… avec les bulletins papiers, on ne peut bourrer les urnes que si, tout le monde dans le bureau de vote est d’accord pour vous laisser faire. Ce fut jadis le cas dans certains bureaux de vote insulaires ou tenus par des organisations politiques prenant des libertés avec la démocratie…

Avec des ordinateurs de vote, par contre, c’est nettement plus facile…

Le 17/03/2008, dans « Le Point » on peut lire :

« Au moment du dépouillement, j’ai remarqué un individu avec des enveloppes de  votes froissées dans les poches, j’ai demandé qui c’était », raconte Monsieur  Got, assesseur au bureau numéro 4 de Perpignan et colistier de la candidate  socialiste Jacqueline Amiel-Donat. « On m’a répondu que c’était le président  du bureau de vote, Monsieur Garcia, le frère d’un des adjoints au maire. J’ai  demandé qu’on arrête de dépouillement, on a appelé la police. Quelques minutes  plus tard, je l’ai surpris en train d’essayer de se débarrasser d’autres  enveloppes qu’il cachait… dans ses chaussettes ! » […]  ça fait mauvais effet. Surtout lorsque le dit maire sortant, Jean-Paul  Alduy, n’assure sa réélection que d’une courte tête, à 574 voix  près…

(LE POINT.FR Fraude et incidents à Perpignan : le dépouillement bloqué)

Analyse de Francois Gouget : http://fgouget.free.fr/

En supposant qu’il s’agit effectivement d’une tentative de bourrage d’urne, il est intéressant d’étudier les problèmes logistiques que pouvait poser une telle tentative.

On va d’abord supposer que les fraudeurs savaient que l’élection serait très très serrée et même qu’il y aurait en fait égalité stricte entre les deux principaux candidats. Ils pourraient ensuite avoir décidé que gagner avec environ 600 voix d’avance serait suffisant. Déjà cela ne représente d’après mes estimations qu’environ 1,4% du nombre de votes exprimés (environ 41500). Truquer seulement 1,4% des votes en se disant, ‘ce sera suffisant’, c’est prendre un sacré risque et il faut déjà vraiment avoir confiance dans les sondages!

Pour que la fraude ne soit pas détectée il faut que le compte des bulletins sortis des urnes corresponde au compte des signatures dans les cahiers d’émargement. S’il y avait une différence de 600 voix, même réparties sur tous les bureaux de votes, la fraude serait immanquablement éventée.

(La suite, très intéressante…. )Impossible de bourrer les urnes avant l’élection puisqu’ells sont transparentes, et impossible de le faire pendant l’élection à cause de la cloche qui sonne chaque fois que la trappe est ouverte et de tout le monde qui surveille.

Impossible de substituer des bulletins une fois qu’ils sont arrivés sur la table des scrutateurs: ils sont jalousement surveillés par quatre électeurs difficiles à contrôler.

Donc je suppose que cette personne a essayé de substituer les enveloppes soit pendant le comptage initial, soit directement dans les enveloppes de 100 non encore comptées. Pendant le comptage initial il règne souvent (il me semble) une légère confusion mais d’un autre coté les scrutateurs, qui n’ont rien à faire et attendent avec impatience leurs enveloppes, tendent à regarder le comptage, au moins pour en surveiller l’avancement. La meilleure stratégie consiste donc probablement à substituer les bulletins dans les enveloppes non encore comptées pendant que les scrutateurs sont occupés pas le dépouillement et que tout l’attention est dirigée sur eux.

Mais pour que la fraude ne soit pas détectée, il ne faut pas changer le nombre de bulletins dans l’enveloppe sinon les scrutateurs, qui comptent les enveloppes au moins deux fois, vont s’en apercevoir et s’en inquiéter, mais s’il n’y a qu’une enveloppe de différence. Le fraudeur doit donc retirer autant d’enveloppes qu’il en ajoute, et rapidement, et discrètement.

Impossible non plus de simplement remplacer une enveloppe de 100 car celles-ci sont signées par les 4 membres du bureau (et voici donc pouquoi elles sont signées dès qu’elles sont prêtes). Le plus simple est donc de retirer les 100 bulletins, et de les remplacer par 100 autres bulletins tous pour le ‘bon’ candidat.

Combien de votes gagne-t-on ainsi? Statistiquement les enveloppes d’origine comptaient quelque chose comme 45 bulletins pour le bon candidat, 45 pour son adversaire principal et 10 pour divers autres. Après on a 100 bulletins pour le bon candidat. Soit un gain de 55 voix pour 100 bulletins substitués. Pour gagner 600 voix il faut donc substituer environ 1100 enveloppes.

Oups, déjà on a un gros problème: il y a normalement un bureau de vote pour 1000 électeurs, mais parfois il y en a un peu plus. Mettons qu’il y en ait 1500. Avec un taux de participation de 50% ça fait 750 enveloppes. Dur de substituer 1100 enveloppes dans ces conditions. D’autant plus que dans le scénario ci-dessus, la moitié des enveloppes ont déjà été distribuées avant que la fraude puisse avoir lieu. Et que remplir une enveloppe avec 100 bulletins tous pour le même candidat revient à crier ‘fraude’ à tue-tête.

Disons donc que dans chaque enveloppe de 100 on laisse 25 bulletins pour d’autres candidats. On gagne alors 30 voix par enveloppe. Il faut donc en substituer 20. Il y a, apparamment, environ une table de scrutateurs pour 300 électeurs inscrits. Soit suivant la taille du bureau: 3 ou 4 tables pour 500 votes pour un bureau de 1000 4 tables pour 600 votes pour un bureau de 1200 4 ou 5 tables pour 700 votes pour un bureau de 1400 5 tables pour 750 votes pour un bureau de 1500

Cela nous donne entre 1,25 et 1,75 enveloppes par table. On peut donc frauder sur les 0,25 à 0,75 enveloppes par table qu’il reste après la distribution initiale. Il faut donc frauder sur 27 à 80 tables, soit, si on compte 1000 électeurs et 3,33 tables par bureau en moyenne, entre 9 et 27 bureaux de vote.

Il faut donc un minimum de 9 fraudeurs, chacun devant substituer entre 100 et 200 bulletins. Chacun doit donc cacher sur lui l’équivalent de 100 à 200 feuilles A4 (car vu la taille de l’agglomération les listes sont forcément longues et donc les bulletins forcément au format A4) et 100 à 200 enveloppes. De manière aisément accessible. Aussi bien avant la substitution qu’après.

Dur dur le bourrage d’urnes.

Alors que s’est-il vraiment passé?

  • Si cette personne pensait vraiment pouvoir changer le résultat de l’élection à elle toute seule c’est qu’elle n’avait pas bien réfléchi au problème
  • Ou alors c’est qu’elle avait des complices dans d’autres bureaux et a juste eu la malchance de se faire prendre.
  • Ou alors elle a voulu masquer un autre problème. L’article parle d’une discordance avec le cahier d’émargement, mais là je ne voit pas quel était son plan.

Dire que cette fraude aurait été si facile et indétectable avec des ordinateurs de votes…