[Gregor Seither – IES News Service – 19/03/2008]

Si vous êtes un tant soit peu familier du Sénateur et candidat à la présidentielle John McCain, vous connaissez sa réputation de colérique. Sa colère a plusieurs fois explosé à la plus petite provocation, y compris vis à vis de ses collègues et amis Républicains.

« L’idée même que McCain puisse devenir le président de notre pays me fait froid dans le dos. C’est un homme capricieux et imprévisible, il n’a pas les nerfs très solides et perd rapidement son calme… et tout cela m’inquiète » écrit le Sénateur Républicain Thad Cochran, malgré le fait qu’il ait soutenu la candidature de McCain aux primaires Républicaines.

Vous avez certainement également entendu parler de son caractère tétu. « Quand il a une idée en tête, aucun avis divergent, aucune opinion contradictoire, aussi raisonnable soit-elle, n’est accepté » explique le général Larry Wilkerson, ancien assistant en chef du Secrétaire d’Etat Colin Powell et collaborateur de longue date de McCain. « Certains appellent cela de l’arrogance, de l’hubris. Moi je dirais qu’il a tendance à être trop fier et que cela lui nuit. C’est une caractéristique de sa personnalité qui me dérange« .

Mais il y a un autre aspect de la personnalité de McCain que vous ne connaissez peut-être pas. C’est celui qui risque d’influencer ses décisions quand il sera Commandant en chef des armées.

Tout au long de sa carrière politique, John McCain a systématiquement favorisé – presque comme un reflexe – l’usage de la force écrasante de la puissance américaine. « Son premier choix a toujours été et sera toujours l’usage de la force militaire, au détriment de toutes les autres options, » explique Larry Korb, ancien conseiller militaire du Pentagone et de la Maison Blanche sous Ronald Reagan et membre de l’équipe présidentielle de Barrack Obama.

Issu d’une famille de militaires, ayant un père et un grand-père Amiraux de marine, pilote d’avion de chasse lors de la guerre du Vietnam, McCain a toujours défendu l’idée que – si on avait laissé faire l’armée et déployé la pleine puissance militaire étatsunienne, les Etats-unis auraient gagné la guerre en Asie du Sud-Est. « La bonne stratégie, c’était des tapis de bombes qui transforment le pays en un grand parking. Ensuite on aurait ramassé ce qui restait encore debout et on serait rentrés chez nous pour Noël » avait il déclaré à l’époque. Son séjour dans les camps de prisonniers de guerre du Vietcong n’a rien fait pour calmer son ardeur belliqueuse.

McCain se présente comme un guerrier aguerri, impatient de partir au combat. Il est le candidat de cette frange de la population américaine qui envisage l’avenir sous la forme d’une guerre sans fin contre l’islam radical et qui jubile à l’idée de voir le « Capitaine McCain » remonter dans le cockpit de son chasseur bombardier. Poussé par son assistant Marshall Wittman, également proche conseiller du « Sénateur faucon » Joe Lieberman, John McCain a plusieurs fois chanté les louanges de son idole politique, le président Théodore Roosevelt, champion de la « mission civilisatrice » des Etats-unis dans le reste du monde. Une telle ferveur missionnaire attire les néo-conservateurs comme un aimant. . .

S’il est élu, John McCain propose de renforcer encore la lutte contre « le défi transcendant que pose l’islamisme radical« . Pour cela les Etats-unis mettront sur pied de nouvelles organisations militaires supranationales , allant d’un corps d’armée entièrement consacré aux opérations spéciales (« imaginez la rapidité et la précision meurtrière d’une unité spéciale de rangers, et multipliez-là par cent ») à la création d’une « Ligue des Démocraties » qui contournera les Nations Unies, dont la réticence à l’hégémonie américaine a toujours énnervé McCain.

L’OTAN sera un autre outil de choix de la stratégie internationale de McCain, avec pour principal objectif de contenir la montée en puissance de la Russie et de repousser son influence en Asie centrale ainsi que dans le Caucase.

Derrière tout cela se dessine un nouvel unilatéralisme U.S., comme à l’époque Reagan, avec pour objectif de « faire reculer les états voyous » (nouvelle mouture de « l’Axe du Mal ») qui menacent la suprématie économique et politique des Etats-Unis.

Ce programme, qui n’est rien d’autre qu’une version actualisée du bon vieux P.N.A.C. (Projet pour un nouveau siécle américain), utilisera la peur du terrorisme et le spectre islamiste pour mobiliser les opinions et gouvernements dans la « guerre contre le terrorisme » . . .

« Ne vous trompez pas, » avertit McCain. « Il y aura d’autres guerres. Je regrette de devoir vous dire cela, mais nous n’avons pas fini de faire la guerre au reste du monde. Nous ne nous avouerons jamais vaincus, nous ne nous rendrons jamais, mais il y aura de nouvelles guerres «