[Le Monde.fr – 7/03/2008]

La décision du Pentagone d’acheter ses avions ravitailleurs auprès du tandem EADS-Northrop Grumman et non auprès de Boeing, le « fournisseur maison » traditionnel, suscite un nouvel élan de patriotisme économique aux Etats-Unis.

Menaces pour la sécurité nationale en raison de la fabrication de certaines pièces à l’étranger, danger pour l’emploi aux Etats-Unis, contestation de l’appel d’offres qui aurait été modifié sans que Boeing le sache… Les opposants au choix du ministère de la défense multiplient les angles d’attaque.

Dans un pays où les avocats sont rois, nul n’imaginait que le choix du Pentagone resterait sans réactions. Celles-ci étaient d’autant plus attendues que ce succès d’EADS est en partie du à John McCain.

Durant des années, ce sénateur, qui n’était pas encore candidat républicain à la Maison Blanche, a dénoncé les liens entre le Pentagone et Boeing obligeant l’armée à revoir de fond en comble ses appels d’offres.

En pleine campagne électorale, les démocrates mais aussi les républicains, qui abritent des usines de Boeing dans leurs circonscriptions, ne pouvaient rester sans réagir.»…

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/03/07/patriotisme-mal-place_1019953_3232.html

Comment EADS a décroché le contrat du siècle

[Challenges – 7/03/2008]
Au cours du troisième trimestre 2007, Ralph Crosby, patron d’EADS aux Etats-Unis, était sur de tenir le bon bout du contrat mirifique qu’il négocie depuis cinq ans avec ses anciens amis de l’US Air Force, dont il est issu : la fourniture, à partir de 2013, pour 40 milliards de dollars, de 179 avions ravitailleurs en remplacement des KC-135. Des quadriréacteurs dérivés du Boeing 707, la première génération des avions à réaction qui ont vu le jour au début des années 1960… Ces réservoirs volants (tankers) donnent aux chasseurs et aux bombardiers, qui se ravitaillent en vol, une autonomie presque illimitée.

Jusqu’à la fin 2007, Ralph Crosby, ancien chef d’état-major du vice-président des Etats-Unis, recevait des informations encourageantes du Pentagone : les notes attribuées sur les différents éléments du programme KC-30, dérivé de l’Airbus A330, étaient excellentes, souvent supérieures à celles de la plupart des dossiers soumis – et gagnés lors de ses précédentes fonctions au sein de Northrop Grumman, dont il a été le numéro deux, chargé notamment du programme ultrasecret du bombardier furtif B-2. Il n’imaginait pas que Boeing, avec son KC-767, issu d’un avion plus ancien, puisse avoir des notes supérieures.

Mais, depuis le début de l’année, plus de nouvelles. «Campagne électorale aidant, le climat avait semblé se retourner, au moins sur le plan médiatique», nous confie Louis Gallois, président d’EADS. Aussi, quand le 29 février, l’US Air Force annonce avoir donné sa préférence «au consortium Northrop Grumman-EADS», la surprise est générale.

Les dirigeants d’EADS apprennent la nouvelle par un simple courriel de Crosby : «We won. Ralf.» Aux Etats-Unis, c’est la tempête. Le représentant du Kansas (où devait être assemblé le Boeing), Todd Tiahrt, déplore que n’ait pas été choisi «un avion américain construit par une entreprise américaine avec des salariés américains». Duncan Hunter, membre de la commission des forces armées de la Chambre des représentants, s’insurge : «La décision de l’US Air Forceva couter plus de 100000 emplois» aux Etats-Unis, en profitant à «des gouvernements européens qui refusent de nous soutenir dans la guerre contre le terrorisme».»…

http://www.challenges.fr/business/1204758000.CHAP1023974/comment_eads_a_dcroch_le_contrat_du_sicle.html