[Sam Smith – Undernews – 15/03/2008 – Traduction : Grégoire Seither]

Hillary Clinton a raison quand elle dit que Barack Obama n’a pas assez d’expérience.

Il n’a pas assez d’expérience avec nous.

Nous avons passé ces 16 dernières années à lire, entendre et débattre autour de la personne de Hillary Rodham-Clinton et, si elle devait être élue, nous ne devrions pas être excessivement surpris des décisions qu’elle prendrait… au contraire, nous savons trop bien ce qui nous attend.

Par contre, la prise de conscience du public vis à vis de Barack Obama remonte à moins d’un an et est basée essentiellement sur une image fabriquée par les communicants, sur de la rhétorique, quelques photos avantageuses soigneusement sélectionnées et enfin une base de fans enthousiastes dont l’approche est plus affective que politique. Ce théâtre médiatique, cette fabrication communicante est tellement efficace que même les plus cyniques des commentateurs politiques de ce pays semblent avoir oublié qu’il y a trois ans, presque personne n’avait entendu parler du sénateur de l’Illinois, un certain Barack.. comment déjà ?

(…)
Alors prenez la peine de fermer les yeux un instant, d’éliminer le bruit médiatique, d’oublier les noms des candidats qui se bousculent aux primaires… et regardez cette campagne électorale en face : quelle image nous renvoie t’elle ?

Celle d’une nation prise au piège d’une guerre-bourbier qui dévore chaque jour des millions de dollars d’argent public.

Celle d’une économie glissant sur le toboggan de la plus grave crise économique depuis 1929.

Celle d’un pays confronté à de multiples périls environnementaux, climatiques et sociaux, et dont tout le monde sait qu’elle n’a pas les moyens d’en affronter ne serais-ce qu’un seul. Katrina n’était pas une exception et encore moins un avertissement, c’était une répétition générale d’une pièce qui sera jouée à plusieurs reprises dans l’avenir.

Celle d’une population qui a peur, peur de se faire mal voir par les innombrables agences de police qui nous surveillent pour mieux nous protéger, peur du terroriste, peur du voisin qui pourrait nous piquer notre place, peur de perdre notre mode de vie, peur de ces étrangers à notre porte, peur de ceux qui ne sont pas comme nous…

Face à tout cela, quel choix avons nous ? Nous pouvons opter pour un excentrique d’extrême droite, militariste et colérique, au comportement imprévisible et à la durée de vie incertaine. Ou alors nous pouvons choisir un quasi inconnu, un homme que nous n’avons encore jamais vu à l’oeuvre et qui n’a pas encore eu l’occasion de faire ses preuves. Un novice qui ne nous a pas encore expliqué de manière précise ce qu’il compte faire une fois arrivé à la Maison Blanche… et qui ne peut pas se prévaloir d’un très bon bilan de mandat au cours de ces quatre dernières années, depuis qu’il est apparu sur la scène politique Washingtonienne.

Le c hoix semble coincé quelque part entre l’incurie et l’irréfléchi. Les deux candidats sont arrivés là où ils sont parce qu’ils ont réussi à personifier des symboles mythiques, ils représentent les rèves que bon nombre d’Américains projettent sur eux. Personne ne voit le vrai McCain ou le vrai Obama… tout le monde ne voit que ce qu’il projette sur leur personne.

A une époque où l’Amérique a désespérément besoin d’ouvrir les yeux et de se confronter à la réalité, nous refusons d’éteindre la télévision et nous enthousiasmons pour des chimères médiatiques. Le prix à payer pour ces rêveries sera énorme.