the terrorist organisation of plumbing new depths of depravity. » Des dépravés, mon bon monsieur, des dépravés. Avec ça en face, on a toutes les excuses pour torturer !

En fait, très vite l’histoire sordide se dégonfle : de trisomie, il n’y a pas, et cela devient donc obligatoirement des femmes traitées en hôpital psychiatrique pour dépression « The director of the Ibn-Rushd psychiatric teaching hospital in central Baghdad, Dr. Shalan al-Abboudi, said that one of the pet market bombers, a 36-year-old married woman, had been treated there for schizophrenia and depression, according to her file. Refusing to identify her, he said she received electric shock therapy and was released into the custody of an aunt« . Impossible en effet après avoir parlé de trisomie de ne pas se retrouver en psychiatrie, sinon le sentiment d’horreur créé dans les médias s’effondre.

Mais ça se dégonfle encore plus quelques heures après. Après nous avoir raconté qu’il s’agissait de deux pauvres femmes ayant perdu la tête (sans mauvais jeu de mots) et équipées à leur insu de bombes téléguidées par téléphones portables… on commence déjà à revoir la théorie.

A un détail près, en effet, mais de taille : un journaliste indique qu’on n’est pas sûr de l’origine de l’explosion : « But a police official told McClatchy Newspapers that authorities were still investigating whether the explosion at the second market might have come from a bomb hidden in a cage or a box of eggs. »

Au départ, on a des certitudes trisomiques téléguidées, l’horreur sans nom, l’abjection totale, de ces « dépravés », au final un attentat assez commun en Irak (sans être péjoratif, c’est une simple constatation), à part son nombre effarant de victimes qui implique l’emploi de fortes charges, assez incompatibles avec l’usage de deux kamikazes seulement portant leurs bombes sur elles.

Personne n’a remarqué que deux kamikazes qui font cent morts au final est un record peu banal. Surtout pas les autorités, qui avaient déjà les porteurs et le commanditaire obligatoire de prêts quelques minutes à peine après l’explosion. Al-Quaïda avait été cité avant même l’implosion du WTC7, ici c’est un peu la même chose : le marché baigne dans le sang à cause de « dépravés » qui utilisent des fous ou des personnes diminuées comme vecteurs de bombe. (…)

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